jeudi 16 juin 2016

Contes de la Méditerranée Sicile Mangeurs de mots

Jean MUZI, 25 Contes de la Méditerranée, Flammarion Jeunesse, 2006

Bordée par trois continents, la mer Méditerranée a baigné de ses eaux les civilisations les plus prestigieuses. Mémoire de plusieurs siècles d'histoire, elle recèle mille trésors. Ces vingt-cinq contes sont autant d'escales, du Maroc à l'Espagne, en passant par la Turquie, pour découvrir ou redécouvrir les richesses de la Méditerranée.

Au cours de leur voyage à travers les contes de ce livre, les lecteurs feront escale dans plusieurs îles, relais entre les rives ensoleillées de la Méditerranée où subsistent les traces des prestigieuses civilisations, et ils découvriront un peu des richesses des trois continents qui la bordent.

Du Maroc à la Lybie, en passant par Malte , l'Egypte ou la Palestine, la Turquie ou la Grèce, le basin méditerranée , un voyage aux origine de l'Europe!

4 contes concernent l'Italie :

18 - Les marins tyrrhéniens (Rome antique) , tiré des Métamorphoses d'Ovide
19 - Le mort reconnaissant (Italie)  Un bienfait n'est jamais perdu.
20 - Les mangeurs de mots (Sicile)  Quand on n'a plus rie, il reste encore les mots ... et l'on peut se régaler de recettes ...
21 - L'enfant et le congre (Sardaige) Même les poissons tiennent leurs promesses

J'ai trouvé ici celui de la Sicile, le voici :

Cinq pêcheurs vivaient dans un petit village sur une île de la Méditerranée.
Ils se connaissaient depuis l’enfance, étaient amis et travaillaient ensemble sur le même bateau.
Cette année-là, le poisson était devenu rare et les cinq hommes ne ramenaient que des filets vides.

Pour déjeuner, ils devaient se contenter d’un morceau de pain accompagné de quelques olives, qu’ils mâchaient le plus longuement possible pour se donner l’illusion qu’ils faisaient un long repas.

Un jour, l’un des cinq pêcheurs raconta aux autres sa soirée de la veille :
- Comme vous le savez tous, ma femme est une excellente cuisinière.
Elle connaît mille recettes, toutes meilleures les unes que les autres.
Hier au soir, elle en avait utilisé une dont elle a le secret pour préparer un poulet à la tomate. C’était si délicieux, que j’en ai repris 3 fois ! Il suffit que j’en parle, pour en avoir encore l’eau à la bouche !

Les quatre autres se regardèrent sans comprendre. Comment leur ami parvenait-il à s’offrir du poulet, quand la pêche rapportait si peu ?!
Le lendemain, à l’heure du déjeuner, ce dernier déclara qu’il n’avait pas faim.
- Hier, dit-il, ma femme avait cuisiné un gros lapin en sauce accompagné de polenta.
J’en ai tellement mangé que je ne peux plus rien avaler aujourd’hui !...
Les autres pêcheurs s’interrogèrent encore.
Comment leur ami pouvait-il s’acheter du lapin, alors que les filets étaient constamment vides ?

Giuseppe, ainsi s’appelait-il, prit alors l’habitude de raconter chaque jour son dîner de la veille. Tous les meilleurs plats y sont passés.
Au bout d’un mois, les quatre autres n’en pouvaient plus.
Ils en parlèrent à leurs épouses :
- Mais comment fait-il pour s’offrir tout cela, déclarèrent-elles, alors que nous mourons presque de faim ?!

Elles eurent alors l’idée d’aller voir la femme de Giuseppe.
La femme de Giuseppe fut heureuse de les voir et les fit entrer.
Là, après quelques potins de village, les femmes entrèrent dans le vif du sujet, précisément celui qui les avait amenées là !
- Et que comptes-tu préparer de bon ce soir, pour ton mari ? demandèrent-elles.

La femme de Giuseppe se lamenta aussitôt :
- Hélas, sans le sou devant moi, je n’ai plus allumé le feu depuis bien un mois !
- Et que mangez-vous donc?
- Ce que ma mère veut bien nous laisser, répondit-elle en pleurant.
- Ah, ma pauvre, dirent les autres, la vie est bien triste quand nos hommes ne pêchent rien !

A leur retour, les maris furent immédiatement informés que chez Giuseppe le feu n’avait pas été allumé depuis un mois !
Alors, quand vint l’heure du déjeuner, le lendemain sur le bateau, les quatre hommes demandèrent à Giuseppe :
- Alors mon ami ! Raconte-nous un peu ce que ta femme t’a cuisiné hier au soir !
- Eh bien, le dîner était encore meilleur que d’habitude ... elle ...
- … à d’autres ! l’interrompirent les autres. Voilà un mois que tu nous parles de volailles, de rôtis en tout genre, alors que ta femme n’a pas allumé le feu depuis un mois, tout comme chez nous !

Giuseppe eut si honte, que des larmes lui sont montées aux yeux.
- Si je vous ai menti, leur dit-il, c’est parce que je n’avais rien et que je rêvais de festins ! Je croyais presque à ce que je vous racontais et ainsi, j’étais moins malheureux !...
- Nous ne t’en voulons pas et nous te comprenons, car nous souffrons de ce même manque !

Pour finir, les cinq pêcheurs décidèrent que chacun à tour de rôle, ils raconteraient ce qu’ils n’avaient pas eu la chance de manger la veille.
C’est ce qu’ils firent en attendant que leurs filets fussent de nouveau lourds de bons poissons.
Et durant cette période difficile, ils trompèrent leur faim ... en se gavant de mots ! 





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