vendredi 30 novembre 2012

Que viva la musica ! Andrés CAICEDO

Que viva la musica ! Andrés CAICEDO
 Traduit par Bernard COHEN
 Août 2012, éditions Belfond
Un livre gagné grâce à un concours organisé par l'éditeur, un grand merci à eux!
http://www.belfond.fr/andres-caicedo/index.html


Présentation
La découverte d'un auteur mythique de la Colombie des années 70, le prolifique Andrés Caicedo, suicidé à 25 ans le jour où il recevait le premier exemplaire de Que viva la musica ! Un roman considéré comme un des chefs-d'oeuvre de la littérature latino-américaine du XXe siècle, pour la première fois traduit en français.
La découverte d'une oeuvre mythique, à l'énergie folle et à la poésie hallucinée, considérée comme l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature latino-américaine du XXe siècle. Véritable ode sensuelle à la musique et à la ville de Calí, temple de la salsa, un roman psychédélique étincelant et désespéré qui restitue l'incroyable effervescence des années 1970.
Le jour où María, petite-bourgeoise de dix-sept ans, sèche son rendez-vous hebdomadaire avec de jeunes marxistes étudiant Le Capital, elle sort du chemin qui était tout tracé pour elle et se jette à la nuit.
Arpentant sa ville de fête en fête, glorieuse, tout au plaisir de la danse, elle se fait grimpante de night-club, amante des enfants perdus du rock et de la salsa, goûte cocaïne, acides, herbe, champignons hallucinogènes et envoie valser le conformisme de son milieu au nom de la jouissance et de la beauté.
Pour vivre vite et surtout ne jamais vieillir, celle qui se surnomme elle-même « la Toute-Vivante » se lance dans une étourdissante quête de tous les plaisirs. Une odyssée endiablée et poétique à la poursuite d'un rêve insaisissable : celui de l'innocence éternelle et absolue.
Fondée en 1536 par les conquistadores espagnols, Santiago de Cali est aujourd’hui la troisième ville de Colombie avec 2,5 millions d’habitants, derrière Bogotá et Medellín. Située à l’ouest du pays, elle est proche de l’océan Pacifique et de l’Equateur. Toute l’oeuvre de Caicedo s’inscrit dans la ville de Cali, qui campe un personnage à part entière.
Dans les nouvelles et les romans de l’auteur, sa vie nocturne, sa musique, sa jeunesse et son énergie se heurtent constamment à la violence, à l’injustice sociale, à l’ennui et à la mélancolie. Les jeunes héros caicediens arpentent inlassablement les rues de Cali comme si elles leur appartenaient et qu’elles étaient leur seule demeure, avec une sensation de liberté grisante, mais dans le même temps semblent tourner en rond comme des prisonniers. Cette ville, qu’il adore et haïe comme une métaphore de la jeunesse colombienne et de lui-même, Caicedo la surnomme « Kali », du nom de la déesse mère hindoue, à la fois protectrice et destructrice. Cali, comme María, l’héroïne de Que viva la música !, incarnent la figure de la femme dévoreuse qui fascine Caicedo, grand lecteur d’Edgar Allan Poe, et qu’on retrouve dans beaucoup de ses nouvelles.

Le début de Que viva la musica!
Je suis blonde. Blondissime. Tellement blonde qu'on me dit: "Ma mignonne, il suffirait que tu fasses voleter tes cheveux sur mon visage pour me délivrer de cette ombre qui me harcèle." Ce n'était pas une ombre, mais la mort qu'il portait sur sa figure, et j'ai eu peur de perdre mon éclat.


Mon avis:
Une lecture surprenante.
J'ai eu du mal à entrer dans cet univers, dans cette langue, la danse, les substances hallucinogènes diverses, la drogue, la violence, le sexe... la vie... Et puis au fil des pages, on s'habitue à ce tourbillon, à cette langue musicale, gros travail de traduction sans doute pour retranscrire cette musicalité... et l'on a envie de prolonger la lecture en puisant dans l'abondante discographie qui l'accompagne.
Une autre vision de la Colombie et de son histoire, la rupture entre les quartiers nord et sud de la ville, l'influence des cultures nord-américaine et latino, on est pendant ces quelques heures de lecture dans un tout autre monde... Une préface et des notes intéressantes.
 


Un livre qui rentre dans le cadre de plusieurs challenge



Challenge lecture Amérique du sud amérique latine



jeudi 29 novembre 2012

Lectrice Julius LeBlanc Stewart Lectrice Julius LeBlanc Stewart

Dans la série femme lisant dans la peinture et l'art, une série par Julius LeBlanc Stewart

 Reading Aloud (1833)
et avec ce temps gris et froid, pouvoir rester ainsi dans un divan aux coussins douillet... cela donne envie!

 Julius LeBlanc Stewart
Julius LeBlanc Stewart (né en 1855 à Philadelphie en Pennsylvanie aux États-Unis d'Amérique et mort à Paris en 1919) était surnommé le « Parisien de Philadelphie », Paris où il a fait l'essentiel de sa carrière de peintre.

Lectrice Julius LeBlanc Stewart
Les représentations de la société élégante de cette fin de siècle forme l'essentiel de son œuvre.
En tout cas, tourner les pages avec des gants, cela va peut-être redevenir d'actualité pour les petites lectures en terrasse hivernales!

Lectrice  Stewart

mercredi 28 novembre 2012

Marie Dorval 4 (après 1843)

Dernière partie des articles biographiques de Marie dorval

après:
- Marie Dorval 1 les débuts

- Marie Dorval 2 vers 1830, premiers succès et entourage:  Vigny Sand

Marie Dorval 3 les années 1830-1840, la comédie française, les tournées en province, Angelo, Hernani, Cosima...

   Marie Dorval : rôles des années 1843/47 Lucrèce , Louise,  Agnès, Augusta...

Lucrèce 

Marie Dorval  joue en 1843 Lucrèce de François Ponsard  au  Théâtre de l'Odéon. Une oeuvre considérée comme marquant la fin de la période du romantisme. Marie Dorval avait été un des phares de ce mouvement, elle participe ainsi au tournant littéraire de ce milieu XIXème.
Marie Dorval Lucrèce

"L'ouvrage marque une date importante dans l'histoire du théâtre français, non par sa valeur intrasèque, mais parce qu'elle fut, en pleine période romantique, un retour au classissisme et servit d’étendard à la réaction littéraire" (Dict. Des Oeuvres)."22 avril 1843. L'Odéon fut plein à craquer. Ce fut un triomphe. "C'est du Corneille retrouvé, avait écrit Sainte-Beuve, du Romain pur et primitif". Et Lamartine : " C'est un vrai poète qui se lève !". Ce furent Mme Dorval et Bocage, vétérans du drame romantique, qui tinrent les principaux rôles" La jeunesse du quartier Latin tout particulièrement, est séduite par la pièce qui sera jouée plus de quarante fois en ce printemps 1843. 



Le Théâtre Et la Société Française de 1815 à 1848:


 Lucrèce, par M. Ponsard. Brute : Bocage ; Lucrèce : madame Dorval ; Dernière scène de la tragédie de Lucrèce
Marie dorval Lucrèce
 Le succès de Lucrèce dans la presse
Dans les bijoux de Marie Dorval après sa mort, on trouve
Une bague et une broche données par Ponsard en souvenir de Lucrèce.
Pendant la fermeture estivale de l'Odéon, elle reprend une fois encore Antony et la Tour de Nesle à la Porte-Saint-Martin, mais aussi une création : Lénore d'Henri Blaze, où elle interprète le rôle d'une jeune fille de seize ans, ce qui ne pouvait manquer de faire sourire et ce qu'elle reconnaissait elle-même. Mais faute de mieux, c'était toujours un contrat. Elle n'en avait pour autant pas moins préparé comme toujours son rôle avec soin demandant au baron de Rotshild l'accès à sa collection pour étudier "la physionomie, la pose et le costume de Lénore" dans une toile qu'il possédait d'Ary Scheffer. 

Lénore Ary Scheffer
 A la rentrée, Lucrèce est reprise à l'Odéon, avec un changement dans la distribution puisque Marie Dorval est passée du rôle de Lucrèce à celui de Tullie qui convenait peut-être mieux à son tempérament mais une maladie l'empêche d'assurer plus d'une vingtaine de représentations.
Toujours à l'Odéon , elle crée fin décembre 1843 "La duchesse de Châteauroux", de Sophie Gay, qui ne trouva pas grâce devant les critiques et disparut de l'affiche au bout de trois représentations seulement.

Les petits-enfants
Mais vient de naître son petit fils, Georges, et l'essentiel de son bonheur est là.
Un repli autour du cercle familial semble s'opérer, religion, famille, cette naissance marque un net changement des priorités, des premiers ennuis de santé en 1844 qui vont la tenir plusieurs fois alitée vont également contribuer à ce repli.
Une petite Marie naîtra ensuite, et leur grand-mère jouera bien souvent comme elle l'écrit à George Sand les "bonnes d'enfants" "J'adore mes petits-enfants, Marie est une petite princesse, jolie à croquer. George est devenu beau comme un astre, et charment, avec de beaux chevaux blonds bouclés. Son nom lui porte bonheur". 


