lundi 7 janvier 2013

Marie Dorval et Frédérick Lemaître Trente ans ou la vie d'un joueur 1827

Après les articles biographiques généraux consacrés à la comédienne Marie Dorval, (Marie Dorval ) quelques articles autour de ses grands rôles et grands succès.
Et pour commencer, son  premier grand triomphe au théâtre de la Porte Saint-Martin, aux côtés de Frédérick Lemaître , premier triomphe aussi pour le théâtre romantique naissant : Trente ans, ou la vie d'un joueur.

Marie Allan-Dorval

Quelques mots d'abord sur son partenaire : Frédérick Lemaître et le duo formé


Les deux acteurs s'étaient rencontrés lors du bref passage de Marie Dorval au conservatoire à son arrivée à Paries, et jouèrent par la suite de nombreuses fois ensemble.

Frédérick Lemaître naît au Havre, en 1800, dans une famille d'artistes, il gagne Paris où il entre au Conservatoire. Pendant deux ans, il suit le cours du célèbre tragédien Lafont. Quoique remarqué par Talma, le plus grand acteur de l'époque, Frédérick Lemaître connaît des débuts difficiles: on le refuse à l'Odéon et il doit courir le cachet dans les petits théâtres parisiens. En 1823, on le remarque à l'Ambigu, dans la création du rôle de Robert Macaire de L'Auberge des Adrets, un mélodrame d'Antier et Saint-Amand où il détourne par le rire la pièce prévue et en fait un succès. 
Trente Ans ou la Vie d'un joueur, donné au théâtre de la Porte-Saint-Martin en 1827, révèle son talent, en même temps que celui de Marie Dorval que l' on consacre "Première actrice du boulevard".
La carrière de Lemaître n'est plus qu'une longue suite de succès. Sa haute stature et sa fougue séduisent les auteurs romantiques dont il devient, avec Marie Dorval et Bocage, l'un des interprètes favoris.
Après un contrat de trois ans au théâtre de la Porte Saint-Martin aux côtés de Marie Dorval, fin 1829 il prit la direction du théâtre de l’Ambigu reconstruit.

Théophile Gautier Histoire du romantisme  : Frédérick Lemaître, que nous venons de nommer, et madame Dorval formaient un couple théâtral parfaitement assorti.
C’était la vraie femme de Frédérick, comme Frédérick était son vrai mari, — sur la scène, bien entendu.  Ces deux talents se complétaient l’un par l’autre et se grandissaient en se rapprochant. Frédérick était l’homme qu’il fallait pour faire pleurer cette femme ; mais aussi comme elle savait l’attendrir quand sa fureur était passée! quels accents elle lui arrachait! Qui ne les a pas vus ensemble, dans le Joueur par exemple, dans Peblo, ou le Jardinier de Valence, n’a rien vu ; il ne connaît ni tout Frederick, ni toute madame Dorval. Frédérick doit aujourd’hui se sentir bien veuf. Ce bonheur d’avoir rencontré un talent pareil au sien, avec qui elle puisse engager une de ces belles luttes dramatiques qui soulèvent les salles, a manqué, jusqu’à présent, à mademoiselle Rachel.
Le talent de madame Dorval était tout passionné, non qu’elle négligeât l’art, mais l’art lui venait de l’inspiration ; elle ne calculait pas son jeu geste par geste, et ne dessinait, pas ses entrées et ses sorties avec de la craie sur le plancher : elle se mettait dans la situation du personnage, elle l’épousait complètement, elle devenait lui, et agissait comme il aurait agi : de la phrase la plus simple, d’une interjection, d’un oh ! d’un mon Dieu ! elle faisait jaillir des effets électriques, inattendus, que l’auteur n’avait pas même soupçonnés. Elle avait des cris d’une vérité poignante, des sanglots à briser la poitrine, des intonations si naturelles, des larmes si sincères, que le théâtre était oublié et qu’on ne pouvait croire à une douleur de convention.
Madame Dorval ne devait rien à la tradition. Son talent était essentiellement moderne, et c’est là sa plus grande qualité : elle a vécu dans son temps, avec les idées, les passions, les amours, les erreurs et les défauts de son temps; dramatique et non tragique, elle a suivi la fortune des novateurs, et s’en est bien trouvée. Elle a été femme où d’autres se seraient contentées d’être actrices : jamais rien de si vivant, de si vrai, de si pareil aux spectatrices de la salle ne s’était montré au théâtre : il semblait qu’on regardât, non sur une scène, mais par un trou, dans une chambre fermée, une femme qui se serait crue seule.

