mardi 3 mai 2016

Voyage dans Les Pouilles 1: l'éperon : Gargano côté côte Vieste Foresta Umbra

Cap sur le sud de l'Italie!
Direction le talon de la botte, entre la mer Adriatique à l'est et la mer Ionienne au sud, pour un séjour d'une petite dizaine de jours à la mi-avril dans une région qui m'a totalement conquise!
Une grande variété de paysages et d'architectures, de délicieux petits plats, une région que je ne peux que vous inviter à découvrir!

Au fur et à mesure du tri des photos, j'essaierai de mettre en ligne les essentiels à découvrir, histoire de vous convaincre d'aller découvrir ces sites si vous hésitez encore!
(PS: je me bats en vain avec le blog pour mettre dans le bon sens les photos en format portrait... je ne gagne qu'une fois sur 5 ou 6... désolée de vous faire tourner la tête...)

Petite compilation de l'histoire de la région des Pouilles pour les lecteurs courageux! 

Géographie :
Apulia,  Puglie (les Pouilles) et désormais au singulier la Puglia (Pouille), cette région est la plus orientale d'Italie (nous serons d'ailleurs surpris le premier soir, le soleil s'y couche bien plus tôt qu'en Touraine!) , à Otrante, l'Albanie est à seulement 80 kilomètres.
Dans le Gargano, le point le plus élevé est le Monte Calvo, à 1 055 m.
La nature karstique d'une grande partie des Pouilles (favorisant les cours d'eau souterrains) et la pénurie de précipitations font que la région est particulièrement pauvre en cours d'eau superficiels.
Les Pouilles comptent plus de 834 km de côtes, soit la troisième région d'Italie après les deux régions insulaires italiennes (Sardaigne et Sicile) et proposent tous les paysages possibles, des falaises aux plages de sables en passant par les marais salants ou les criques. 

4 millions d'habitants environ, 60 millions d'oliviers... qui avec le blé dur et la vigne sont les principales cultures de la région. 


Histoire :
Les premiers restes humains découverts dans les Pouilles remontent à l’homme d'Altamura,  néandertalien.
À partir du VIIIe siècle av. J.-C., le peuplement du territoire s'intensifie avec les Dauniens, Peucétiens et Messapiens, peuples iapyges d’origine illyrienne (peuples des Balkans).
Vient ensuite la période des colonies de la Grande-Grèce, surtout pour la partie la plus méridionale de la région autour de Taras (Tarente) fondée par les Spartiates et où Pythagore passa plusieurs années .
Rome commence à occuper la région à partir du IIIe siècle av. J.-C., la via Appia (Brindisi/Rome) est alors construite. En 216 av. J.-C., à Cannes, l’armée romaine subit sa plus terrible défaite contre les Carthaginois, deux fois moins nombreux mais guidés par Hannibal. En 201 av Rome finit par triompher. Les romains transforment ensuite la région en un vaste grenier à blé pour leur empire. 
Avec la décadence de l’Empire romain d’Occident du IVe au XIe siècle, la région entra dans une longue période d’appauvrissement. De nombreux peuples barbares germaniques se succédèrent sur les terres apuliennes.
 Puis les Sarrasins arrivent en Sicile en 823 et remontent jusqu'aux Pouilles, créant un émirat à Bari de 847 à 871 avant que les Byzantins ne fondent un royaume jusqu’à l’arrivée des Normands en 1071.
Vers l'an 1035 arrivent en Italie les premiers Normands de la famille Hauteville ( issue d’un noble normand du Cotentin ), les frères Guillaume ( surnommé « Bras-de-Fer ») et Drogon qui entament la conquête de l'Apulie sur l'Empire byzantin. En 1042, Melfi est choisie comme leur capitale, ils sont rejoints par leur frère Robert « Guiscard » qui y mène d'abord une vie de brigand, pillant, volant, rançonnant, harcelant les troupes byzantines et semant la terreur dans la région. Il se marie vers 1051 avec Aubrée de Bourgogne. En 1057, Robert devient comte d'Apulie, évinçant ses deux jeunes neveux. Il entreprend alors, en compagnie de son jeune frère Roger « Bosso », récemment arrivé en Italie, la conquête totale de l'Apulie. Avec la création du royaume de Sicile, les Normands éliminent la présence des Sarrasins et des Byzantins et relancent les relations maritimes avec Venise et les villes côtières de la Méditerranée. Cette période voit la vie politique et religieuse de la région totalement réorganisée. D'importantes seigneuries féodales voient le jour, comme le comté de Lecce et la principauté de Tarente, assigné au croisé Bohémond de Tarente, fils de Robert Guiscard.
Un important renouveau culturel a lieu. On construit des cathédrales dans un style roman à influence byzantine original. Le transfert à Bari des reliques de Saint Nicolas en fait un lieu important de pèlerinage. .