Jane, dans Marie Tudor 
Fort de ces derniers succès, l'Odéon  rêve de reproduire le choc de la confrontation de deux grandes actrices comme cela avait été le cas entre Mlle Mars et Marie Dorval pour Angelo. Il s'agit cette fois de réunir Marie Dorval et Mlle George qui l'avait privée autrefois de plusieurs rôles à la Porte-Saint-Martin. Les deux comédiennes acceptèrent toutes deux le défi, autour de Marie Tudor d'Hugo, avec le rôle de Marie d'Angleterre pour Mlle George et de Jane, l'orpheline qui dispute à la reine le cœur de Fabiano pour Marie Dorval.La première a lieu le 12 janvier 1844.
"Tournoi curieux, joute brillante, où la victoire n'a été à personne, où les deux rivales ont été accablées de couronnes qu'elles se sont ensuite fraternellement partagées" conclut la Revue et gazette des théâtres. 

La comtesse d'Altenberg
Marie Dorval continue à jouer à l'Odéon ensuite, dans La comtesse d'Altenberg, en mars, dans le rôle d'une mère prête à sacrifier sa vie pour préserver l'honneur de sa fille. 
La Chronique "Un nouvel emploi s'ouvre pour Mme Dorval, celui des mères belles encore, mais belles de la seconde beauté des femmes [...] Les applaudissements ont interrompu le dernier acte presque de phrase en phrase." 
Gérard de Nerval dans l'Artiste : "Mme Dorval a retrouvé là un de ces rôles où elle est parfaite[...]se met tellement dans la situation que souvent il lui échappe des expressions sublimes de mère et d'épouse outragée."
Et pourtant, en dépit du succès, son contrat avec l'Odéon qui expirait fin avril, n'est pas renouvelé , le théâtre se lançant dans des travaux pour monter une Antigone.
C'est donc vers la porte Saint-Martin que Marie Dorval se retourne à nouveau, où elle reprend une fois encore ses succès d'autrefois tout comme lors d'une courte tournée à Dôle, Châlons-sur-Marne, Mâcon.

Louise Bernard

Elle y reprend Louise Bernard,de Dumas père, Leuven et Brunswick

Janin, Jules (1804-1874). Histoire de la littérature dramatique  "Même dans les drames oubliés de M. Alexandre Dumas, et dont lui-même il ne se souvient plus sans doute, on retrouvera, plus tard, en les cherchant avec beaucoup de zèle et d'attention, des scènes puissantes. Je me rappelle une certaine Louise Bernard, la fille d'un menuisier, séduite par le roi Louis XV; un rôle fait pour madame Dorval, et madame Dorval s'y montrait bien touchante. Elle n'était pas jolie, elle n'était plus jeune, même en ses beaux jours, mais elle avait le charme, et le charme allait jusqu'à la séduction, lorsqu'elle se montrait en simple cornette : Cotillonsimple,et souliers plats, les cheveux sans poudre et le visage sans fard; et quelle grâce elle avait dans ce négligé, dans ce costume à peine attaché avec une épingle, toujours prêt à tomber, laissant entrevoir tantôt un bout d'épaule, et tantôt un autre bout, et l'épaule était fort blanche. On avait vu, rarement, une nudité aussi coquette, aussi décente que celle - là. C'était le grand art de madame Dorval ; elle savait tout, elle savait même au besoin être belle, et le grand talent de M.Alexandre Dumas, c'était do mettre en oeuvre cette beauté, cette intelligence en lumière. Avec madame Dorval, il était sûr de réussir; de son côté, madame Dorval n'hésitait pas, quand elle s'appuyait sur ce géant, par qui soudain tout obstacle était franchi, toute vallée était comblée. Otez madame Dorval des drames de M. Alexandre par qui soudain tout obstacle était franchi, toute vallée était comblée. Otez madame Dorval des drames de M. Alexandre Dumas , son drame, aussitôt, perd une grande part de sa force et de son autorité.

Lady Seymour

Lady Seymour  drame en 5 actes / de Charles Duveyrier ; avec Raucourt dans le rôle de Perkins, Marie Dorval dans celui de Lady Seymour et Charles Clarence dans celui d'Arthur Seymour
 Théâtre de la Porte Saint-Martin (Théodore Cogniard), La première, repoussée en raison de l'état de santé de Marie Dorval avait été reportée au 7 février  1845
George Sand s'étonne que son amie fût "si belle et si bonne, si gracieuse et si naturelle dans cette mauvaise pièce".
Les débats [Marie Dorval] est "pathétique, passionnée, touchante et vraie, même quand elle se sert pour entrer dans nos âmes des fausses clés du coeur humain".
Le journal des théâtres "[c'est] une des créations les plus heureuses et les plus brillantes de Mme Dorval". 
Lady Seymour Marie Dorval

C'est à cette période que la rivalité avec Mlle George s'efface, les deux comédiennes retrouvent Marie Tudor pour une représentation au béénfice du comédien Moëssard, et se rapprochent, toutes deux ne sont plus des rivales, mais des victimes d'une nouvelle génération de comédiennes qui les a relégué au second plan. Et c'est ainsi que Mlle George participe à une soirée donnée au théâtre Ventadour le 13 mai 1845, au bénéfice de Marie Dorval qui y reprend Chatterton. Vigny assiste à la représentationet lui écrira ensuite "Jamais vous ne fûtes plus belle dans aucun rôle et dans aucun temps".
A son tour, Marie Dorval participera en aôut à une représentation au bénéfice de Mlle George, pour laquelle elles reprirent Marie Tudor.

Marie-Jeanne (j'y reviendrai dans un article plus détaillé)

De nouveaux ennuis de santé viennent compliquer les répétitions, Marie Dorval recourt aux somnifères pour lutter contre angoisses et insomnies, ce qui lui vaut une grave alerte dont le Coureur des spectacles se fait l'écho le 7 août : "Le monde dramatique a failli perdre une de ses célébrités les plus populaires. Mme Dorval, indisposée depuis quelques jours, avait imaginé de recourir à une décoction de pavots pour retrouver un peu de sommeil. Malheureusement, la décoction étant beaucoup trop forte, [...M. dorval] fut crue un instant en danger de mort. Grâce à des soins assidus, cependant la célèbre artiste an a été quitte pour une crise de 48 heures et son état n'inspire plus aucune inquiétude".
Elle fut toutefois contrainte de reporter la date de la première, qui aura lieu le 11 novembre 1845; puis par suite d'une rechute d'interrompre les représentations de la pièce. 
Coupy "Revenant au drame des boulevards, elle remporta malgré ses forces épuisées , un dernier succès avec Marie-Jeanne, ou la femme du peuple, d’Adolphe d'Ennery, l'histoire terrible d'une femme qui doit abandonner son enfant, enfant dont on lui annonce la mort lorsqu'elle veut le reprendre des mois après, avant de comprendre qu'il a été échangé avec le fils, bien mort celui là , d'une autre femme. Un rôle dans lequel elle fit verser de nombreuses larmes et eut un formidable triomphe en 1845 et 1846 à la Porte-Saint-Martin puis en tournée."
Marie Dorval dans Marie-Jeanne
En février, alors qu'elle envisageait un séjour à Marseille, tant pour y jouer que pour les excellents souvenirs qu'elle gardait de ses deux précédentes tournées dans cette ville, un médecin diagnostique une pleurésie aiguë, avec épanchement.  Le directeur de la Porte-Saint-Martin, Coignard, confie alors le rôle de Marie-Jeanne à une autre actrice.
elle passera quelques temps en maison de repos, avant de, poussée toujours par les mêmes besoins financiers, de reprendre le chemin des répétitions :

Agnès de Méranie


Après de nombreuses conjectures dans la presse sur l'état de santé de Marie Dorval, et sur d'hypothétiques remplacements, Ponsard ayant accepté de reporter la date de création de sa pièce à la fin de l'année 1846, la comédienne pût non seulement assurer les répétitions, mais même assurer en juillet août ses représentations à Marseille avant la création d'Agnès de Méranie.
Son petit-fils George l'accompagna dans cette tournée, où elle joua Marie-Jeanne, Angelo, Les deux forçats, le proscrit, Phèdre...
Elle prolonge ensuite sa tournée dans les villes du sud, mais sa santé s'altère à nouveau, Réné Luguet la rejoint pour les dernières représentations, en octobre 1846 à Béziers avant de commencer à Paris les répétitions d'Agnès de Méranie.
La santé de son époux n'est guère plus florissante, il garde de plus en plus le lit, les familiers désertent peu à peu l’appartement de la rue de Varenne.
Marie Dorval place alors beaucoup d'espoirs en cette création , comme l'écrit Luguet "Jamais madame Dorval ne se sera élevée à une telle hauteur poétique, jamais elle n'aura joué un rôle mieux fait à sa taille, un rôle pathétique, dramatique [....] de reparaitre éclatante, après avoir succombé sous les fatigues de Marie-Jeanne. 
La reine Agnès est la seconde femme de Philippe-Auguste.