Avec Frédérick Lemaître , Marie Dorval semble avoir trouvé son partenaire idéal , confiance, complicité, sans cette rivalité qui pouvaient empoissonner les répétitions.
J Janin : "Ils étaient admirables tous les deux, ils étaient complets, ils se faisaient valoir l'un par l'autre. Ils faisaient un couple hardi, ingénieux et tout-puissant de comédiens. [...]nous avons vu plus d'une fois Talma et mademoiselle Mars jouer leur rôle dans le même drame ; eh bien! entre Talma et mademoiselle Mars, ce n'était pas le mémo ensemble, ils étaient loin de s'entendre et de se prêter un mutuel appui, comme Frédérick Lemaître et madame Dorval. [...] Tout au rebours, nos doux admirables bohémiens de l'heure présente, une fois lâchés dans le drame, ils s'en emparaient de toutes leurs forces, par tous les excès de l'âme, de l'esprit et des sens. Ceci fait, peu importe à madame Dorval que ce soit Frédérick Lemaître qu'on applaudisse, et rien n'importe à Frédérick Lemaître, que ce soit madame Dorval ; il ne s'agit pas d'être applaudis, chacun de son côté, il s'agit de produire ensemble, et tout à la fois, l'effet attendu. Il s'agit de donner la vie à tout un drame; il s'agit de réaliser toutes les passions et tous les rêves du parterre attentif; [...]
De cette réunion de doux talents si divers, et qui se complétaient si bien l'un par l'autre, il devait résulter des drames si vivement représentés, avec tant de verve et tant d'éclat, que le souvenir en est impérissable à ce point que l'on se souvient, chose incroyable ! de la comédienne et du comédien, trente ans après que le drame oublié s'est enfoui dans les catacombes. La Fiancée de Lammermoor, par exemple, où trouver une
pièce plus oubliée, et des comédiens dont on se souvienne davantage? [...]puissante en résultats féconds était cette heureuse association , que jamais l'art dramatique n'avait rencontré sa pareille. C'était la même âme en deux corps ; ils étaient poussés par la même idée, et remplis des mêmes passions. C'était bien l'homme, et c'était la femme aussi, de tous les drames qui allaient venir. Évidemment, cette jeune femme avait été créée et mise au monde uniquement pour que ce jeune homme la pût aimer, haïr, adorer, torturer, assassiner, et— morte —pour qu'il la pleurât tout à son aise, en invoquant la terre et le ciel !
Ils s'étaient produits et révélés en même temps, elle et lui, le même jour, et l'un par l'autre ; en même temps ils étaient devenus populaires ; en même temps ils avaient trouvé leur tragédie et ils avaient dressé leur théâtre. Quelle main funeste a coupé en deux ce grand comédien, qu'on appelait Lemaître-Dorval? Ce qui prouve, en effet, qu'il y avait, entre ces deux intelligences, tout un drame, c'est qu'en se divisant, chacune de son côté, a gardé une grande valeur. Jugez donc, quand ces deux forces étaient réunies, quelle force dramatique, et quelle ressource incroyable pour le poète c'était là !
Portrait de Frédérick Lemaitre par Nadar


Quelle est donc cette pièce qui les a révélés?

Trente ans, ou la vie d'un joueur, Mélodrame en trois journées de Victor Ducange,  Goubaux et Beudin .

