lundi 27 février 2017

Le garçon Marcus Malte

Zulma, août 2016


PRIX FEMINA 2016« Ce roman est une météorite tombée dans les plates-bandes du monde littéraire. » Mona Ozouf, Présidente du jury du Prix Femina
 
Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct.
Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. »
Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.
Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.
Le Garçon

Mon petit mot

 Mes trois premières lectures de cet auteur m'ayant laissé un bon souvenir, je partais en confiance pour celui-là, et au final, il se place encore un cran au dessus!
Je pense qu'il restera encore plus précis dans la mémoire, passée l'émotion de la première lecture. 

Par la force de ces personnages, par l'écriture, par la réflexion sous-jacente...  et les "cette année là" qui rythment le texte font froid dans le dos. Cette folie des hommes intemporelle. 30 ans de la vie d'un homme, de l'évolution d'un monde, aux contrastes saisissants. De la révolte d'Emma aux horreurs de la guerre, des privilégiés aux plus petits, une fresque efficace d'un début de siècle tout sauf rose.

A la fois roman historique, voir sociologique, quête initiatique, tout y est, l'amour, et l'art aussi, la musique, comme souvent chez Marcus Malte tient une place très importante. 
Ici c'est le piano, ainsi que la poésie... quand la parole manque, les émotions trouvent d'autres filtres...et les poèmes insérés (y compris érotiques) allègent un instant l’atmosphère (mais l'auteur prend soin de nous mettre en garde, ce répit ne va pas durer!) .

Beaucoup de charme dans l'écriture, tantôt lyrique (y compris pour dire le pire, ou cette déclinaison de la Marseillaise), tantôt décalée dans ses adresses au lecteur, tantôt terriblement factuelle, comme la liste des morts au combat... 

Bref, tant pour le sujet que pour l'écriture, à lire!

Une nouvelle LC particulièrement réussie  avec jostein, , Joëlle et Edyta


challenge12016br

Du même auteur

Garden of love Marcus Malte -

Fannie et Freddie de Marcus Malte 

 

et le clin d'oeil artistique en lien avec cette lecture 
Mazeppa - Emile Jean Horace VernetRésultat de recherche d'images pour "mazeppa" 

dimanche 26 février 2017

La Masnà Raffaella Romagnolo


Les Escales
Traduit par Anaïs Bouteille-Bokobza
Qu’est ce que la liberté ? Difficile à dire pour Emma Bonelli, une masnà, une « petite », née en 1915 dans une famille paysanne du Piémont et mariée très jeune au fils d’une famille de propriétaires terriens, les Francesi. Dans leur grande demeure, la masnà se sent seule : elle ne peut compter sur son mari pour l’aider à résister à sa féroce belle-mère et aux assauts de son beau-père. Malgré ces conditions de vie très difficiles, sa ténacité et sa rage de vivre font d’elle, sans qu’elle s’en rende compte, la véritable maîtresse de la maison.
Pour Luciana, sa fille, la liberté, c’est ce qu’elle entrevoit en devenant couturière. Mais, en se mariant, elle laisse de côté ses rêves et aspirations personnelles au profit de ceux de son mari. Peut-être que seule Anna, la petite-fille d’Emma née dans les années 1970, connaîtra vraiment l'indépendance.
À travers les portraits bouleversants de ces trois héroïnes inoubliables, se dessine en filigrane toute l’histoire de l’Italie de la deuxième moitié du XXe siècle.

Mon petit mot
 
Trois destins de femmes italiennes, trois générations...
Le roman alterne les chapitres consacrés à chacune (on s'y perd parfois un peu dans les personnages et la temporalité, pas toujours facile à suivre ! ), pour mieux faire entendre similitudes et différences.

Chacune connait son lot de drames, la guerre, les années de plomb ou les affres de la famille.
De la soumission aux traditions et aux hommes à l'émancipation, les études, le travail, les premiers choix, des années de combat...

Une maison fil conducteur des générations...
On se pose les mêmes questions que les héroïnes, quelle décision prendre, quelle réaction,  quel choix... où est vraiment l'essentiel?