Agnès de Méranie Tragédie en 5 actes
de François Ponsard
Création le 22 décembre 1846 : Théâtre de l'Odéon (Paris)
Interprétation Bocage (Philippe-Auguste) Marie Dorval (Agnès de Méranie)

L'ouvrage ne rencontra qu'un assez tiède succès, comme s'en fait l'écho l'artiste "On s'est étonné du désappointement des admirateurs de Lucrèce à l'endroit d'Agnès. C'est qu'il y a une grande différence entre un chef d'oeuvre auquel on ne s'attendait pas et un chef d’œuvre auquel on s'attendait trop". La pièce restera cependant une trentaine de soirs à l'affiche de l'Odéon. 

"Pourtant après une courte hésitation, Marie Dorval a victorieusement surmonté les difficultés de ce rôle ingrat et épineux. A mesure qu'elle saisissait un lambeau d'action, elle ne le lâchait plus qu'elle n'en eût fait jaillir des étincelles. Dans ses scènes avec Philippe-Auguste, avec le légat, avec Guillaume, avec sa suivante, elle a parcouru habilement la gamme des sentiments les plus tendres et les plus exaltés; et quand elle est arrivée à sa scène d'imprécations, au quatrième acte,elle a a déployé une telle puissance d'énergie et de colère, que la salle entière a failli crouler au bruit des applaudissements. » (Courrier français du 28 décembre 1846.) 

Mais la santé de la comédienne continue de se dégrader : 
La Mode "Mme Dorval est toujours cette grande actrice qui sent et dit avec une admirable justesse, mais dans les moments de passion, ses moyens la trahissent, sa voix n'arrive plus que brisée, comme ces cristaux précieux dont on juge la valeur par leurs débris. On éprouve alors en l'écoutant [...] une admiration sincère pour d'énergiques efforts, pour de sublimes élans, pour un talent toujours le même, servi par des organes qui s'affaiblissent, on a mal à la poitrine de Mme Dorval, à force d'émotion et de sympathie".

La gestion de la salle se revèle déficitaire, Marie Dorval est obligée d'aller en justice pout toucher son dû, Vizentini qui prend la succession de Bocage à la tête de l'Odéon le 1er mars renouvèle le contrat de la comédienne jusqu'en mai et remet à l'affiche Marie-Jeanne et Clotilde, avant de lui offrir une nouvelle création : le rôle d'Augusta dans Le syrien.

Marie Dorval dans le rôle d'Agnès par Hippolyte Lazerges
 En reprenant cette pièce en tournée, à Saint-Omer,  Alexandre Dumas raconte un incident qui aurait pu être dramatique
On jouait Agnès de Méranie.
Pour figurer une salle gothique on avait suspendu des trophées au plafond. Ces trophées étaient nature.
Au moment où Dorval entrait en scène, une lance se détacha d’un trophée et lui tomba verticalement sur le front.
Le fer de la lance déchira les chairs et lui fit une blessure grave, qui commençant au haut de la tête se prolongeait entre les deux yeux. Le sang jaillit aussitôt. Dorval porta les deux mains à son visage.
Entre ses doigts et sous ses mains, le public vit couler le sang.
Le spectacle fut interrompu, Luguet l’entraîna hors de la scène, et pendant que le médecin appelé rapprochait les chairs, pour que la représentation pût continuer :
— Mon ami, dit-elle, il faut dire adieu au théâtre; les directeurs me le disent par leur abandon, et voici un présage plus sérieux encore.

Augusta

Le Syrien (drame, 5 actes en vers), par Latour de Saint-Ybars, jouée le 13 avril 1847
C'est le dernier rôle crée par Marie Dorval, à l'Odéon.
Une pièce qui ne suscita guère d'enthousiasme et la fatigue visible de la comédienne est ce que l'on en retient essentiellemen.
Béranger " Mme Dorval était au bout de ses forces. On doutait qu'elle pût reparaître au théâtre".
Elle livre pourtant ses dernières forces dans la bataille :

La revue littéraire : " Augusta déplore les excès de son mauvais fils ; elle bénit l’amour de Marcellus ; elle maudit le crime épouvantable de Sévère, devenu le délateur de son frère : en tout, trois scènes que Mme Dorval joue avec son énergie de lionne blessée."
Coupy  " Mme Dorval a été sublime dans le rôle d'Augusta, noble matrone romaine, dont les derniers jours se passent entre un fils, véritable monstre de lâcheté, de débauche, d'impiété, et un autre fils, modèle de toutes les vertus, et d'un grand et héroïque caractère. II est impossible, mon ami, de vous peindre l'impression qu'a produite Mme Dorval dans la scène elle maudit son mauvais fils, digne complaisant de Néron et délateur de son frère? La salle tout entière s'est levée [...] Un moment j'ai cru que les voûtes de I'Odéon allaient s'écrouler sous les applaudissements, les cris d'enthousiasme qui se sont fait entendre. Mlle Rachel était une des plus ardentes à saluer le triomphe de Mme Dorval»

La fin de la vie de Marie Dorval

Alors que son contrat à L'Odéon n'est pas renouvelé après le Syrien, ne lui reste plus une nouvelle fois qu'à reprendre la route, pour trouver les resssources financières nécesaires à sa famille.Un troisième petit-enfant, Jacques a aggrandi la famille de la rue de Varenne, et le nombre de bouches à nourir par la même occasion.
Elle reprend Marie-Jeanne, sur des petites scènes, en Belgique, où l'accueil n'est guère meilleur qu'à Paris : Le commerce Belge "Le rôle de Marie-Jeanne est un de ceux où la grande actrice peut le mieux dissimuler les ravages des années". Elle joue ensuite à Lille, avant de revenir à Paris où elle doit faire face à une nouvelle déconvenue : c'est à Rachel, que la comédie-française confie ses anciens rôles.
Elle repart alors sur les routes, du midi cette fois, avec la troupe de Théodore Chauloux.
Cette tournée se déroule sans encombre et lui apporte des accueils chaleureux,  elle y est une nouvelle fois accompagnée par son petit-fils, Georges, âgé alors de 4 ans, qui tombe malade à Perpignan, comme on peut le lire dans le Roussillonnais du 4 janvier 1848 : "Mme Dorval jouait dans Charles VII. Elle a eu un succès prodigieux.[...]elle est retenue dans notre ville par suite d'une indisposition dont son petit-fils vient d'être atteint'.

A son retour à Paris, Balzac lui propose le rôle de La Marâtre, une première lecture a lieu, mais l'auteur n'a écrit que le début de la pièce et la fin se fait attendre...
En attendant, elle reprend avec succès Marie-Jeanne au Théâtre historique en avril 1848 :
Le corsaire "Ce sera jusqu'au bout un spectacle magnifique toujours et souvent sublime que de voir Mme Dorval se débattre dans un drame".
Et, par ricochet, le peu de succès de Rachel dans la reprise de Lucrèce à la Comédie-Française, redore aussi le crédit de Marie Dorval à Paris.

Mais un nouveau drame allait marquer la fin de sa carrière et de sa vie : la disparition tragique de son petit-fils Georges, à l'âge de 5 ans, fils de Caroline et René, disparition dont elle ne se remettra pas. Il l'avait accompagné en tournée, il était le centre de sa vie." c'est tout mon bonheur" disait-elle à George Sand.  Et peut-être aussi une certaine culpabilité la gagne-t-elle a l'avoir entraîné sur les routes avec elle. Elle passe ses journées au cimétière Montparnasse, le monde du théâtre ne comprend pas que son chagrin lui fasse renoncer à la Marâtre,  les portes se ferment définitivement à Paris.

Après cette disparition tragique, son gendre René Luguet, continue à lui trouver des engagements en Province, pour tenter à la fois de la sortir de la dépression dans laquelle cette mort l'a fait sombrer, mais aussi parce que les finances familiales sont au plus mal.
Elle écrit à Bénédit : "On me dit que je dois jouer la comédie. Quelle horreur pour moi, croyez-le bien! Mais il faut vivre pour nos autres petits-enfants. Sans eux, mon bonheur serait d'entrer dans une maison de religion pour n'en plus sortir". 
Au théâtre histrorique d'Alexandre Dumas,  elle joue  pour quelques représentations en septembre 1848 : Charles VII chez ses grands vassaux, tragédie en 5 actes, par Alexandre Dumas, dans le rôle de Bérengère qu'elle laissa rapidement à Mlle Rey. .

 Elle fait ensuite une demande pour entrer comme pensionnaire au Théâtre français, demande qui lui est refusée (voir le texte de Dumas).
Elle joue à Orléans, du 9 au 16 janvier 1849, puis à Tours. Réne Luguet l'accompagnait, alors qu'il était sous contrat avec la troupe parisienne du Palais Royal. Sa défection risquant de lui valoir sa place, Marie Dorval interrompt ses spectacles à Tours pour rentrer avec lui à Paris le 30janvier.
Elle écrit alors à Saveste  qu'elle est "obligée de retourner à Tours, où je suis attendue pour jouer dimanche et lundi". c'est dans cette intervalle qu'elle apprend que sa demande est refusée par le Théâtre Français.
Réné Luguet ayant été effectivement renvoyé, il repart à Tours avec sa belle-mère, jusqu'au 12 février,  avant de l'entraîner de ville en ville, Valenciennes, Cambrai, Dunkerque, Saint-Omer...

