dimanche 6 septembre 2015

un homme dangereux Émilie Frèche #Rentréelittéraire2015

Stock
« – Maintenant que tu as vraiment quitté ton mari, on va pouvoir parler. Je veux que tu deviennes ma femme. Je t’aime, je veux vivre avec toi, mais avant, il faut que tu laisses tes enfants.
– Pardon ?
– Je suis sérieux. Il faut que tu les laisses à leur père, je te dis ça pour leur bien. Elles seront très heureuses avec lui ; ils partiront vivre en Israël, ce sera beaucoup plus simple, et tu iras leur rendre visite pour les vacances.
– T’es complètement malade.
– Tu sais bien que non, puisque c’est comme ça que ça va se terminer pour les juifs de France. Sept mille juifs sont partis rien que cette année, c’est moi qui l’invente ? Bientôt, il n’y aura plus de juifs en France. Plus un seul juif. Tu te rends compte, un peu ? Le grand rêve de Vichy réalisé par des Merah, des Nemmouche, des Kouachi. Que des petits enfants de bicots qu’on a fait venir du bled pour assembler des boulons, et qui feront mieux que les idéologues du Troisième Reich, sans même avoir besoin de vous mettre dans des trains. Tout ça simplement en jouant avec votre peur. Quelle intelligence ! Quelle économie, surtout. La France nettoyée pour pas un rond. »



Mon petit mot

Un roman "mille-feuilles" qui révèle peu à peu sa véritable densité.
Cela pourrait commencer comme un vaudeville, le mari, la femme et l'amant. Mais contrairement au titre d' Annie Ernaux, justement cité dans le livre, on est bien loin d'une "passion simple" (note pour moi même, il faut que je me décide à lire ce livre!)

Cela pourrait continuer sur la descente aux enfers de l'héroïne, le pervers, la manipulation, l'emprise, une relation destructrice...


Mais c'est plus que cela.
Parce qu'il y l'antisémitisme, avec des références et des exemples bien ancrés dans notre France de 2015, et les échos entre ce que vit la narratrice (qui a bien des points communs avec l'auteure, du prénom,  au livre sur Ilan Halimi  ou à l'émission de Tadedeï... l'autobiographie est toute proche) et ce qu'a vécu sa propre grand-mère en 39-45. Les ponts entre les deux ont de quoi faire réfléchir.

Et la violence des mots et des livres est la même. Ou comment un livre peut être une arme de destruction de l'autre, de vengeance. 

La part biographique semble importante dans l'oeuvre de cette auteure, à la plume efficace, que je découvrais avec ce texte, il y est aussi beaucoup question du rapport à l'écriture, et de comment elle peut influer sur la vie... vivre des choses pour les écrire, écrire ce qu'on ne peut pas vivre, réécrire l'histoire... intéressant , bref, une auteure de plus à suivre pour moi !

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12 commentaires:

  1. J'ai prévu de le lire.
    Ces thématiques sont vraiment au coeur de nombreux romans de la rentrée !

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    1. Il y a en effet de nombreux échos à l'actualité dans beaucoup de romans, un signe de l'état de notre société ?

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  2. J'ai entendu parler d'elle mais jamais rien lu non plus! Et bien décidément tu es es à fond dans la rentrée littéraire!

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    1. J'ai fait une belle cure en effet c'est la première année où j'en lis autant dès la mi août!

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  3. Je le veux. Je veux le lire. Absolument !

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  4. Oui, je suis d'accord, il fait partie des livres de la rentrée à découvrir !

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  5. Je note mais la citation me met un peu mal à l'aise

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    1. Les propos de l'homme sont en effet assez dérangeant

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  6. On nage encore en pleine autofiction j'ai l'impression et j'avoue que j'ai envie d'autre chose en ce moment !

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