A travers elles, c'est aussi l'histoire de cette région d'Italie qui défile. Une période de conflits, mais aussi de changements, d'opposition ville-campagne... bref, tant pour le contexte que pour les personnages, une belle lecture !





dans le cadre
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vendredi 24 février 2017

Claudia Bielinsky : Uki littérature de jeunesse Argentine

Un petit peu de littérature de jeunesse aujourd'hui pour le clin d'oeil au challenge Amérique du Sud!

Je vous propose de découvrir Uki, un adorable petit chien dont les aventures parlent beaucoup aux petits (testé de 5 à 7 ans avec le même succès!)

Claudia Bielinsky est née à Buenos Aires, et vit désormais à Paris. Elle entre aux Beaux-Arts de Buenos Aires et devient artiste peintre. Elle expose dans de nombreuses villes du monde entier. Elle enseigne également l'art aux enfants et aux adultes.Dès la naissance de son fils Julian, elle se met à écrire et à illustrer des livres pour la jeunesse. En 1998, elle crée Uki, le petit chien curieux des choses de la vie.

La plupart des livres fonctionnent par double-page, par exemple un problème à gauche, sa solution à droite, on peut faire deviner le texte, ou cacher l'image de droite par exemple pour inviter l'enfant à proposer sa propre solution.


Ce petit chien absolument adorable,  se pose beaucoup de questions... et peut aider certains enfants à trouver des réponses!
Les apprentis lecteurs peuvent en lire des morceaux seuls, la structure répétitive aide à se repérer dans l'écrit. 
Sur le fond, un hymne à l'amitié, l'entraide.... c'est très positif!

 

A découvrir sur
http://www.ricochet-jeunes.org/auteurs/bibliographie/456-claudia-bielinsky


Les 4 lus (il y en a d'autres!) 
Comment ça va ?
En compagnie d’un petit chien, Uki, un album à la formule répétitive. Pour chaque situation, une même réponse « ça va mieux ». D’un côté, la présentation du problème, de l’autre la solution. Lorsqu’on à a faim ou froid, lorsqu’on s’ennuie ou lorsqu’on boude, voici des solutions simples et efficaces. Un petit traité d’optimisme face à la vie quotidienne.

et pourquoi ?
Rentrée également pour le chien Uki et l'illustratrice Claudia Bielinsky, avec un nouvel album de la saga. Grâce à ce quatrième et nouvel album de la collection Uki au fil des jours, nous retrouvons Uki, cet adorable petit chien énergique qui n’en fait qu’à sa tête. « Pourquoi… il ne faut pas jouer avec les grands ciseaux pointus ? », « Pourquoi… il ne faut pas déchirer le journal ? » : aujourd’hui Uki se pose de nombreuses questions. Mais l'étonnant, c'est qu'il sait aussi faire même les réponses. Des réponses parfois surprenantes qui amuseront les enfants et leur permettront d’exprimer et de comprendre les interdits. La formule (illustration humoristique pleine page, texte et question en dessous, réponse sur la page suivante) est déjà bien érpouvée, mais elle étonne encore et surprendra plus d'un lecteur.

Qu'est ce que tu aimes ?
Uki, le petit chien, est fier de faire des choses "comme un grand". Aller à l'école, s'habiller seul, manger tout seul...mais parfois on a encore besoin d'aide. Un message que comprendront rapidement les plus jeunes : on aime être seul et il est agréable d'être réconforter ou d'avoir de la compagnie, comme pour son anniversiare. Finalement, c'est souvent drôle d'être à plusieurs.

Si je veux !
Uki a décréter qu'il ferait ce qu'il veut : tripoter la télévision, manger tout le gâteau au chocolat. Un première page, présente ce que le petit chien fait. Une seconde page en explique les conséquences. A travers quelques bêtises, un album qui rappelle aux jeunes lecteurs les règles d’hygiène et de vie en société.

mardi 21 février 2017

L'ombre de nos nuits Gaëlle Josse

janvier 2016
Deux récits se dessinent dans L’ombre de nos nuits, avec au centre un tableau de Georges de La Tour. En 1639, plongé dans les tourments de la guerre de Trente Ans en Lorraine, le peintre crée son Saint Sébastien soigné par Irène. 
De nos jours, une femme, dont nous ne saurons pas le nom, déambule dans un musée et se trouve saisie par la tendresse et la compassion qui se dégagent de l’attitude d’Irène dans la toile. Elle va alors revivre son histoire avec un homme qu’elle a aimé, jusque dans tous ses errements, et lui adresser enfin les mots qu’elle n’a jamais pu lui dire. Que cherche-t-on qui se dérobe constamment derrière le désir et la passion ?