Marie Dorval continue à ne vivre que dans les souvenirs de son petit-fils et à errer de cimetière en église, ainsi, le 18 janvier 1849, elle se rend au cimetière de la ville de Tours en l’occurrence, par où passait cette dernière tournée,  pour prier pour lui (Orléans, 16 janvier 1849, entendu la messe à la cathédrale note -t-elle également... ) . Elle crée à la crèche Saint-Ambroise un berceau au nom de Georges Luguet. Adèle Hugo évoque à cette occasion la générosité et la piété de Marie Dorval.
Après une quinzaine de jours à Paris, Luguet lui trouve un engagement à Caen. Lorsqu'elle y arrive, après 18 heures de diligence et alors qu'elle doit jouer le soir-même, victime d'un malaise elle doit s'aliter. Elle tombe grièvement malade à Caen où elle ne peut monter sur scène et s'éteint à son retour à Paris à l’âge de cinquante et un ans le 20 mai 1849.
Sa dernière lecture fut La petite fadette de son amie George Sand qui continuera à s'occuper des autres petits enfants de Marie Dorval après sa mort. 
Alexandre Dumas aide ses proches à réunir les fonds pour la faire enterrer aux côtés de son petit-fils au cimetière du Montparnasse et aide Luguet à retrouver des engagements au théâtre.Victor Hugo de son côté,  organise une soirée, à laquelle Rachel participe,  au bénéfice de ses petits-enfants .
une tombe discrète au cimetière montparnasse



Sa fille Louise mourra en 1851 de la tuberculose. 

Alexandre Dumas écrivit quelques années plus tard  "La dernière année de Marie Dorval" sous forme d'une lettre adressée à George Sand,  et même si de nombreux faits sont romancés, elle fait partie de la légende autour de Marie Dorval
Extraits
[...]  Dorval avait trois filles. L’une de ces trois filles, Caroline, épousa René Luguet, et eut un fils ; il reçut au baptême votre nom, ma sœur ; il le reçut en mémoire de vous, — on l’appela Georges.
Cet enfant était une merveille de beauté et d’intelligence, une de ces fleurs pleines de couleur et de parfum qui s’ouvrent au dernier souffle de la nuit et qui doivent être fauchées à l’aurore.
Vous avez dit les douleurs de Dorval vieillissant, vous avez montré la femme à la robe noire ; elle eut une robe couleur du ciel, la pauvre grand-mère, le jour où lui naquit cet enfant.
C’était, en effet, pour elle qu’il était né, et non pour son père et sa mère ; elle le prit dans ses bras le jour de sa naissance, et le garda en quelque sorte dans ses bras jusqu’au jour de sa mort.
 [...]
Une heure après, la fièvre cérébrale se déclarait de la manière la plus terrible, et après onze jours d’agonie, le 16 mai 1848, l’enfant rendait le dernier soupir[...] C'était le commencement de l' agonie de Marie [...]
On la trouvait sans cesse agenouillée sur ce canapé, près de ce berceau, parlant à Georges comme s’il était là, ou bien encore lui demandant où il était ; [...]Un jour, Dorval, sortie le matin, resta dehors toute la journée. [...]À partir de ce moment, cette sortie se renouvela tous les jours, et comme tous les jours elle sortait et rentrait à la même heure, on s’était, dans la maison épuisée de forces, arrangé de cette absence, qui rendait à tout la monde un peu de calme.[...] Luguet résolut de savoir où elle allait; il n’y avait pour cela qu’à la suivre. Elle avait acheté un pliant. Elle l’avait fixé à la grille qui entourait la tombe du petit Georges par une grosse chaîne et un cadenas, et chaque matin, en hiver, pendant les mois les plus âpres de l’année, elle allait s’installer sur ce pliant avec sa Bible et un ouvrage de tapisserie.
[...]On ne pouvait la laisser mourir de douleur et de froid.
Luguet imagina un voyage, et partit avec elle pour aller donner des représentations à Orléans.
À peine étaient-ils descendus de voiture que Luguet s’aperçut de l’absence de Marie.
Il n’était pas difficile de deviner où elle était. Luguet se fit indiquer le cimetière, et y courut. Dorval avait cherché une tombe d’enfant, et s’y était agenouillée Pendant tout le temps que dura le voyage, elle allait ainsi, soit à Orléans, soit dans toute autre ville, chaque matin, au cimetière, avec une brassée de fleurs qu’elle achetait partout où elle en pouvait trouver. Puis, arrivée au milieu des tombes, elle fermait les yeux, et jetait les fleurs au hasard autour d’elle, en disant à demi-voix et avec le double accent de la prière et de la plainte :
— Pour les petits enfants ! pour les petits enfants !
Marie Dorval

[...] On offrit à Dorval quelques représentations de Marie-Jeanne.Elle accepta. Il fallait bien vivre jusqu’au moment où l’on mourrait.
Elle joua Marie-Jeanne.
Je n’avais pas vu la pièce, je la vis alors.
Je n’oublierai jamais l’impression que me fit cette représentation.
Je ne juge point ici le drame, je ne sais pas ce qu’il est. A-t-il été rejoué ? Je l’ignore, La pièce, c’était Dorval, c’est-à-dire, comme elle me l’avait raconté elle-même, une mère qui a perdu son enfant.
L’accent avec lequel, arrivée devant le tour où son enfant va disparaître, le tenant sur ses genoux comme la Madeleine de Canova tenait la croix, elle disait : — Adieu, mon petit ange, adieu, mon ange adoré, adieu, mon enfant chéri, non pas adieu, au revoir ; va, car nous nous reverrons... oh ! oui, oui, nous nous reverrons !
Oh ! la salle tout entière éclatait en sanglots et en gémissements.
Je me précipitai dans la coulisse après l’acte, je la trouvai exténuée, mourante.
— Entends-tu, lui dis-je, entends-tu comme on t’applaudit ?
— Oui, j’entends, me dit-elle avec insouciance.
— Mais jamais je n’ai entendu le public applaudir une autre femme comme il t’applaudit.
— Je crois bien, me dit-elle avec un indicible mouvement d’épaules, les autres femmes lui donnent leur talent, moi, je lui donne ma vie.
C’était vrai, elle lui donnait sa vie.

Les représentations de Marie-Jeanne eurent leur terme. Dorval disait qu’elle avait toujours espéré, tant que ces représentations avaient duré, mourir un jour sur le théâtre au moment où elle se sépare de son enfant.
Et ce vœu eût certainement été accompli si la pièce eût eu quelques représentations de plus.
Dorval se trouva sans engagement.
C’est à cette époque qu’il faut rattacher le terrible épisode du Théâtre-Français.
Quelques détails qui ne peuvent être consignés dans la lettre de Luguet trouvent leur place ici.
Dorval fit une demande au comité du Théâtre-Français. Elle demandait à être reçue comme pensionnaire à cinq cents francs par mois. Elle jouerait tout, duègnes, utilités, accessoires, et de vive voix elle s’engageait à ne pas grever longtemps le budget de la rue Richelieu.
Elle se sentait mourir.
Le comité se rassembla pour statuer sur la demande, et refusa à l’unanimité !
À l’unanimité, entendez-vous bien ; pas une voix ne répondit à cette grande voix d’artiste se lamentant dans le désert de la douleur.
Pas une main ne s’étendit pour relever cette mère aux genoux brisés.
Pas une !
[...].
Tombe de Marie Dorval, cimetière du Montparnasse



  Dans un journal de l'époque Vert-vert 1839

Janin, littérature dramatique
Je reviendrai ensuite avec quelques grands rôles de Marie Dorval (Kitty Bell...)
mise à jour:

Marie Dorval dans Kitty Bell de Chatterton , drame romantique d'Alfred de Vigny, de la comédie française aux tournées en province
Quitte pour la peur de Vigny avec Marie Dorval-1833
 


Pour en savoir plus

lundi 26 novembre 2012

Les heures souterraines de Delphine de Vigan

Les heures souterraines

Présentation de l'éditeur
Chaque jour, Mathilde prend la ligne 9, puis la ligne 1, puis le RER D jusqu'au Vert-de-Maisons. Chaque jour, elle effectue les mêmes gestes, emprunte les mêmes couloirs de correspondance, monte dans les mêmes trains. Chaque jour, elle pointe, à la même heure, dans une entreprise où on ne l'attend plus. Car depuis quelques mois, sans que rien n'ait été dit, sans raison objective, Mathilde n'a plus rien à faire. Alors, elle laisse couler les heures. Ces heures dont elle ne parle pas, qu'elle cache à ses amis, à sa famille, ces heures dont elle a honte.
Thibault travaille pour les Urgences Médicales de Paris. Chaque jour, il monte dans sa voiture, se rend aux adresses que le standard lui indique. Dans cette ville qui ne lui épargne rien, il est coincé dans un embouteillage, attend derrière un camion, cherche une place. Ici ou là, chaque jour, des gens l'attendent qui parfois ne verront que lui. Thibault connaît mieux que quiconque les petites maladies et les grands désastres, la vitesse de la ville et l'immense solitude qu'elle abrite.
Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Autour d'eux, la ville se presse, se tend, jamais ne s'arrête. Autour d'eux s'agite un monde privé de douceur.
Les heures souterraines est un roman sur la violence silencieuse. Au coeur d'une ville sans cesse en mouvement, multipliée, où l'on risque de se perdre sans aucun bruit.