Trente ans, ou la vie d'un joueur, relate l'histoire de trois journées, à des années d'intervalle et est donc pour les acteurs l'occasion d’interpréter quasiment trois rôles différents.
Ainsi, Amélie, le personnage joué par Marie Dorval a 16 ans au premier acte, puis 31 ans dans le deuxième  et enfin 46 .
Cette pièce marque une rupture dans l'histoire du théâtre : on y représente des hommes et des femmes contemporains, en proie aux difficultés de tous les jours. On ne parle plus d'acte, mais de trois journées, petit détail qui montre bien la volonté de rupture et l'entrée dans le courant du théâtre romantique. 



Georges, jeune homme de bonne famille, est possédé par le démon du jeu, qui sous les traits du perfide Warner l'entraîne vers l'abîme : voleur, parjure, faussaire, assassin. Face à lui, sa femme, la douce et pure Amélie, bafouée, humiliée, dépouillée, qui ne dévie jamais de son devoir et soutient et protège malgré lui son époux qui finit par se suicider. 

Trente ans ou la vie d'un joueur dans la presse

Dans Le Globe "Le Joueur est la première tragédie de l'époque et Mme Dorval en est la première tragédienne."

Le Corsaire " Le public se porte en foule aux représentations du Joueur. Chaque soir, les gendarmes sont à leur poste, placés à l’extrémité des barrières, ils ont peine à contenir les flots de la multitude qui cherchent à franchir l'entrée du théâtre; la vaste salle Saint-Martin serait une fois plus grande que pas une place ne resterait vacante" "[Marie Dorval] a saisi toutes les nuances du rôle d'Amélie avec un rare bonheur, elle a joué dans la perfection" " [elle est] admirable, sans exagération"

La Pandore "chaque soir la foule assiège les bureaux du Théâtre de la Porte-Saint-Martin, chaque soir, on frémit, on pâlit, on tremble d'effroi, chaque soir aussi des sifflets se faisait entendre au dénouement qu'on trouvait horrible. Horrible, soit ; toujours est- il que les loges étaient retenues huit jours à l'avance. " .

A la 90 ème représentation on pouvait lire dans Le Courrier des théâtres  "Mme Dorval est toujours d'une admirable vérité, d'une élégance, d'un pathétique qui font le plus grand honneur à sa manière de concevoir et d'exécuter un rôle aussi extraordinaire aussi pénible. disons –le hardiment et sans vouloir rien ôter du mérite de nos autres actrices, nulle d'entre elles ne se serait acquittée comme Mme Dorval d'une tâche à ce point difficile

Histoire de la littérature dramatique. Tome 6 / par M. Jules Janin
[Après le succès de Marie Dorval dans les deux forçat à la porte Saint-Martin] comédienne (et la seule) qui pût mettre au jour les drames à venir. Désormais madame Dorval existait ! désormais M. Hugo,  M. Alexandre Dumas et tous les autres pouvaient venir.
Quelle joie et quelle émeute à la suivre ! Elle était toute une révolution, surtout quand cette révolution dans l'art dramatique s'agrandit et se compléta par le génie et les efforts d'un nouveau venu (on ne sait d'où il venait) qui bientôt s'appellera Frédérick Lemaître. Amis ! amis ! vous vous rappelez ces merveilleux commencements d'une émotion dramatique dont la France se doutait à peine?[...] Ce fut donc une surprise étrange, une joie inattendue, et le triomphe éclatant de la plus véhémente inspiration, lorsqu'un beau soir,
tout d'un coup, deux comédiens inconnus se mirent, en plein mélodrame , à parler la belle langue universelle, avec l'accent de tout le monde; à réciter cette prose ampoulée et redondante d'une façon simple et naturelle; à changer ce même drame, où l'on hurlait toujours, en simple comédie, en simple causerie.
Ainsi, à eux deux, ces deux comédiens bien inspirés firent une révolution complète dans l'art dramatique.