En croisant ces histoires qui se chevauchent et se complètent dans l’entrelacement de deux époques, Gaëlle Josse met au cœur de son roman l’aveuglement amoureux et ses jeux d’ombre qui varient à l’infini.

Après le succès du Dernier gardien d’Ellis Island, prix de littérature de l’Union européenne 2015, Gaëlle Josse poursuit avec ce cinquième roman son exploration des mystères que recèle le cœur. 
Mon petit mot 

Gaëlle Josse  fait partie de ces auteurs que je suis régulièrement, avec confiance, et un nouveau titre est toujours la certitude d'un moment de lecture fort agréable.
Ce sont aussi des livres que je garde en réserve une fois acheté, pour les sortir au bon moment, et il a fallu pour celui-là que soit annoncé un nouvel opus de l 'auteure pour que je réalise que je n'avais pas encore lu cette Ombre de nos nuits!
Et grâce à l'incitation de victoria sur FB, passage à l'acte! 

L'art, les relations humaines, les allers-retours entre le passé et le présent... tout y est, dans une belle histoire contée à 3 voix autour du tableau Saint Sébastien soigné par Irène peint par Georges de La Tour vers 1649.

Qui sont les modèles, quels sont leurs liens, quelle est l'histoire du tableau?
On découvre en même temps la situation politique compliquée de la ville de Lunéville à l'époque, entre guerre et peste.

Et puis il y a la jeune femme d'aujourd'hui, qui découvre ce tableau dans un musée, et les nombreux échos qu'il révèle avec sa propre vie.

Une écriture parfois poétique, de la douceur, un beau texte!


  dames de lettres
objectif pal

Pour mémoire

12 août 2013 ... Nos vies désaccordées Gaelle Josse. Présentation : "Avec Sophie, j'ai tout reçu, et tout perdu. Je me suis cru invincible. Je nous ai crus ...
4 mai 2013 ... Les heures silencieuses, Gaëlle Josse Présentation de l'éditeur. "À l'heure où mes jours se ternissent comme un miroir perd son tain, le besoin ...
5 oct. 2014 ... Noces de neige de Gaelle Josse. un petit livre qui trainait dans ma PAL et que plusieurs blogueurs m'ont donné envie d'en sortir, à juste raison ...
12 févr. 2015 ... Le dernier gardien d'Ellis Island de Gaëlle Josse. New York, 3 novembre 1954. Dans cinq jours, le centre d'Ellis Island, passage obligé depuis ...

dimanche 19 février 2017

Fabrice Luchini Grand Theatre De Tours

De Paul Valéry à Rimbaud en passant par Molière, Céline et Flaubert, Poésie ?, le nouveau spectacle de Fabrice Luchini redonne vie et magnifie les textes de certains des plus grands auteurs français

Fabrice Luchini

Mon petit mot

J'avais hésité quand ce spectacle était passé une première fois à Tours, je n'avais finalement pas pris de place,  j'avais un peu peur de trouver le temps long ... et puis une amie qui elle y était allée en était ressortie enchantée alors quand une nouvelle date a été programmée, je me suis laissée tenter! 

Au final, un "one man show" qui mêle textes variés, les "tubes" de Luchini, le bateau ivre, le dormeur du val, voyelles, l'incontournable Céline, Le corbeau et le renard en verlan, et digressions autour de son parcours, de l'actualité ou  des réactions de la salle. On se retrouve ainsi à chanter de la variété entre deux extraits de Proust, Molière ou Paul Valéry... très bonne ambiance dans un public plutôt conquis d'avance!

