Entre deux eaux , Donna Léon

Venise en hiver.
Brett Lynch, archéologue de renommée internationale, est de retour dans la cité lagunaire. Elle vient s'expliquer avec le dottor Semenzato avec qui elle a organisé une exposition de céramiques chinoises. Brett le soupçonne d'avoir remplacé trois pièces par des faux. À la veille de leur rencontre, elle est victime d'une agression. Quand elle sort de l'hôpital, Semenzato est assassiné. Le commissaire Guido Brunetti est chargé de l'affaire. Bravant les intempéries de l'hiver, il patauge à la rencontre des différents protagonistes et de leurs secrets. Cette nouvelle affaire l'emmène dans le monde des collectionneurs d'art, des hommes aux caprices sans limites.
Dans cette cinquième enquête du commissaire Brunetti, les scènes de haute tension alternent avec une description minutieuse du quotidien, sur fond de Venise glacée, rendue oppressante par la montée de l'Acqua alta.

Si le commissaire Brunetti ne sait pas encore marcher sur l'eau, il sait en revanche marcher sur des œufs avec une feinte désinvolture et un calme impressionnant. Car enquêter dans le monde de l'art demande une dextérité d'orfèvre. Il y eut tout d'abord l'agression de la très réputée archéologue et spécialiste de l'art chinois, Melle Brett Lynch, puis le meurtre du conservateur Semenzato. Quelques années auparavant, ils avaient travaillé ensemble sur une exposition itinérante présentant des pièces inestimables de céramique chinoise. A leur retour en terre natale, au moins quatre de ces pièces avaient été subtilisées et remplacées par des faux.
Pour cette cinquième enquête du commissaire Guido Brunetti, Venise, ville d'art et des fantasmes romantiques, abandonne son auréole de grâce. L'acqua alta, la montée des eaux, rend les rives impraticables. Coincé dans le petit monde de l'art, Brunetti doit aussi jouer avec la ville hostile. "Le commissaire fit demi-tour et prit la direction de l'escalier extérieur, lentement, faisant un effort à chaque pas pour vaincre la résistance de l'eau. Ce ne fut qu'à partir de la deuxième marche qu'il retrouva un sol sinon sec, du moins libre, et n'éprouva plus cet effet permanent de succion. Il se sentit du coup curieusement léger, comme s'il avait pu flotter sans effort jusqu'en haut des marches".
La ville devient un personnage à part entière du roman, tour à tour vulnérable, noyée par le déluge. Colérique et rebelle aussi, habitée par l'esprit du sud, la mafia comme il la nomme du bout des lèvres, qui menace de s'y implanter. Elle est enfin capricieuse et sensible aux saisons, avec ses montées d'eau sporadiques. Contre ces fatalités, les vénitiens s'arment...avec une paire de bottes ! Piètres défenses !
Cette acqua alta est, certes, symbolique, mais elle révèle le caractère mystérieux de cette ville indéchiffrable. "Est-ce que par hasard que certains de ses concitoyens, prisonniers comme lui des eaux, rêvaient de voitures comme les taulards rêvent de femmes ?" s'interroge Brunetti observant un vénitien plongé dans la lecture d'un journal automobile. A n'en pas douter...

Comme souvent chez Donna Léon, on commence en musique:


Dalla sua pace la mia dipende,
quel che a lei place vita mi rende,
quel che le incresce morte mi dà.
S'ella sospira, sospiro anch'io,
è mia quell'ira, quel pianto è mio
e non ho bene s'ella non l'ha.

Ma paix dépend de la sienne:
ce qui lui plaît me donne vie,
ce qui la fait souffrir me tue.
Si elle soupire, je soupire aussi,
sa colère et ses peines sont miennes
et je n'ai de joie que partagée par elle.

Don Giovanni   Mozart

Incipit:
"Une tranquillité toute domestique régnait. Flavia Petrelli, la diva en titre de la Scala, éminçait des oignons dans la chaleur de la cuisine. Devant elle, en rangs, il y avait des tomates roma, deux gousses d'ail finement hachées et deux aubergines de forme rebondie."

Mon avis : 

art, archéologie, opéra, Venise, un Brunetti qui restera dans mes préférés de la série!

Après Mort à la Fenice, le plaisir de retrouver les personnages, l'opéra, et les lieux bien sûr tant Venise est presque le pausage central de la série! 

Une Venise bien différente cette fois, l'acqua alta, aperçue lors de mon voyage et qui donne au récit une autre atmosphère, plus oppressante, plus noire que dans Mort à la Fenice, le monde de l'art et des antiquités révèle bien des surprises... 

Et un livre qui donne envie en tout cas de se plonger dans d'autres lectures autour de la cité des Doges...

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