Le royaume revient ensuite à Constance de Hauteville, qui épouse Henri, fils de Frédéric Barberousse, empereur romain germanique. Ainsi commence la période souabe, sous le règne de la famille des Hohenstaufen de Souabe.
Sous le long règne de Frédéric II, de 1220 à 1250, la région connaîtra son âge d’or avec un grand essor artistique et économique. Frédéric II, qui résidait souvent dans les Pouilles (il était surnommé Puer Apulia, « l'enfant de la Pouilles »), était un homme cultivé et avant-gardiste, féru d’arts, de sciences, de philosophie et de littérature (sa cour attirait des artistes de diverses cultures). Il réalise la fortification des villes, fait construire ou transformer de nombreux châteaux. 
 Son fils Manfred mourut le 26 février 1266 à la bataille de Bénévent, vaincu par son rival Charles Ier d'Anjou ( le dernier fils du roi de France Louis VIII et de Blanche de Castille. Comte d’Anjou et du Maine, il devient comte de Provence par son mariage avec Béatrice de Provence en 1246. Il avait le soutien du Pape). La deuxième épouse de Manfred, Hélène et leurs fils meurent en prison les années suivantes. Entre 1266 et 1442, les Pouilles passent donc sous la domination des Angevins (qui font de Naples leur capitale) 
Petite-fille, par son père, du roi Robert d'Anjou, Jeanne lui succéda en 1343. Épouse de André de Hongrie, elle le fit sans doute assassiner en 1345 ; elle se remaria en 1347 avec son cousin Louis de Tarente, qui mourut de la peste en 1362.L'autorité pontificale protège Jeanne lors de l'intervention armée du roi Louis de Hongrie, venu venger son frère. La reine trouva refuge dans son comté de Provence et vendit au pape la seigneurie d'Avignon pour financer son retour à Naples. Elle restaura l'autorité comtale en Provence, met un terme au conflit qui opposait les Angevins de Naples aux Aragonais de Sicile depuis 1282, soutint la politique pontificale en Toscane et fit face aux intrigues de sa sœur Marie et des Duras. Ayant été déclarée déchue en 1380 par Urbain VI à qui elle s'était opposée, la reine Jeanne se rangea du côté du pape avignonnais Clément VII et adopta pour héritier le duc Louis d'Anjou, frère de Charles V et fondateur de la seconde dynastie angevine. Elle fut vaincue par Charles de Duras, son neveu; à qui Urbain VI avait donné l'investiture du royaume. La reine Jeanne fut assassinée en prison.
Vers 1380, Raimondo Orsini Del Balzo revint d'Orient et s'alliant avec Louis Ier de Naples, il réussit à obtenir les biens qui lui revenaient par héritage et épousa, en 1384, la comtesse de Lecce Marie d'Enghien. Avec ce mariage, il devint un des plus puissants seigneurs du Mezzogiorno. La basilique de Sainte Catherine d'Alexandrie à Galatina, a été construite par la volonté de Raimondello pour abriter la relique du doigt de la qu'il a ramené des croisades. À la mort de son mari en 1406, Marie d'Enghien épouser en 1406 son ennemi le roi Ladislas Ier de Naples, dont elle devient la troisième épouse. Ils n'eurent pas d'enfants ensemble. Après la mort de Ladislas en 1414, elle revient en ses terres de Tarente.
En 1442, le royaume de Naples est conquis par Alphonse V d'Aragon, qui établit une cour brillante à Naples. Deux révoltes féodales agitent le royaume en 1465 et 1485 mais sont matées par le pouvoir royal. Les plus importants seigneurs féodaux sont toujours les Orsini-del Balzo, princes de Tarente, qui possèdent une bonne partie des Pouilles. Ferdinand Ier de Naples parvient à annexer leurs possessions au domaine royal en épousant l'héritière des Orsini, Isabella Chiaromonte. 
En 1480, Otrante est attaquée et prise par les Ottomans, siège qui se termina par le massacre de 800 personnes qui avaient refusé leur conversion à l’Islam. .Une coalition italienne s'organise rapidement pour libérer la ville la même année. Alors que les Ottomans occupent désormais la côte orientale de l'Adriatique, par mesure de précaution, les châteaux côtiers des Pouilles sont tous renforcés voire reconstruits (comme à Otrante, Gallipoli ou Tarente) et un réseau de tours de guet est bâti tout le long du littoral pour repérer les incursions.
Avec les guerres d'Italie, les Pouilles sont le théâtre d'affrontements et de batailles entre Français et Espagnols pour la domination du royaume de Naples.  L'Espagne l'emporte en 1503 et parvient à asseoir sa domination malgré les tentatives de reconquête des Français. Les Pouilles voient se développer les latifundia alors que Lecce commence à dominer culturellement la région à partir de la Renaissance : elle devient la capitale officielle de la Terre d'Otrante.
En 1733, la mort d'Auguste II de Pologne déclenche une crise successorale qui rompt l'équilibre déjà précaire de l'Europe, et la guerre qui s'ensuit voit s'opposer sur le front italien les deux puissances des Bourbons, de France et d'Espagne, alliées à la dynastie de Savoie, et l'empire des Habsbourg. 
En 1734, les Pouilles, à l’issue de la bataille de Bitonto passèrent, ainsi que le reste du royaume de Naples, des Habsbourg aux Bourbon.