Ce que j'en retiendrai ce sont quelques textes inconnus, qui étaient pour moi ce que j'espérais trouver dans cette soirée, j'en attendais plus, mais c'est sans doute déjà beaucoup de pouvoir en faire entendre autant dans ce genre de spectacle, bref, Les deux timides de Labiche, Claudel...  voilà ce que je garderai en mémoire! 
Un spectacle à conseiller surtout aux fans du comédien!




jeudi 16 février 2017

Transmission du DOM JUAN de G. MORIN / JTRC théâtre Olympia

Après
Les Molière de Vitez , l'intégrale, Molière / Gwenaël Morin théâtre olympia tours 

suite de l'aventure  !
Installé à Lyon, où il dirige le théâtre du Point du Jour depuis 2013, le metteur en scène poursuit l’aventure du Théâtre Permanent des Laboratoires d’Aubervilliers, à savoir : répéter (tous les jours), jouer (tous les soirs), transmettre (en continu).
Au fil de la tournée de ce spectacle, l'équipe des Molières de Vitez, transmet à des groupes de jeunes comédiens l'une des pièces du projet sous la direction de Philippe Mangenot, assistant à la mise en scène.
Comme pour le projet initial, les rôles ont été tirés au sort.

A Tours, c'est tout naturellement le JTRC ( Quentin Bardou,Jeanne Bonenfant, Alyssia Derly,
Théophile Dubus ,Anthony Jeanne) qui fait l'objet de cette transmission, complété pour l'occasion par quelques comédiens supplémentaires (Hélène Stadnicki, Jules Jacquet, Korotoumou Sidibe

Photo 

 Mon petit mot

On redécouvre donc cette mise en scène de Dom Juan vue samedi dernier dans le cadre de l'intégrale... et c'est tout le bonheur du théâtre, cela n'a rien d'une redite!

D'abord la distribution, plaisir de retrouver les "anciens" du JTRC, et de découvrir les deux nouveaux de la troupe, avec une sacrée entrée pour  ALYSSIA DERLY, puisque c'est à elle qu'a été attribué le rôle de Dom Juan, et ce renversement apporte un vrai plus!
Quel plaisir de jeu cela doit être quand Molière n'avantage pas toujours ses rôles féminins de pouvoir interpréter un tel personnage...
Une comédienne que l'on aura hâte de retrouver dans les prochaines créations du TO.
Vraie performance pour tous d'ailleurs, car apprendre un tel texte et se glisser dans la mise en scène en 12 jours, chapeau!

Et puis des petits détails de-ci, delà, une serpillère, une gestuelle, un changement de place;  donnent une petite touche différente à certaines scènes, tout en restant très fidèle à l'original.

Beaucoup d'énergie, des rires, cette série Molière aura été une belle expérience, et ce principe de transmission et de rôles tirés au sort, vraiment intéressant !


mardi 14 février 2017

Marx Et La Poupée Maryam Madjidi

Le nouvel Attila janvier 2017
Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris.
À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets – donnés aux enfants de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes -, l’effacement progressif du persan au profit du français qu’elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale.
Dans ce récit qui peut être lu comme une fable autant que comme un journal, Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive.

« Je ne suis pas un arbre, je n’ai pas de racines. »


Mon petit mot

Une nouvelle belle découverte côté premier roman!

Il y a les parfums, la cuisine du Liban d'avant... la peur, la violence, la religion, mais aussi la grand-mère et la chaleur du foyer.

Il y a l'exil.
Quitter ses jouets, donner ses poupées...
Etre libre ici, pouvoir grandir en femme moderne...
Il y a le 15m2 en France, l'école, la CLIN, et le conflit entre les racines et le présent.
La langue, les mots. La poésie.

On redécouvre toute leur importance et leur pouvoir. Parler la langue d'ici, perdre celle de là bas?
Avoir honte du français de ses parents, refuser d'apprendre à lire et écrire la langue d'hier, avant d'y revenir, bien plus tard.
La difficile construction identitaire, ici l'Iranienne, là bas la française...

Le texte entremêle les souvenirs , passé , présent, "déterrer les morts" pour ne pas les oublier, ni leurs combats,  une belle fresque!

Merci à Babelio!

