mardi 6 mai 2014

Kinderzimmer Valentine GOBY

Kinderzimmer, Valentine Goby, Actes sud Août, 2013
Présentation


“Je vais te faire embaucher au Betrieb. La couture, c’est mieux pour toi. Le rythme est soutenu mais tu es assise. D’accord ?
– Je ne sais pas.
– Si tu dis oui c’est notre enfant. Le tien et le mien. Et je te laisserai pas.
Mila se retourne :
– Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que tu veux ?
– La même chose que toi. Une raison de vivre.”

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.
Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

«D’abord, il y eut cette rencontre, un jour de mars 2010 : un homme de soixante-cinq ans se tient là, devant moi, et se présente comme déporté politique à Ravensbrück. Outre que c’est un homme, et à l’époque j’ignorais l’existence d’un tout petit camp d’hommes non loin du Lager des femmes, il n’a surtout pas l’âge d’un déporté. La réponse est évidente : il y est né. La chambre des enfants, la Kinderzimmer, semble une anomalie spectaculaire dans le camp de femmes de Ravensbrück, qui fut un lieu de destruction, d’avilissement, de mort. Des bébés sont donc nés à Ravensbrück, et quoique leur existence y ait été éphémère, ils y ont, à leur échelle, grandi. J’en ai rencontré deux qui sont sortis vivants de Ravensbrück, ils sont si peu nombreux, et puis une mère, aussi. Et la puéricultrice, une Française, qui avait dix-sept ans alors. C’était un point de lumière dans les ténèbres, où la vie s’épuisait à son tour, le plus souvent, mais résistait un temps à sa façon, et se perpétuait : on y croyait, on croyait que c’était possible. Cette pouponnière affirmait radicalement que survivre, ce serait abolir la frontière entre le dedans et le dehors du camp. Envisager le camp comme un lieu de la vie ordinaire, être aveugle aux barbelés. Et donc, se laver, se coiffer, continuer à apprendre, à rire, à chanter, à se nourrir et même, à mettre au monde, à élever des enfants ; à faire comme si. J’ai écrit ce roman pour cela, dire ce courage fou à regarder le camp non comme un territoire hors du monde, mais comme une partie de lui. Ces femmes n’étaient pas toutes des héroïnes, des militantes chevronnées, aguerries par la politique et la Résistance. Leur héroïsme, je le vois dans l’accomplissement des gestes minuscules du quotidien dans le camp, et dans ce soin donné aux plus fragiles, les nourrissons, pour qu’ils fassent eux aussi leur travail d’humain, qui est de ne pas mourir avant la mort. Mila, mon personnage fictif, est l’une de ces femmes. Kinderzimmer est un roman grave, mais un roman de la lumière.» V.G


Mon petit mot

Ce livre me tentait depuis sa sortie, mais je craignait la dureté du thème, alors il a fallu quelques mois et de nombreuses critiques positives pour que je me décide.
 Comme j'ai bien fait de le lire enfin!

Un livre dur certes, mais où la vie domine et où de formidables bouffées d'espoir jaillissent.
Un livre à lire, à faire lire, nécessaire. Bouleversant mais sans tomber dans le pathos. Une belle réussite de la part de l'auteure.

C'est une page totalement méconnue (pour ma part) de l'histoire des camps que l'on découvre, naître dans ce lieu de mort,donner la vie au milieu des cadavres... C'est aussi la vie quotidienne de ces camps (à ne pas lire un soir de déprime) dans toute sa cruauté .
Et puis il y a des personnages de femmes, qui luttent pour conserver une certaine dignité, qui s'accrochent à la moindre de raison de tenter de continuer à vivre, de belles leçons de vie.
Des images restent en tête, un lac, du lilas, et ces femmes, Teresa, Georgette et la Java bleue... 



Un grand merci à Philisine pour ce livre voyageur 

Dans le cadre du challenge rentrée littéraire, et de ceux sur la seconde guerre mondiale et la plume au féminin





17 commentaires:

  1. Et une de plus qui a apprécié !!! Comment faire autrement ? Ce texte est si puissant !

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  2. Je l'ai beaucoup aimé aussi. Et le mien est désormais dédicacé, j'y tiens donc encore plus.

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  3. Je l'ai déjà écrit dans plusieurs commentaires, ce livre me fait toujours un peu peur... Peut-être un jour me tombera-t-il sous la main...

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  4. Ce livre me tente beaucoup depuis sa sortie ! Il faut que je voie si ma biblio l'a acheté...

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  5. Je suis impatiente de le lire

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  6. j'ai hésité longtemps, mais je ne regrette pas, dur oui, mais il n'y a pas que des pages sombres, la lecture n'est pas "plombante"

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  7. Je viens de vérifier : il est disponible à la bibliothèque, je vais peut-être enfin me décider. Tous ces billets très positifs me laissent penser qu'il me plaira.

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  8. Merci pour cette participation au challenge Seconde Guerre mondiale ! Un livre qui a l'air "dur" mais qui, je pense, pourrait me plaire...

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  9. n'hésite pas si tu as l'occasion!

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  10. C'eest un livre impressionnant qui mérite les louanges. Je te remercie de ton bon accueil et je t'embrasse.

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  11. un livre très fort en effet! encore merci:!

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  12. Tiens! Il vient d'atterrir dans ma PAL! J'ai l'impression, en effet, qu'il doit un peu secouer.

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    1. quelques mois après il est toujours très fort en mémoire! bonne lecture!

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  13. Bonjour Eimelle,
    Suite à l'accord d'Ostinato j'ai repris le challenge sur la seconde guerre mondiale, donc si tu veux continuer dans la lancée je t'invite à y participer et je serais contente que tu y participes. Voici le lien du lancement officiel :) : http://www.chapitre-onze.fr/2015/03/challenge-litteraire-seconde-guerre-mondiale/
    Quant à Kinderzimmer je l'ai aussi lu et comme toi je l'ai trouvé très dur, mais il est un vrai reflet de ce qui s'est passé dans ces camps de la mort. Valentine Goby s'est fondé sur vrais témoignages.

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