En 1799, le nord des Pouilles est concerné par les événements de la République parthénopéenne, une éphémère république sœur de la France instituée par les révolutionnaires napolitains aidés des armées françaises d'Italie. Andria et Trani notamment, restées fidèles au roi, sont assiégées et prises par les troupes républicaines. Mais le pouvoir des Bourbons est rapidement rétabli. 
Après la victoire de Napoléon sur le royaume de Naples en 1805, le féodalisme est aboli et une meilleure répartition des biens est engagée. Joachim Murat, nommé roi de Naples par Napoléon, fut notamment à l'origine de la restructuration urbaine de Bari et du plan en damier des rues de la ville.

Avec la restauration et le retour des Bourbons en 1815,le phénomène de brigandage s'installa et les Pouilles aussi se trouvèrent impliquées dans les idées du Risorgimento ce qui se traduisit par la constitution de nombreuses sociétés secrètes comme le Carbonarisme. Lorsqu’en 1860 le roi François II des Deux-Siciles est contraint de capituler sous les assauts garibaldiens, les Pouilles furent annexées au royaume d’Italie
Avec la création de la nation italienne en 1861 sous le règne de Victor-Emmanuel II, la région fut divisée administrativement avec les provinces de Foggia, Bari et Lecce, auxquelles s’ajoutèrent pendant le Novecento, les provinces de Brindisi et de Tarente.
L’émigration vers les États-Unis, l'Argentine mais surtout l'Europe (Allemagne, Suisse, France) se renforça dans l’espoir de trouver un meilleur travail.
En 1890, le prix du pain augmenta au point de déclencher une révolte de la farine réprimée par l’armée.
Avec le gouvernement de Giovanni Giolitti le plus grand aqueduc d'Europe fut réalisé, ce qui permit aux Pouilles de remédier au problème de la pénurie en eau. Les travaux débutèrent en 1906.
Après la destitution de Mussolini , la famille royale et le gouvernement s'installèrent à Brindisi, qui devint la capitale éphémère du royaume d'Italie à partir du 10 septembre 1943 jusqu'au 11 février 1944, date à partir de laquelle la capitale provisoire fut transférée à Salerno.
Les dramatiques conditions économiques de la fin de la guerre provoquèrent une reprise de la lutte du mouvement paysan ainsi qu'une importante émigration aussi bien vers les villes industrielles du nord de l'Italie qu'à l'étranger.
Au début des années 1960, la région s'est dotée d'importants établissements industriels. À Bari, à Brindisi, une grande industrie pétrochimique fut créée qui vient s'ajouter aux entreprises mécaniques et aéronavales, créant ainsi des emplois pour les techniciens et les ouvriers originaires de la province ou des régions limitrophes. À Tarente en 1965 le « IVe Centre Sidérurgique Italsider » fut inauguré, il s'agissait alors d'un des plus importants complexes industriels de transformation de l'acier en Europe.

Etape 1 du voyage : Le Gargano 

Début du séjour par le nord de la région, l'éperon de la botte, autour de Manfredonia et du parc national du Gargano.

De quoi commencer à découvrir les nombreuses influences de cette région, entre les premières populations locales préhistoriques, les Grecs, les Romains,  mais aussi les Slaves, les Sarrasins, les Normands, les Angevins, les Hohenstaufen, les rois de Sicile, les attaques françaises ou turques, quelle histoire!
Trait d'union entre Orient et Occident, une région méconnue où il y a beaucoup à découvrir!

 La route côtière

Au programme du premier jour, la route longeant la mer adriatique, à l'est du Gargano et retour par la foresta umbra à l'intérieur des terres.
Plusieurs belvédères sont aménagés, de superbes points de vue!
- Autour de Manfredonia, collines, férules, oliviers et cactus... 