Aussitôt chacun des spectateurs, habitués à tous les glapissements du mélodrame, à tout ce fracas des voix et des paroles, de s'entre-regarder avec étonnement, ému et charmé par tant de simplicité et tant de grâce. Ajoutez que Frederick Lemaître était un beau jeune homme, bien taillé pour son art, vif, hardi, emporté, violent, superbe; ajoutez que madame Dorval avait, dans sa personne un peu voûtée , de quoi justifier les plus vives sympathies. — Elle était frêle, éplorée, humble et tremblante ; elle pleurait à merveille ; elle excellait à contenir les passions de son coeur; elle disait: Tout beau, mon coeur! Rien qu'à les voir , unis dans la même action dramatique, ces deux enfants trouvés d'un art qui va vieillissant sans cesse, et se transformant toujours , on devinait qu'ils étaient faits, celui-ci pour exprimer tous les emportements de l'âme humaine, et celle-là pour en dire les douces joies intimes et bienveillantes.
Certes, l'un et l'autre, ils faisaient un couple hardi, ingénieux et tout-puissant de comédiens ; le premier, prêt à tout briser et magnifique en ses blasphèmes, en ses violences ; la seconde, affable, humble , hardie, ingénieuse , et doucement éplorée. Il avait la force, elle avait la grâce; il avait la violence, elle avait le charme; il tenait du matamore et de la comédie ancienne, elle tenait de l'élégie et du bon père Lachaussée !
Elle était aimable, il était terrible ; elle pleurait si bien, il tuait les gens d'un geste, à la Shakspeare; quand Shakspeare immolait un bœuf, chez son père le boucher. Les deux beaux et poétiques comédiens ! La foule, en même temps, les avait hués, conspués, reniés; la foule, et le même jour, les avait adoptés comme les
vrais représentants de sa pitié, de ses passions.
Qui pourrait dire en même temps à quel point Frédérick Lemaître et sa camarade madame Dorval étaient des comédiens populaires?
Que de pensées terribles il soulevait dans l'auditoire autour de ses vengeances ! Que de larmes elle faisait répandre à propos de ses douleurs! Comme il savait la tenir haletante et ployée humblement sous le feu sombre de son regard et sous son geste ! Elle, cependant, comme elle savait l'arrêter dans ses violences,
d'un mot, d'un geste ou d'un sourire plein de larmes!
Ils étaient admirables tous les deux; ils étaient complets; ils se faisaient valoir l'un par l'autre.
[...]
 elle était la passion même, et quand par malheur elle portait des haillons, elle les sauvait par une grâce ineffable. Au dernier acte de Trente Ans, ou la Vie d'un Joueur, quand la femme du joueur, plongée horriblement dans les derniers excès de la plus horrible et de la plus atroce misère, attend ( la pluie, au dehors, et la tempête heurtent cette misérable cabane) un morceau de pain noir, la femme du joueur était couverte d'une misère, si décente et si calme, que, malgré soi, l'on se sentait saisi de pitié et de respect.

Marie Dorval par Coupy
Trente ans ou la vie d'un joueur C'était la première fois que ces deux grands artistes se trouvaient ainsi en présence et quelle victoire ils remportèrent prélude de tant d'autres[...] C'étaient là en un mot deux beaux comédiens Mme Dorval le rêve des rêveurs et Frédérick, mon bel acteur Mais aussi comme ils étaient populaires, comme la foule aimait à les entendre, à les voir [...] C'est au souvenir de ces magnifiques tournois dramatiques entre Dorval et Frédérick que Théophile Gautier s'écriait naguère avec mélancolie "Qu-il était merveilleux surtout lorsqu il avait pour partenaire en quelque scène de fascination de terreur ou d'amour cette admirable Dorval que l' on ne remplacera pas plus que l' on ne remplacera Frédérick "