Le début  Les heures souterraines

La voix traverse le sommeil, oscille à la surface. La femme caresse les cartes retournées sur la table, elle répète plusieurs fois, sur ce ton de certitude : le 20 mai, votre vie va changer.
Mathilde ne sait pas si elle est encore dans le rêve ou déjà dans la journée qui commence, elle jette un œil à la pendule du radio-réveil, il est quatre heures du matin.
Elle a rêvé. Elle a rêvé de cette femme qu’elle a vue il y a quelques semaines, une voyante, ou, voilà, sans châle ni boule de cristal, mais une voyante quand même. Elle a traversé tout Paris en métro, s’est assise derrière les rideaux épais, au rez-de-chaussée d’un immeuble du seizième arrondissement, elle lui a donné cent cinquante euros pour qu’elle lise dans sa main, et dans les nombres qui l’entourent, elle y est allée parce qu’il n’y avait rien d’autre, pas un filet de lumière vers lequel tendre, pas un verbe à conjuguer, pas de perspective d’un après. Elle y est allée parce qu’il faut bien s’accrocher à quelque chose.

Mon avis: comment dire cela sans que cela semble négatif? Un roman à la base qui correspond à tout ce que je n'aime pas : j'aime lire pour m'évader du quotidien, j'aime les histoires qui finissent bien... Autant le dire tout de suite, ici, on est en plein dans la vraie vie. Sa violence, harcèlement moral d'un côté, solitude, misère, des destins tragiques et la violence des rituels quotidiens... et pourtant, une fois commencé impossible de reposer le livre avant la dernière ligne tard dans la nuit... La sobriété de l'écriture, la justesse des vies décrites... C'est le troisième livre de Delphine de Vigan lu et j'aime vraiment beaucoup!


 
 

samedi 24 novembre 2012

violon automne art

Une petite sélection d'images aux couleurs de l'automne...
Un air de violon en fond sonore, les feuilles dorées qui craquent sous les pas, couleurs, atmosphère... pour le plaisir... L'envie de profiter d'un rayon de soleil pour de belles promenades, et de vous faire partager leur version virtuelle.
Photos montages, pastels, de quoi laisser l'esprit s'évader quelques instants...
Bon week-end à tous!
violon art
Le violon et l'automne

violons d'automne
Violon pastel
Yulia Brodskaya

radio classique

Trouvées en illustration de la chanson d'automne de Verlaine

violon et feuilles
et la petite douceur du soir à croquer...
à déguster bien au chaud dans un canapé, avec un chat ronronnant sur les genoux...
Marie Dunkley

vendredi 23 novembre 2012

Lectrice Delphin Enjolras

Dans la série les représentations de la lecture de l'art, une série de lectrice de Delfin Enjolras: de belles ambiances...


Delphin Enjolras était un peintre français (1857 COUCOURON –1945 TOULOUSE) surtout connu pour ses scènes d'intérieur et ses nus. On trouve plusieurs de ses oeuvres au Musée du Puy et au Musée d'Avignon.


mercredi 21 novembre 2012

Marie Dorval 3

Avant de consacrer un article spécifique à Kitty Bell, et à d'autres grands rôles de la comédienne,  retour à la biographie de Marie Dorval:
Pour mémoire, les deux premiers articles sont ici:
- Marie Dorval 1 les débuts

- Marie Dorval 2 vers 1830, premiers succès et entourage:  Vigny Sand

Marie Dorval 1832-1835

En 1831, changement de direction au théâtre de la porte-Saint-Martin, où arrive Harel qui dirigeait alors également l'Odéon . Harel était très lié à Mlle Georges à qui il reserva pendant ces saisons les meilleurs rôles, n'en laissant guère à Marie Dorval. Il la fit jouer d'abord à l'Odéon durant l'hiver 1331-1832, elle reprend ses succès : Les victimes cloîtrées, Antony, Marion Delorme, puis une création : Jeanne Vaubernier, de Rougemont et Lafitte. Marie Dorval, habituée au drame et aux rôles de victimes y apparait comme une aventurière coquette et coquine, ce qui surprend certains de ses admirateurs mais montre l'étendue de ses talents.
La revue des deux Mondes " [elle] est de l'originalité la plus imprévue : sa gaieté sérieuse fait rire sans qu'elle sourcille, par la brusquerie des réparties, le ton, le geste hardi, la franche bonhomie, le laisser-aller de la démarche et toute l'insouciance d'une joyeuse grisette prête à tout ce qu'on veut, pourvu qu'on l'amuse[...] allez l'entendre, et vous verrez comme l'habileté consommée d'une actrice fait quelque chose de rien [...] la meilleure actrice dans la meilleure comédie n'a jamais fait mieux".

Dix ans de la vie d'une femme

Elle crée ensuite en 1832, à la Porte-Saint-Martin,  Dix ans de la vie d'une femme ou les mauvais conseils de Scribe et Terrier, l'histoire de la déchéance d'une jeune bourgeoise qui d'amant en amant, tombe dans le vice et le crime.
Fontaney "Pièce infâme d'indécence. Mme Dorval y joue à merveille".

C'est pendant cette série de représentation qu'elle fut touchée par l'épidémie de choléra qui sévissait alors , elle demeura plusieurs jours dans un état critique, tandis que Mlle Georges occupait le devant de la scène.
Marie Dorval était encore sous contrat avec le théâtre de la Porte-Saint-Martin jusqu'à l'été 1833 et alors qu'Harel ne lui propose pas de nouveaux rôles, elle ne pouvait que patienter... tout en commençant à poser des jalons ailleurs...
La famille va d'ailleurs déménager, en quittant la proximité de la porte Saint-Martin pour la rue saint-Lazare, quartier où habitaient Dubas, Mlle Mars... 


le Mariage de Figaro

Alexandre Dumas aide alors Marie Dorval à ne pas tomber dans l'oubli, elle joue dans des représentations à bénéfices, données en faveur de comédiens, à l'Ambigu, au Vaudeville, à l'Odéon...
 Dans l'une d'entre elle, qui a lieu au Théâtre français, en décembre 1832, elle donne la réplique à Mlle Mars dans le Mariage de Figaro. Mlle Mars se réserve le rôle de Suzanne, tandis que celui de la comtesse revient à Marie Dorval.
Vert-vert " [...]Mme Dorval, si dramatique, si vraie, si passionnée. L'accueil fait par les spectateurs à cette précieuse actrice nous est garant qu'elle est venue là pour prendre possession de ses planches et reconnaître sa place."
Le petit poucet " [elle] n'a pas craint d'affronter la dangereuse rivalité de Mlle Mars", le succès est venu "couronner sa hardiesse".
Les deux comédiennes reprennent le Mariage de Figaro pour une autre représentation à bénéfices, toujours à la comédie française en février 1833.
Le courrier des théâtres : "mme Dorval, dont le jeu décent et passionné s'est noblement vengé de la retraite où on la tient à la Porte-Saint-Martin".
Cette attitude d'Harel ne lui donnant aucun rôle à jouer contribua finalement à renforcer la sympathie de l'opinion envers Marie Dorval
Le voleur, après la création de Lucrèce Borgia par Mlle Georges à la Porte-Saint-Martin "Mlle George ne sait pas saisir toutes les nuances d'un rôle, sa diction est haletante et forcée, elle déclame toujours et fatigue. Nous aurions voulu voir Lucrèce jouée par Mme Dorval, dont la réputation est synonyme de drame. Selon nous, elle eût été plus vraie et plus heureusement énergique que Mlle George".