- Plage de Mattinata et élevages de poissons
- les Faraglioni de Baie delle Zagare 
une côté découpée qu'il doit être également magnifique de découvrir en bateau... déjà un premier prétexte pour y revenir!

- Tours de guet construites sous la domination espagnole au XVIème siècle après l'attaque des Ottomans à Otrante
- Baie di Campi et l’Architiello de San Felice











- île gattarella 


- Trabucchi pour la pêche



et puis il y a cette alternance de plages de sable immenses et de falaises, de grottes et de rochers...
  un peu trop tôt en saison pour bronzer ou se baigner!





mais ces plages désertes en cette saison sont un lieu idéal de promenade!


et au loin, se dessine la ville de :

Vieste
Un joli bourg médiéval, avec ses petites rues escarpées, ses façades blanches et son château, construit en a pic sur la mer sous Frédéric II.
- la plage et le pain de sucre qui culmine à plus de 25 m : selon la légende, Pizzomunno, un jeune pêcheur était amoureux de Cristalda, une jeune femme du village ; personne n'aurait pu les séparer, ni les courants marins, ni les sirènes qui, chaque fois qu'il se rendait en mer, tentant en vain de le séduire. Ce refus entraîna leur fureur, et pour se venger, un soir que le jeune couple contemplait les étoiles depuis les falaises face à la mer, les sirènes enlevèrent Cristalda, et la séquestrèrent au fond de l'océan.
Pizzomunno voulut délivrer sa belle, mais ne réussit pas à la retrouver. A cause de la douleur provoquée par la perte de sa bien-aimée, il se pétrifia jusqu'à se transformer en la roche que l'on appelle aujourd'hui la roche de Pizzomunno. Selon la légende, tous les 100 ans, Cristalda s'échappe des Abysses pour retrouver son amant le temps d'une nuit de pleine lune...




- au bout du promontoire, l'ancien monastère, la Chiesa di San Francesco et un ancien trabucco


-terrasse en bord de mer , face au phare sur le rocher San Eufemia , 










- visite de la ville en compagnie d'un guide original qui nous conduit à un beau point de vue! 

 
- la Chianca Amara : en 1554, le corsaire turc Dragut, à la tête de 70 galères attaqua Vieste. Après une semaine de siège, il mit la ville à sac. Des centaines d'habitants, femmes et enfants compris furent décapités sur une roche « la pierre amère ».


















- la cathédrale, en haut des marches, bien cachée dans les ruelles


 
- extérieurs du château (garnison militaire, radar)





 - ruelles étroites, on peut se serrer la main d'un balcon à l'autre!

 différents systèmes pour gravir la falaise

 et les photos rebelles des ruelles







Le parc naturel, la forêt Umbra
Entre forêts et falaises, ce promontoire sur l'Adriatique a été occupé dès le Paléolithique. Le Gargano, seule montagne entièrement située dans la région des Pouilles , culminant à 1 055 m, était à l'origine une île, rattachée à la terre ferme par l'accumulation de dépôts alluvionnaires.
La forêt est composée de hêtres, d'érables, de pins, de chênes chevelus, de châtaigniers, de très vieux ifs...
Nous nous arrêterons pour une promenade autour du lac artificiel de Cutino où nous croiserons les vaches de la race locale Podolica.





une photo prise sur le web de ces vaches en plus net:
... A suivre!

10 commentaires:

  1. merci pour toutes ces photos! On me dit souvent que les Pouilles sont encore meilleures que la Toscane, qu'en penses-tu?

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    1. c'est très différent, très varié surtout, et d'une richesse patrimoniale et naturelle impressionnante! je retournerai volontiers dans ces deux régions en tout cas!

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  2. Beaucoup aimé cette région voici un petit lien vers mon blog tu retrouveras des endroits connus http://miriampanigel.blog.lemonde.fr/?s=GARGANO

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    1. et tu fais d'ailleurs partie de celles qui m'avaient donné envie de partir à la découverte de cette belle région!

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  3. Ca a l'air magnifique, avec des paysages très diversifiés ! J'aimerai y être !

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  4. Chouette reportage, nous avons l'intention de faire le voyage vers les Pouilles (mais pas cette année)et je reviendrai y piocher des idées "à voir" ce n'est pas ce qui manque ! Je suis très étonnée par les tours de guet, j'imaginais des tours rondes comme en Corse !

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    1. en effet, pas du tout le même style! J'ai été très agréablement surprise par la richesse de cette région! N'hésite pas à piocher des idées!

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  5. Je suis ravie que tu sois toi aussi tombée sous le charme des Pouilles ;) J'ai découvert le Gargano l'été dernier (nous allons généralement plutôt autour de Bari)et j'ai été conquise.

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