 M Bouilly " Je désespérais de retrouver sur la fin de ma vie ces émotions pénétrantes, ces secousses délicieuses qui pendant 40 ans m' avaient ravi,  m'avaient inspiré dans ma carrière littéraire lorsque j' assistai le 19 juin 1827 à la première représentation de Trente ans ou la Vie d' un joueur [..]
 Mme  Dorval dans le rôle difficile d'Amélie me fît retrouver ce que je cherchais depuis longtemps, je veux dire ces coups droits qui partent de l'âme,  cet irrésistible accent qui pénètre d'autant plus avant dans les cœurs qu'il est sans artifice et sans préparation . C'est un ressort qui s'échappe tout à coup,  vous frappe,  vous entraîne avant que vous ayez le temps de réfléchir .
Jamais dans mes récapitulations dramatiques jamais je n'éprouvai de plus forte attraction vers un personnage en scène qu'en voyant cette Amélie née dans l' opulence et les grandeurs,  paraître après 30 ans de souffrances,  d'opprobres,  d'humiliations sous les lambeaux de la misère,  affaissée,  courbée sous le poids accablant de crimes. Mais sur ses traits sillonnés par les larmes on remarque un reste de dignité et sous ces haillons on découvre la femme bien née. Oh qu'on serait heureux d'aller offrir à cette infortunée du pain pour son enfant, un vêtement pour voiler son indigence Oh que ce long regard parcourant tout ce qui l'entoure est déchirant et sublime Pas un geste, pas un mouvement qui ne soit l'expression d'une âme aimante et résignée, d'une noble victime de la fatalité Et cette voix presque éteinte par la honte et le besoin... Le moyen de lui résister à cette voix qui " écrie en voyant dormir son enfant "Épargne à ta mère la douleur de t' entendre dire Maman j'ai faim".
 Je suis heureux de trouver ici l'occasion de remercier celte fidèle interprète de la nature de tout le bonheur qu'elle m a fait éprouver et de lui offrir le respectueux hommage du doyen des auteurs dramatiques dont le suffrage n'est point une adulation parce qu'il a beaucoup vu, médité, comparé et qui d'ailleurs n'est en ce moment que l'écho du public en plaçant Mme  Dorval au rang des grands talents qui ont illustré notre scène 


 Paul Foucher Entre Cour et Jardin  le talent de Marie Dorval , cette voix déchirante qu'Amélie trouvait au deuxième acte lorsque passant devant une glace elle s'écriait "Ah des parures et la misère " Cette vérité d'accent qui faisait frémir toute la salle avec ces mots si simples, mais le plus simple bon sens ne devait-il pas nous faire restituer cet élan si poignant de la mère qui , dans la masure ouverte à tous les vents, prend dans ses bras son enfant glacé et lui prodigue la seule chaleur qui lui reste celle de son cœur ? Marie Dorval atteignait le degré suprême de l émotion .


Bénédit Je ne dirai qu'un mot du dernier acte; il est impossible d'oublier ce tableau déchirant, quand on l'a vu une seule fois par Mme Dorval; elle vient lentement, avec effort et à demi brisée, elle ne dit  rien, ou presque rien, quelques mots; mais l'éloquence de sa parole est tout entière dans ses traits et dans son regard; quelle douleur, quelle résignation dans le regard de cette malheureuse mère  ranimant de son souffle l'enfant qui lui demande du  pain et qui a froid , quel sombre désespoir dans  cette voix creuse et glacée comme la tombe, quand  cette voix répond « Ma fille, il n'y a rien" Avec Mnie Dorval cette scène est immense de terreur, de  fatalité et de désolation. I1 semble qu'un long crêpe de deuil enveloppe le théâtre; on croit voir le lustre  pâlir; on éprouve un malaise indicible, on est  suffoqué, on voudrait changer de place. On a  froid. Puis quand tout est fini et que l'on pense  aux moyens simples et naturels qui l'ont naître tant d'émotions sublimes, on reste confondu et l'on  devient impuissant à trouver des paroles qui puissent exprimer une juste admiration.
Bien loin de toutes les femmes que j'ai vues dans le dernier tableau de Trente Ans, Mme Dorval  ne vise point à faire de la coquetterie dans le drame;  elle  se présente au public dans toute l'effrayante réalité  de son personnage, et pourtant Mme Dorval est  belle aussi, mais belle d'intelligence, belle d'inspiration, belle comme le génie!