Côté famille : Gabrielle et Louise

C'est aussi à cette période que débute la liaison entre sa fille Gabrielle et le jeune poète Fontaney, liaison que Marie Dorval n'approuve pas,George Sand , que Marie Dorval rencontre à cette période, raconte dans Histoire de ma vie cet épisode:
"[Marie Dorval]  se consolait dans l'espoir du bonheur de ses filles : mais l'une d'elles brisa son cœur.  Gabrielle avait seize ans ; elle était d'une idéale beauté. Je ne la vis pas trois fois sans m'apercevoir qu'elle était jalouse de sa mère et qu'elle ne songeait qu'à secouer son autorité. Madame Dorval ne voulait pas entendre parler de théâtre pour ses filles. « Je sais trop ce que c'est ! » disait-elle ; et dans ce cri il y avait toutes les terreurs et toutes les tendresses de la mère. [...] Gabrielle s'éprit d'un homme de lettres de quelque talent, F***, mais ce talent était d'une mince portée et d'un emploi à peu près nul, commercialement parlant. F*** ne possédait rien, et, de plus, il était phthisique. Madame Dorval voulut l'éloigner. Gabrielle, irritée, l'accusa de vouloir le lui enlever. [...] Madame Dorval jugea nécessaire de mettre Gabrielle au couvent. Un beau matin, Gabrielle disparut, enlevée par F***. [...]I1 emmena Gabrielle en Espagne, comme s'il eût craint que sa mère ne mît des gendarmes après elle, et ils essayèrent de se marier sans son consentement ; mais ils n'y réussirent pas et furent forcés de le demander dans des termes blessants. Le mariage consenti et conclu, ils demandèrent de l'argent. Madame Dorval donna tout ce qu'elle put donner. On trouva naturellement qu'elle n'en avait guère et on lui en fit un crime. Les jeunes époux, au lieu de chercher à travailler à Paris, partirent pour l'Angleterre, mangeant ainsi d'un coup, en voyages et en déplacements , le peu qu'ils possédaient. Avaient-ils l'espoir de se créer des occupations à Londres ? Cet espoir ne se réalisa pas. Gabrielle n'était pas artiste, [...] la beauté ne suffit pas sans le courage et l'intelligence. F***  tomba dans le découragement, et la phthisie fit d'effrayants progrès. Ce mal est contagieux entre mari et femme. Gabrielle en fut envahie et y succomba en quelques semaines, en proie à la misère et au désespoir. Le malheureux F*** y succomba peu après.

De son côté, Louise persiste à vouloir embrasser une carrière de comédienne, mais ne manifeste guère de talent. Elle trouve un engagement dans une troupe du Nord, puis au théâtre français de Londres en 1835. 

Béatrix Cenci

C'est avec Béatrix Cenci, de Custine que Marie Dorval retrouve la scène de la porte Saint-Martin en mai 1833
 La Revue des deux mondes "L'avenir de cette célèbre actrice semble d'une étendue difficile à mesurer, lorsqu'on calcule qu'elle a conquis de si bonne heure la première place dans le drame moderne [..] cet esprit vivant et jeune que rien ne décourage, ni l'insignifiance de tant de rôles qu'elle métamorphose et ressuscite par sa pantomime et son accent, ni l'inexplicable indifférence du théâtre qui la possède et la cache au public dont elle est aimée."
A l'occasion de cette pièce, au détour d'une lettre, une précision sur la façon dont Marie Dorval aborde ses rôles , pour l'occasion, elle lit un livre sur l'histoire de la Renaissance italienne.
Elle retrouve pour cette création son partenaire des débuts, Frédérick Lemaître (dans le rôle du père incestueux et infanticide)  et elle remporte un succès incontestable dans le rôle de Béatrix, la jeune victime qui tuera finalement son père.Mise à la torture, elle termine sur l'échafaud.
"Dorval fut belle, très belle, et réalisa au-delà de tout ce que l'on pouvait espérer l'idéal rêvé par l'auteur" dit son partenaire.
L'Artiste "Mme Dorval a été sublime. Il est impossible d'exprimer avec quelle passion, quelle puissance elle a joué ce rôle, où tout, exactement tout, était création pour elle. Nous ne savons personne qui puisse arriver à un pareil degré de perfection. [..elle est]la première actrice dramatique de Paris"
Custine "Par la manière dont MmeDorval a conçu le rôle long et fatigant dont elle s"est chargée, par la noblesse morale qu'elle a su mêler à la vive expression du désespoir et de la souffrance, elle a prouvé que l'actrice la plus originale que nous ayons peut aussi devenir la plus parfaite". 
En dépit (ou à cause ) de se succès, Harel retira la pièce de l'affiche au bout de trois représentations seulement... 
Dans la loge de Marie Dorval, par Gavarni, Custine pourrait être l'homme à ses côtés

Phèdre et Quitte pour la peur

Quelques jours plus tard, elle joue une représentation à son bénéfice à l'Opéra, elle y interprète la Phèdre de Pradon, et surtout Quitte pour la peur,écrit par Vigny (j'y reviendrai).
Cette soirée ne remporte pas un grand succès , le programme surprend le public qui n'attendait pas la comédienne dans ce genre de rôle, mais en juin 1833 prend fin son contrat avec le théâtre de la Porte-Saint-Martin et envisage alors d'aller jouer quelques représentations en province. C'est à l'occasion de cette tournée que nous sont parvenues de précieuses lettres échangées avec Vigny.
Elle joue dans le nord, à Bordeaux, mais aussi à Rouen, au Havre... où elle reçoit une proposition d'engagement de la comédie française

Marie Dorval à la Comédie Française ( le théâtre français) 

Jouslin de la Salle en était devenu directeur-gérant, et bien que sous le charme de Mlle Mars qui était la vedette du théâtre français, il appréciait Marie Dorval qui avait autrefois joué des pièces écrites par lui à la Porte-saint-Martin. Elle est donc engagé pour un an, pour jouer au théâtre français comme à l'Odéon.
Elle n'est pas accueillie à bras ouvert dans la maison. On lui fait sentir qu'elle n'a pas la même formation, n'étant pas issue du Conservatoire comme la plupart d'entre-eux, et que son étiquette "boulevard" ne correspond pas au style de l'endroit.  Les rivalités et intrigues de coulisses vont bon train. Marie Dorval a toujours refusé le principe des "riches protecteurs" entretenant les comédiennes, et elle n'a guère de soutien à l'intérieur de la Comédie française.

L'Artiste : "Il ne suffit point d'avoir accueilli Mme Dorval, si l'on ne doit point un jour placer à côté de cette admirable actrice des compagnons d'art qui soient de son temps, élevés comme elle, ayant puisé aux mêmes sources qu'elle. Seule, Mme Dorval est elle-même hors-ligne au Théâtre Français. Nul de ses camarades ne la comprend, il semble qu'elle parle une langue étrangère".

Comme son engagement le stipulait, elle devait débuter dans Antony,  la pièce est finalement interdite d'entrée au théâtre français et c'est dans Une liaison de Mazère et d'Empis qu'on lui fait faire ses débuts rue de Richelieu. Aucun succès pour cette pièce :
La gazette des théâtres "On ne dira pas qu'à son arrivée à la comédie-française Mme dorval a été gâtée".
Le temps "Mme dorval a montré son talent ordinaire. Mais on voit qu'elle a été frappée elle-même du peu de ressources que lui offrait son rôle".

Elle y reprend ensuite La mère et la fille, Henri III, La fausse Agnès et Misanthropie, rien qui ne suscite grand enthousiasme.
Le Foyer "Qu'est devenue Mme Dorval depuis qu'elle est pensionnaire ou sociétaire au Théâtre Français? Mme Dorval ne brillait-elle pas d'un plus vif éclat lorsqu'elle attirait tout Paris au boulevard?"

c'est alors que Vigny lui écrivit le fameux Chatterton sur lequel je reviendrai dans un autre article. Son contrat au français est alors renouvelé pour un an et commencera par les représentations de Lord Byron à Venise d'Ancelot où elle jouait le rôle de Margarita Cogni, une pièce dont le texte ne fut guère salué par la critique.
Le Corsaire "L'auteur de la pièce est Mr Ancelot, l'auteur du succès est Mme Dorval".
Le Figaro "Mme Dorval a découvert de très beaux élans de passion dans un rôle pour lequel l'auteur n'avait rien trouvé".
Charivari parle des "admirables inspirations" qu'elle a eues dans un "rôle insignifiant".

Deuxième partie des principaux rôles créés:

Angelo , Marie Dorval et Mlle Mars, 1835


Juste après cette fameuse création de Chatterton, pour laquelle on la couvrit de louanges ("une actrice de génie" pour Le foyer, "L'avenir du Théâtre français est dans Mme Dorval, car sans elle aujourd'hui aucun succès n'est plus possible" affirmait Art et Progrès), elle enchaîne avec celle d'Angelo, de Victor Hugo, qui va être, dans la presse, le moment fort de sa rivalité avec Mlle Hippolyte Mars; qui avait alors 56 ans,  contre 37 pour Marie Dorval. Et pourtant, s'il y a bien deux actrices à l'opposé, ce sont bien elles :