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dimanche 12 février 2017

Les Molière de Vitez , l'intégrale, Molière / Gwenaël Morin théâtre olympia tours

L’École des femmes                                       
Tartuffe ou l’Imposteur                                  
Dom Juan ou le Festin de pierre                    
Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux  


mises en scène  Gwenaël Morin
 assistant à la mise en scène  Philippe Mangenot

avec

Michaël Comte
Marion Couzinié
Lucas Delesvaux
Chloé Giraud
Pierre Laloge
Julien Michel
Maxime Roger
Judith Rutkowski
Thomas Tressy

Neuf jeunes acteurs, sans costume ni décor, mais avec des baskets et des chaises en plastique. Ils ont tiré leurs rôles au sort pour interpréter avec virtuosité quatre pièces phares de Molière.
Ils jouent à jouer Molière. Alors des actrices peuvent s’avérer être des Sgagnarelle et des Tartuffe plus que convaincants, tandis qu’un acteur est capable d’incarner une Célimène pleine de grâce. Ce n’est pas le réalisme qui importe, c’est la fraîcheur, la rapidité, et surtout le plaisir de jouer. Sur le plateau, on court, on tombe, on reçoit des trombes d’eau, on se fait promptement corriger par le souffleur quand on détourne la langue du xviie pour tenter un jeu de mot. On passe sans transition de la farce à la gravité. On redécouvre Molière, un Molière à l’énergie contagieuse.
Gwenaël Morin s’inspire d’une expérience d’Antoine Vitez menée avec de jeunes comédiens au Festival d’Avignon de 1978. Tel Vitez, il monte L’École des femmes, Tartuffe, Dom Juan et Le Misanthrope dans un même espace avec une unique distribution, les élèves issus d’une même promotion du Conservatoire régional de Lyon. Ce faisant, il invente à son tour une forme inédite qui célèbre l’urgence de jouer et de partager le plaisir théâtral avec le plus grand nombre.
https://www.cdrtours.fr/spectacle/les-moliere-de-vitez

Mon petit mot

Sur le papier, cela fait un peu peur... 4 pièces d'environ une heure et demie chacune, une petite hésitation au moment de prendre sa place, et finalement une très sympathique expérience théâtrale!

Cela commence par L'école des femmes, à un rythme décoiffant! 
La salle reste allumée, pas de décor, pas de costumes, scénographie a minima pour mieux redécouvrir le texte qui est d'ailleurs mis à disposition des spectateurs. Le bruit des pages tournées renforce le lien scène-salle qui prolonge l'espace de jeu, les comédiens l'investissant tout autant que le plateau! 
Mais si la volonté est de mettre le texte en valeur, c'est aussi en le tordant, le déformant (avec le "souffleur" qui rappelle à l'ordre) en lui donnant des allures de rap ou de slam, tout en étant parfaitement fidèle à la langue de Molière.

Le trio de la première pièce Julien Michel, Lucas Delesvaux, Chloé Giraud fonctionne très bien, et au premier entracte, on se précipite au "panneau d'affichage" pour voir dans quels rôles on va les retrouver dans les pièces suivantes, le rire se prolonge dans le hall du théâtre en imaginant la suite! 

Au final, une préférence pour L'école des femmes et Dom Juan, l'impression d'avoir redécouvert certaines répliques de ces classiques indémodables, de faire du lien entre les thèmes qui traversent les 4 pièces, le bonheur de découvrir de jeunes comédiens prometteurs, et pour cela, voir les 4 pièces à la suite est un vrai plus, les découvrir dans des rôles totalement différents, cela doit être une très bonne expérience pour eux, comme cela l'est pour le public! 

Et un Sganarelle femme, pourquoi pas, tout comme voir la Marianne de Tartuffe se métamorphoser en Don juan (Maxime Roger) ... une bien belle idée, comme quoi, loin de tout réalisme dans la distribution et avec trois fois rien (des chaises en plastique, des bouts de cartons et deux trois draps!) mais beaucoup d'énergie et d'envie , on peut faire quelque chose de très bien! La magie du théâtre quoi!

vendredi 10 février 2017

Les furies, Lauren Groff

Editions de l'Olivier (05/01/2017)
Fates and Furies, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau
« Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils, pour la plupart. D'’omissions. Si tu devais exprimer ce que tu penses au quotidien de ton conjoint, tu réduirais tout en miettes. Elle n'’a jamais menti. Elle s'’est contentée de ne pas en parler. »
Les Furies
Ils se rencontrent à l'’université. Ils se marient très vite. Nous sommes en 1991. À vingt-deux ans, Lotto et Mathilde  sont beaux, séduisants, follement amoureux, et semblent promis à un avenir radieux. Dix ans plus tard, Lotto est devenu  un dramaturge au succès planétaire, et Mathilde, dans l’'ombre, l’'a toujours soutenu. Le couple qu'’ils forment est l’'image-type d’'un partenariat réussi.
Mais les histoires d'’amour parfaites cachent souvent des secrets qu'’il vaudrait mieux taire. Au terme de ce roman, la véritable raison d’'être de ce couple sans accrocs réserve bien des surprises.