D'autres pièces réunirent le duo, par exemple:



Au théâtre de la porte Saint-Martin   
Le Chasseur noir, mélodrame en 3 actes à spectacle, avec Frédérick Lemaître et Théodore Nézel, GUITLY, jeune fille suisse Me Dorval., 30 janvier 1828.


1828, La Fiancée de Lammermoor , de Ducange avec Marie Dorval et Frédérick Lemaître


Au printemps 1828, ils partent ensemble en tournée, tournée qui les mènera entre autres à Strasbourg, où Marie Dorval aura le bonheur de se trouver cette fois en haut de l'affiche.

Faust, d'Antony Béraud, Jean-Toussaint Merle et Charles Nodier  d'après   Johann Wolfgang von Goethe
Création le 29 octobre 1828 : Théâtre de la Porte Saint-Martin (Paris)Interprétation Marie Dorval Marguerite)Frédérick Lemaître (Méphistophélès) Zélie Paul (Martha)


 1829 : Rochester, drame en 3 actes et en 6 parties de Théodore Nézel et Benjamin Antier (17 janvier)

1829 : Sept Heures ou Charlotte Corday, mélodrame en 3 actes de Victor Ducange et Auguste Anicet-Bourgeois (23 mars)


1830 A l'Ambigu , dont Lemaître avait pris la direction : 
Peblo, ou le Jardinier de Valence  par MM. Saint-Amand et Jules Dulong  Paris,Ambigu-Comique,4 mars 1830

Frédérick-Lemaître et son temps, 1800-1876  A propos de Peblo :
Jamais leurs deux talents ne se complétèrent aussi bien que dans cette pièce ; ils se complétaient en se grandissant et en se rapprochant. Frederick était l'homme qu'il fallait pour faire pleurer cette femme ; mais aussi comme elle savait l'attendrir quand sa fureur était passée! quels accents elle lui arrachait! Qui ne les a pas vus ensemble dans le Joueur, dans Pehlo, n'a rien vu ; il n'a connu ni tout Frederick, ni toute Mme Dorval! Depuis le jour de la mort de sa camarade, Frederick n'a cessé de répéter: — Je me sens veuf! Mme Dorval avait encore prospéré. Son talent était tout passionné, non qu'elle négligeât l'art, mais l'art lui venait de l'inspiration ; elle ne calculait pas son jeu geste par geste, et ne dessinait pas ses entrées et ses sorties avec de la craie sur la planche; elle se mettait dans la situation du personnage, elle l'épousait complètement, elle devenait lui, et agissait comme il aurait agi ! De la phrase la plus simple, d'une interjection, d'un oh! d'un mon Dieu ! elle faisait jaillir des effets électriques, inattendus, que l'auteur n'avait pas même soupçonnés. Elle avait des cris d'une vérité poignante, des sanglots à briser la poitrine, des intonations si naturelles, des larmes si sincères, que le théâtre était oublié et qu'on ne pouvait croire à une douleur de convention.



A nouveau à la porte Saint-Martin
en 1832 , ils reprennent Trente ans pour une série de représentations, marquées par l'arrivée d'une nouveauté en matière d'éclairage scénique : le gaz.

Et enfin : Béatrice Cenci d'Astolphe de Custine 21 mai 1833 

 Un article qui entre dans le cadre du challenge


2 commentaires:

  1. Un beau travail de recherche sur Marie Doraval. A ce que je vois Lemaître ne lui cédait en rien. Ce qui me frappe dans tout ce concert de louanges sur le jeu de cette actrice, ce sont les mots qui reviennent souvent : simplicité, sobriété. On voit bien qu'elle intériorisait ses rôles à une époque où le jeu des actrices semblent souvent avoir été outré, du domaine du mélodrame.

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    1. c'est ce qui lui a valu d'ailleurs de ne pas arriver à se faire une place à la comédie française, trop de décalage avec ses collègues! Bonne soirée!

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