Mlle Mars et Mme Dorval parJules Janin
Mme Dorval, la femme du peuple, violente, emportée, passionnée, sans frein, sans loi, sans règle ; comédienne par hasard et par instinct, comme Mlle Mars est comédienne par la nature et par l'étude ; comédienne avec son coeur, comme Mlle Mars est comédienne avec son esprit ; Mme Dorval, le soutien délirant et déguenillé du drame moderne, comme Mlle Mars est la chaste et correcte interprète de la vieille comédie !
Et puis, pourquoi les comparer l'une à l'autre, ces deux femmes, je vous prie ? Qu'y a-t-il de commun entre Mlle Mars et Mme Dorval ? Ni le même visage, ni la même voix, ni le même maintien, ni le même sourire, ni le même regard, ni la même intelligence ! Rien de commun entre ces deux femmes !
Quand l'une élève la voix pour réciter les beaux vers de Molière et la très spirituelle prose de Marivaux, vous croiriez entendre le son argentin d'une duchesse de Louis XIV ou de Louis XV ; votre oreille attentive et charmée confond dans son admiration le poète et l'actrice ; vous vous sentez à l'aise avec cette femme qui parle si bien ; vous comprenez que vous êtes dans un salon de la meilleure compagnie ; vous êtes le maître d'un noble plaisir.
Quand l'autre parle et que vous entendez cette voix, qui est d'abord un soupir voilé, puis un sanglot terrible, réciter une prose souvent barbare et sanglante, vous frémissez malgré vous.
Vous vous demandez en tremblant dans quelle horrible maison vous êtes entré sans le savoir. Qui parle là-bas ? Quelle est cette voix rauque, perdue, voilée, usée, fatiguée, pénible, et si puissante pourtant ? C'est la passion de la rue, c'est l'amour de l'alcôve bourgeoise, c'est l'adultère en prose, c'est le désespoir de toutes les femmes, c'est Mme Dorval.
Marie Dorval

Cette opposition, c'est la querelle des anciens et des modernes revisités, la tragédie contre le drame, la technique contre le sentiment, et chacune va avoir ses fervents supporters, un Vaudeville reprit même cette bataille entre les marsistes et les dorvalistes, preuve de ce que suscitait ces deux actrices.

Le livre Mlle Mars et Marie Dorval revient à la genèse de cette rivalité, qui date en fait du grand-père de Marie Dorval et de Monvel, le père de Mlle Mars :

Au moment de la distribution des deux rôles féminins de la pièce, rebondissement... Mlle Mars revendique le rôle de Tisbé, la courtisane aimée du tyran, sensuelle et tendre qui aurait dû revenir Marie, lui abandonnant le rôle qui aurait dû être le sien ; Catarina,  l'épouse patricienne.
Marie Dorval Catarina
La confrontation des deux comédiennes les plus brillantes de leur temps attira les foules d'avril à juillet 1835.
ce que dit Hugo :
costume de Marie Dorval (Catarina)


Par la suite, Marie Dorval reprit avec succès le rôle de Tisbé. 
 Le monde dramatique:
 


















La revue du théâtre : 
Après Angelo, le contrat de Marie Doral fut prolongé pour une troisième année à la Comédie Française, elle y joua Une famille au temps de Luther, y repris Chatterton et Les enfants d'Edouard. Mais visiblement, Marie Dorval ne trouve pas sa place au français, on ne lui propose pas de rôles, ses soucis financiers ne se règlent pas, et elle décide d'aller de plus en plus chercher représentations et donc rentrées d'argent en province. 

Les tournées en province

Marie Dorval entreprend en 1836 et 1837 une longue tournée en province, pour tenter de faire face à ses difficultés financières, renforcées par des soucis avec ses filles aînées. Pendant cette tournée (comme pendant celle de 1833 et de nombreuses autres circonstances pour un total de plus d'une centaine de lettres retrouvées) , elle entretient une correspondance passionnée avec Vigny, qui l'avait accompagnée en juin 1836 jusqu'à Villeneuve-Saint-Georges, où ils passeront une nuit que Marie Dorval rappellera souvent dans sa correspondance ainsi que la dernière étoile à l'aube qu'elle appellera la Marie-Alfred "jamais je ne t'avais vu plus aimant et plus tendre. Cette impression d'amour que tu m'as laissée me fait du bien, m'encourage et me console. Soit toujours mon amant comme tu l'étais hier et je ne comprendrai pas de bonheur plus grand dans la vie. Tâche de retrouver la petite étoile de la rivière, tu l'appelleras Marie-Alfred. Je t'ai juré devant elle de t'aimer toujours et de t'être fidèle, je crois bien que tu m'as fait le même serment".

Au delà des aléas de la passion, où l'éloignement renforce la jalousie, des difficultés aussi avec son mari, ses filles, évoquées aussi dans cette correspondance, ces lettres sont un témoignage précieux des spécificités des tournées de l'époque.

Marie Dorval effectue cette tournée seule, elle part uniquement avec son cocher et sa femme de chambre, et dans chaque théâtre où elle joue ses grands rôles (Chatterton, qui recevra à Toulouse un triomphe mémorable, Antony...) recrute des acteurs locaux pour lui servir de partenaire, avec plus ou moins de réussite. C'est elle qui s'occupe aussi bien de régler la mise en scène, les décors, la musique, que de compter la caisse. 
Cette tournée n'est pas organisée à l'avance, elle se dessine au fur et à mesure des différentes villes où elle passe, ainsi, elle qui devait partir trois mois , fut finalement absente une année entière de Paris.
Lettre à Vigny qui lui demande de lui raconter ses journées, de Reims, samedi 30 mars1833, 1 heure du matin : "Voici ma vie de tous les jours. Je me réveille de très grand matin, j'étudie, j'écris mes lettres. Je pars avec ma femme de chambre à 11 heures pour la répétition. Ce matin, j'ai répété : L'incendiaire, La femme en colère, et Antony. Je mets tout le monde en scène et je règle les décors. Et on compose la musique séance tenante d'après mes indications. Je te demande si je dis des paroles! [elle évoque dans d'autres lettres des fatigues vocales,  des fumigation de sureau pour se défatiguer la voix] A près de 4 h, je rentre, je dîne vite. Je fais mes caisses pour le soir et je joue deux pièces. A 11 h, je fais mes comptes de la recette avec le directeur et sa femme, nous faisons des paquets de contremarques jusqu'à minuit. Je rentre avec ma femme de chambre et un garçon du théâtre qui marche devant nous avec une grande lanterne. Je soupe et je t'écris. Et toujours, toujous ainsi. Sans jamais voir âme qui vive chez moi. Quand à mes succès, ceux que tu m'as vu à Paris, ne peuvent pas te donner une idée de la frénésie de ces braves Champenois. J'ai joué ce soir l'Incendiaire, jamais je n'ai vu chose pareille. Ils ont crié, pleuré. Enfin, je suis bien obligée de te dire que c'est une rage".

Ces tournées font de Marie Dorval un vecteur important de diffusion du romantisme en province;
Lettre à Vigny de Rouen, août 1833 " Ils veulent rester dans l'émotion du drame [..] J'ai fait ici une belle révolution, et ils vont devenir des romantiques enragés."

Le docteur Guépin, une figure du socialisme en Bretagne a été conquis par son jeu "Elle est l'artiste des masses, le mandataire des femmes, elle a [...] une mission  à remplir [...] est l'artiste révolutionnaire par excellence". 
Je reviendrai sur son rôle dans la diffusion du drame romantique dans un prochain article autour de Kitty Bell.

Si elle triomphe par exemple à Marseille (engagée pour 6 représentations, elle en donne finalement 22) ou particulièrement dans le Sud,  le roi de Naples diffère son départ pour l'entendre à Toulon dans Angelo par exemple, l'accueil n'est pas toujours aussi enthousiaste, ainsi en juin à Chalon-sur-Saône, entre la concurrence de la foire, les difficultés avec les acteurs locaux  "j'ai répété toute la journée Chatteron, et je te demande pardon de cette profanation, c'en est une!" , l'argent qui ne rentre pas, et les nouvelles inquiétantes en provenance de sa fille, l'étape ne laissera pas les mêmes souvenirs.
Mais Chatterton remportera tout de même un joli succès à Chalon comme elle l'écrit quelques jours plus tard : "L'impression de ton ouvrage a été telle que je la pouvais désirer. Toutes les femmes pleuraient, le rôle de Chatterton a été bien senti et pas trop mal joué, j'avais mon quaker de Dunkerque (sans progrès).". 

L'habitude est effet de jouer  deux pièces différentes par soir, ainsi cette annonce pour une soirée à Nantes:
A Marseille, en 1836, elle profite de cette tournée pour jouer le rôle muet de Fénella, dans l'opéra d'Auber, la Muette de Portici, elle le reprendra en décembre à Lyon :

Le séjour de la grande comédienne s'est prolongé à l'extrême satisfaction du publie. Mad. Dorval, avec un répertoire assez borné, a vu la foule s'augmenter chaque jour et la verrait s'accroître encore s'il lui restait quelque temps à nous consacrer. Tant a de puissance le vrai talent, qui n'est outre chose que l'assemblage de la passion et de la vérité. Comme elle le prouve dans Clolihle , Antony. Chatterton, Henri III et sa cour, Angélo,  Clolilde, Mad.d'Herrey, Kitty- Bell, Mad. deGuise, la Tisbé,Caiarina, quelles belles et imposantes, quelles touchantes et dramatiques figures, sons les traits de Mad. Dorval !... Elle est toujours le personnage, |
elle est toujours elle-même, et pointant elle est toujours, nouvelle. — Mais quel prodige plus grand encore daus celle tendre et infortunée Fenella, qui était du domaine des danseuses, et que Mad Dorval vient de transporter dans le domaine d'une excellente actrice! La douleur, les regrets, l'amour, la jalousie, la générosité, la tendresse fraternelle, l'orgueil et* le désespoir,- Ions ces sentimens si prompts, si divers-, si opposés, SJ peignent, s'effacent et renaissent a vec une Incroyable expression, Javeo une rare soudaineté , dans . tous les gestes comme dansions les traits de sa mobile phy siononlie, quiparle aussi bien queponrrail le fairesa bouche. En vérité, la Muette de Poriici a été pour elle un double triomphe, puisqu'à l'immense et légitime succès qu'elle y a obtenu, aux couronnes et aux vers qu'on lui a prodigués , est venue se joindre encore la douce satisfaction d'un bienfait ; la part qui lui revenait dans celte, représentalion étant consacrée à un artiste dont elle s'est montrée glorieuse d'améliorer le sort : Le coeur marclie toujours à l'ombre du Génie.