Le premier roman de Lauren, Les Monstres de Templeton , publié en Février 2008, était un New York Times best-seller et Booksense, et a été retenu pour le Orange Prize for New Writers.
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Mon petit mot

Un nouveau coup de cœur!

Voilà un roman qui m'avait attirée pour le mot "dramaturge", et en effet le théâtre est très présent. Pas déçue de ce côté là, mais j'ai découvert bien plus!

Lotto rêve d'abord d'être acteur, de jouer Shakespeare, mais ne parvient pas à percer sur scène, c'est finalement l'écriture qui va le sauver . Au fil du roman, nous découvrons plusieurs extraits des pièces qu'il aurait écrites, on imagine des représentations, des mises en scène, et j'aurais volontiers assisté à certaines!
On redécouvre par exemple Antigone à travers une adaptation bien vue, de nombreux mythes, un univers qui m'a d'emblée séduite!

Et puis, il y a l'histoire du couple, racontée d'abord plutôt du point de vue de l'un, puis de l'autre, avec suffisamment du mystère et de rebondissements pour tenir en haleine!

Le poids de l'enfance, les rapports aux parents, la place des femmes aussi... rien n'est jamais tout noir ou tout blanc, les certitudes concernant un personnage s'effondrent vite.
Sous le vernis, le chaos. 

C'est un roman prenant, avec des personnages que l'on n'a pas envie de quitter! Et des petites incises qui donnent un supplément de rythme ou de mystère... J'ai aimé la façon dont le roman est construit, cette rapidité du début où d'un paragraphe et d'une fête à l'autre, les années défilent, avant d'y revenir plus tard d'un autre point de vue...

Bref, cette rentrée littéraire d'hiver est pleine de bonnes surprises!



ChallengeUSA
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mercredi 8 février 2017

Anima de Wajdi Mouawad


Un livre sorti de la PAL dans le cadre d'une lecture commune avec Jostein et Joëlle.
 
 Actes Sud, 2012
Lorsqu’il découvre le meurtre de sa femme, Wahhch Debch est tétanisé : il doit à tout prix savoir qui a fait ça, et qui donc si ce n’est pas lui ? Éperonné par sa douleur, il se lance dans une irrémissible chasse à l’homme en suivant l’odeur sacrée, millénaire et animale du sang versé. Seul et abandonné par l’espérance, il s’embarque dans une furieuse odyssée à travers l’Amérique, territoire de toutes les violences et de toutes les beautés. Les mémoires infernales qui sommeillent en lui, ensevelies dans les replis de son enfance, se réveillent du nord au sud, au contact de l’humanité des uns et de la bestialité des autres. Pour lever le voile sur le mensonge de ses origines, Wahhch devra-t-il lâcher le chien de sa colère et faire le sacrifice de son âme ?
Par son projet, par sa tenue, par son accomplissement, ce roman-Minotaure repousse les bornes de la littérature. Anima est une bête, à la fois réelle et fabuleuse, qui veut dévorer l’Inoubliable.


Mon petit mot

 Je connaissais Wajdi Mouawad par le théâtre, il a fallu cette lecture commune pour me donner le courage d'ouvrir Anima.
Un étrange phénomène attirance-répulsion me faisait tourner autour de lui depuis très longtemps, la crainte de sa violence, le plaisir espéré de cette langue particulière... c'est finalement chose faite !

Et si en effet certaines scènes sont particulièrement dures , la puissance du propos et l'originalité des points de vue l'ont emporté. 



Donner la parole ainsi aux animaux qui nous entourent, des plus nobles à ceux que l'on ignore ou que l'on repousse, pour mieux faire ressortir l'animalité, la bestialité de l’humain... pour prendre de la distance aussi, et nous faire nous interroger sur ces termes... Qui est le plus "animal"? 

