dimanche 22 janvier 2017

La société du mystère roman par Dominique Fernandez

Grasset, janvier 2017
Un narrateur contemporain déniche chez un antiquaire un livre rare du xvie siècle : les Mémoires du peintre florentin Bronzino.
Les enfances de l’artiste auprès de son maître Pontormo, les leçons de vie que lui prodigue ensuite ce casse-cou de Benvenuto Cellini, la manière dont Bronzino devient peintre officiel des Médicis tout en s’affranchissant habilement des contraintes : à travers la vie trépidante d’une génération de génies entravés, pourchassés, menacés de mort pour leurs pensées hérétiques ou leurs amours interdites, Dominique Fernandez peint à fresque une époque de violences où la férule des Médicis et les dogmes catholiques imposent aux créateurs un carcan qui les contraint à crypter, chiffrer, coder et contrefaire. Le lecteur est introduit dans cette « Société du mystère » qui contourne la censure et atteint au sublime par la transgression : l’envers de la Renaissance à Florence telle que le vernis officiel nous en a légué l’histoire.
Au confluent de deux grandes passions de Dominique Fernandez, l’Italie et la peinture, cette autobiographie fictive, véritable roman de cape, d’épée et de pinceau, se situe dans la lignée de Porporino ou les mystères de Naples (Grasset, 1974, prix Médicis), de Dans la main de l’ange (Grasset, 1982, prix Goncourt) et de La course à l’abîme (Grasset, 2003).



Mon petit mot

J'avais lu il y a quelques temps Porporino ou les mystères de Naples  de Dominique Fernandez , je me suis plongée avec beaucoup de plaisir dans ce pavé consacré cette fois à l'art florentin du XVIème siècle, plus particulièrement centré sur trois artistes, Pontormo, Agnolo Bronzino et Alessandro Allori.

J'ai eu pourtant un peu de mal à entrer dans l'ouvrage, le narrateur contemporain n'apportant à mes yeux pas grand chose. Une fois arrivée dans la Florence de l'époque, plus de réticence. On suit les artistes dans leur vie quotidienne, avec une multitude de détails, de leur nourriture à leurs vêtements, on s'y croirait vraiment!

L'auteur centre son analyse sur la sexualité des artistes, la représentation du corps dans l'art, et permet ainsi de redécouvrir de nombreuses oeuvres et les liens entre elles

Visitation, fresque, église Santissima Annunziata de Florence. Le « putto » nu aux jambes écartées mis en parallèle avec le Diogène de L'école d'Athènes de Raphael : 
détails


La place du nu masculin, Pontormo, détail fresque la Villa Medici di Poggio a Caiano


Mais tout ceci va se heurter à l'église, l'inquisition, la contre réforme, les tableaux sont de véritables enjeux théologiques ou politiques et la place de l'artiste est particulièrement délicate.
Alors pour certains, les détails minuscules de leurs oeuvres deviennent l'occasion d'affirmer leur véritable opinion, plus ou moins dissimulée dans un nuage ou l'ombre d'un recoin de la peinture.

L'analyse des oeuvres est passionnante, telle celle de Allégorie avec Vénus et Cupidon d'Agnolo Bronzino, que de symboles!
Angelo Bronzino - Venus, Cupid, Folly and Time - National Gallery, London.jpg
Angelo Bronzino 003.jpg

Et si les soucis ne viennent pas de l'église, c'est du côté des puissants qu'ils arrivent.
Une Italie en guerre, Charles Quint, les rivalités entre familles, la Renaissance est loin d'être une période de paix, et être peintre de cour se révèle être une charge redoutable!

Sans parler des rivalités entre artistes (la jalousie d'un Vasari par exemple), la dépendance par rapport aux mécènes,  ou leur non acceptation par leur famille, ou encore des exils ou autres procès, la vie d'artiste est loin d'être un long fleuve tranquille !


Portrait d’Éléonore de Tolède et son fils Giovanni de Medicis par Bronzino

A travers ces trois générations d'artistes, on visite Florence, Rome, et Venise, on glisse de la renaissance vers le maniérisme, jusqu'aux funérailles de Michel Ange.


De nombreux tableaux sont évoqués, un fourmillement d'anecdotes fait découvrir de multiples détails qui échappent totalement au premier regard!



Par exemple dans le portrait de  Cosme Ier de Médicis en Orphée

Agnolo Bronzino - Portrait of Cosimo I de' Medici as Orpheus - Google Art Project.jpg
ou les mascarons du fauteuil du portrait de Lucrezia Panciatichi 
 
File:Angelo Bronzino - Portrait of Lucrezia Panciatichi (detail) - WGA3267.jpg

Bref, une plongée intéressante dans l'art florentin! Et une lecture à prolonger impérativement par une observation détaillée des tableaux cités!


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16 commentaires:

  1. Merci pour cet article ! J'aime beaucoup Dominique Fernandez, j'avais adoré "La course à l'abîme" sur la vie du Caravage. Je n'étais pas au courant de cette parution. Je vais très vite l'acheter !

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  2. Très tentant et ta chronique fait très envie. Merci Eimelle

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    1. une lecture que l'on a envie de prolonger en recherchant tous les tableaux cités!

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  3. Il me le faut, celui-ci manque à ma collection. Je fais confiance à Dominique Fernandez (pas les yeux fermés puisqu'il s'agit de peinture.

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    1. et il faut d'ailleurs chercher les tableaux à mettre en parallèle!

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  4. I want!!
    J'adore les romans qui parlent d'art et de peinture, même si c'est un peu long à entrer dedans.

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    1. cela vaut le coup de passer le premier cap négatif!

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  5. ça doit être passionnant mais ce n'est pas du tout un sujet qui m'attire.

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  6. Je le mets dans mes intentions de lecture immédiatement
    Merci !

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  7. Je l'avais mis dans la liste de mes envies de janvier, je ne l'ai pas vu en librairie. Je verrai ça un peu plus tard ;o) mais ça s'annonce intéressant ! Sur le même thème, tu aimerais peut-être "Libica" d'Alain le Nineze !

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  8. Je veux absolument le lire ce livre, il est pour moi, je sens que je vais aimer !

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