Du Liban aux réserves indiennes, du Canada aux Etats-Unis, l'histoire d'un homme, d'un pays, du monde... une plongée dans le pire de l'humanité.
Guerres de religion, drogue, meurtres les plus barbares, mais aussi poésie, croyances de toutes sortes, de l'animal totem aux mythes fondateurs. 

Un roman foisonnant, qui ne perd jamais son lecteur (même quand on ne comprend pas tous les mots, certains dialogues en anglais ne sont pas traduits), et que l'on n'a pas envie de lâcher une fois commencé. 
Bref, je rejoins les louanges, particulièrement sombre, mais l'écriture vaut vraiment le coup!

objectif pal

dimanche 5 février 2017

le mystère Henri Pick de David Foenkinos

01/04/2016
Gallimard

En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu'elle estime être un chef-d’œuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l'écrivain et apprend qu'il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n'a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses... Aurait-il eu une vie secrète ? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n'était qu'une machination?
Récit d'une enquête littéraire pleine de suspense, cette comédie pétillante offre aussi la preuve qu'un roman peut bouleverser l'existence de ses lecteurs.
Le mystère Henri Pick par Foenkinos

Mon petit mot

Depuis La délicatesse, je porte une tendresse particulière aux romans de David Foenkinos, et même s'il ne le détrônera pas de sa première place, celui-ci est un bon opus!


Il faut dire que les livres y sont à l'honneur, forcément, cela aide!
Quelques réflexions bien senties sur l'édition, sur l'écriture et cette supercherie littéraire, le rôle de la presse et de la médiatisation dans un succès, on croise quelques personnalités du monde littéraire, ça griffe un peu  et cette idée de la bibliothèque des livres refusés par les éditeurs, c'est bien vu!  

Un peu de suspens, des personnages attachants, la mayonnaise a pris tranquillement, et au final un bon moment de lecture !

objectif pal

vendredi 3 février 2017

Manuel à l'usage des femmes de ménage de Lucia Berlin

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Valérie Malfoy

Grasset
La publication de Manuel à l’usage des femmes de ménage révèle un grand auteur et un destin exceptionnel : Lucia Berlin, mariée trois fois, mère de quatre garçons, nous raconte ses multiples vies en quarante-trois épisodes. Élevée dans les camps miniers d’Alaska et du Midwest, elle a été successivement une enfant solitaire au Texas durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille riche et privilégiée à Santiago du Chili, une artiste bohème vivant dans un loft new-yorkais au milieu des années 50 et une infirmière aux urgences d’Oakland. Avec un délicat mélange d’humour, d’esprit et de mélancolie, Berlin saisit les miracles du quotidien jusque dans les centres de désintoxication du sud-ouest des États-Unis, elle égrène ses conseils avisés et loufoques tirés de ses propres expériences d’enseignante, standardiste, réceptionniste, ou encore femme de ménage.

Dix ans après la mort de l’auteur, la découverte de Manuel à l’usage des femmes de ménage a constitué un événement littéraire majeur aux États-Unis, puis dans le monde entier. Comparée par la critique américaine à Raymond Carver et Alice Munro, Lucia Berlin est un grand écrivain injustement méconnu, un maître de la narration qui se nourrit du réel pour émerveiller son lecteur.

Mon petit mot

De bonnes critiques et la biographie étonnante de l'auteure m'avaient attirée vers cet épais livre (et sa couverture originale )  que je suis ravie d'avoir découvert.

Je lis finalement assez peu de nouvelles, j'ai apprécié ce format ici, qui permet de découvrir à petites touches une riche galerie de personnages.

Du Chili aux USA, beaucoup de destins cabossés, alcool, drogue, dépression, maladie, séparations, la vie ne les a pas épargnés.
Mais il y a souvent des chutes bien senties, parfois drôles qui permettent de prendre du recul par rapport à des situations parfois dramatiques.

Certains textes m'ont moins accrochée, d'autres se répètent un peu,  j'en ai même lu quelques uns en diagonale, c'est l'avantage de ce format! D'autres en revanche me resteront bien en mémoire, en particulier celles qui tournent autour de l'enfance, du rapport à l'autre, de l'étrangère...
A butiner!


ChallengeUSA


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