L'ombre des soucis financiers et familiaux plane sans cesse sur cette tournée, les nouvelles reçues de ses filles sont particulièrement sombres. Louise, enceinte, a choisi d'avorter "Louise est un monstre qui a attaché à mes pas un fantôme qui ne me quittera plus", quant à la santé de Gabrielle, elle se dégrade rapidement. Heureusement, Caroline la cadette l'accompagne et lui apporte les seules consolations de cette période noire de sa vie.
A Vigny "Le succès que tu sais, des acteurs exécrables, des répétitions odieuses, de la fatigue, ka vie d'auberge et le désordre de toute chose autour de moi. Des gens stupides qui me répètent exactement dans une ville ce que l'on vient de me dire dans l'autre, des figures pour moi sans nom, une lanterne magique qui passe et repasse devant les yeux. [...]quel vide dans tout cela . Puis toujours des chagrins de Paris, une correspondance de chiffres, des envois d'argent dont on n'est jamais satisfait, des nouvelles affreuses de mes pauvres filles." 
C'est pendant cette tournée que sa fille Gabrielle s’éteint à 21 ans, en 1837, de la tuberculose.  Ses proches choisissent de taire cette disparition à Marie, qui ne l'apprendra qu'à son retour à Paris, deux mois plus tard. C'est Vigny qui lui annoncera ce drame.

Marie Dorval dans le rôle de Kitty Bell,
par Jacques Arago,1835

Pendant sa longue tournée, d'autres actrices se sont révélées, et occupent désormais le premier plan. Marie Dorval peine à trouver de nouveaux engagements, et reprend souvent la route de la province, tandis que Vigny s'éloigne d'elle, d'abord suite à la mort de sa mère, puis au profit des soeurs Dupré. De son côté, elle se rapproche de Sandeau, l'ancien amant de George Sand. C'est à cette époque où la famille quitte la rive droite pour s'installer rue du Bac. Marie Dorval se lie alors d'amitié avec Olympe Chodzko.

Hernani

En 1838, elle reprend avec succès le rôle de Dona Sol dans Hernani, au Théâtre Français, rôle tenu à la création par Mlle Mars, et comme dans Tisbé, c'est un triomphe pour elle.
Revue du théâtre:
Pour Victor Hugo, cette reprise marque la vraie création d'Hernani et il fait de Marie Dorval la comédienne par excellence du romantisme.
L'artiste signale qu'elle avait particulièrement soigné son costume , en s'inspirant "d'un tableau de Goya qui représentait la duchesse d'Albe".

Elle reprend en parallèle Marion Delorme, également au Théâtre Français, avec le même succès.
L'artiste " Son rôle lui convenait à merveille. Elle l'a rempli merveilleusement".

Elle joue ensuite à l'Odéon Le camp des croisés et Les suites d'une faute. 

Son contrat avec le théâtre français se terminait le 30 juin 1838, il ne fut pas renouvelé, elle y joua une dernière fois Hernani le 28 et Marion Delorme le 30. 
La Quotidienne "c'est toujours un tort de la laisser partir [...] si on avait encouragé les désirs qu'elle n'a pas cessé de témoigner [....] de jouer quelques grands rôles du répertoire tragique [...] et du répertoire de drame".

Le Gymnase et les tournées

Engagée au Gymnase, en même temps que Bocage, si financièrement, les choses s'arrangent, les rôles proposés ne sont guère enthousiasmant. Elle y joue dans La Belle soeur de Duport et Laurencin. George Sand était présente pour la première, et même ma Gazette des théâtres, plus favorable au théâtre français qu'au gymnase notait qu'elle avait "assez d'inspiration pour rappeler le meilleur temps de sa réputation".
Ce sera ensuite l'orage de Laurencin et y reçoit un accueil favorable. Janin "de cette piécette, Madame Dorval a fait un drame plein de passions, d'angoisses et de larmes. Elle a donné un sens aux mots qui n'en avaient pas et changé en cris de l'âme les phrases les plus insignifiantes."
C'est à la fin de l'été que la rupture avec Vigny est définitive. Elle joue alors Henri Hamlin de Souvestre, qui marque le contrepied du romantisme. 
Elle repart pour un eu plus de 5 mois de tournée d'octobre à mars 1839 (Nantes, Metz, l'est puis Fontainebleau, avant l'ouest et la Loire, Rennes, Angers, Nantes, Saumur ...), tandis qu' Paris, une débutante commence à faire beaucoup parler d'elle : Rachel.
Marie Dorval revient  au Gymnase. Elle joue ensuite plusieurs pièces peu marquantes, telles " La maitresse et le fiancée" drame en 2 actes / texte d'Emile Souvestre ; avec Marie Dorval (Caroline Allard), Hippolyte Tisserant (André Bernier), Madame Julienne (Madame Moirot) Théâtre du Gymnase (Delestre-Poirson, Max Cerfberr),mai 1839, ou encore Un ménage parisien.

Le proscrit, Cosima... et de nouvelles tournées

L'année suivante, en novembre 1839 elle débute à la Renaissance, salle Ventadour nouvellement ouverte sous la direction d Anténor Joly.
 Un beau triomphe l'y attendait dans le Proscrit : drame en 5 actes  de Frédéric Soulié et Timothée Dehay ; avec Guyon dans le rôle de Georges Bernard, Montdidier dans celui d'Arthur d'Avarenne et Madame Dorval dans celui de Louise Dubourg
Théâtre de la Renaissance (Anténor Joly), 1839-11-07
Marie Dorval Louise

Coupy cite à ce propos Th Gautier et J Janin "Marie Dorval est sortie radieuse de son tombeau du Gymnase. Elle même semblait douter qu'elle fût vivante encore et n'osait plus espérer de soulever l'avalanche de vaudevilles qui pesait sur elle en manière de pierre funèbre. Elle s'est retrouvée tout entière et , sans coup férir,  elle est rentrée en possession d'elle même. C'est la Dorval de Pablo, du Joueur,  de l'Incendiaire,  d'Antony, de Marion  Delorme et d'Angelo , la vraie Dorval enfin,  la plus grande passion tragique de l'époque,  la digne émule de Fredérick avec qui elle forme un couple dramatique assorti que l'on ne devrait jamais désunir . Voilà ce que nous avons revu l'autre soir au théâtre de la Renaissance.  Nous qui pleurions notre sublime actrice à jamais perdue,  quelle n'a pas été notre joie en assistant à cette résurrection inespérée.  On jouait une pièce de Frédéric Soulié (...] Mme Dorval pût y remuer à l'aise avec ses allures rapides et ses bonds de lionne.  Quelques situations fortes, quelques soupirs d'angoisse, quelques exclamations insignifiantes qui deviennent de magnifiques révélations de l' âme,  il ne lui en faut pas plus pour se composer un rôle admirable . [...] Mme Dorval avait déjà captivé et dompté la salle des journalistes excédés,  des dandies haut montés sur cravate,  des actrices envieuses,  des grandes dames qui ne regardent qu'elles mêmes,  le public le plus dédaigneux et le plus difficile que l'on puisse imaginer . [...] C'est là le talent de Mme Dorval.  Elle se plaît dans les périls,  elle aime les difficuttés les plus étranges,  elle se joue avec le danger,  l'obstacle,  elle le brise,  l'abîme,  elle le franchit,  l'impossible,  elle le rend vraisemblable,  l'absurde,  elle y fait croire et tous ces miracles à force de passions,  de cris, de plaintes , de touchants délires , à force de rage et de douleur.  [...] la passion de Mme Dorval est inépuisable Allez la voir cette femme délivrée de ses liens , cette lionne lâchée dans son domaine,  cette affranchie de la petite comédie du Gymnase et vous comprendrez la puissance de cette femme On dit que le Théâtre Français qui a laissée partir cette femme sans laquelle le drame n'est pas possible,  la retrouvant ainsi faite,  l'a voulu ravoir sur le champ,  à l'instant même. [il s'agit du projet de création de Cosima]

George Sand lui écrit à cette occasion "Si j'étais le Grand turc, je vous enverrais une ile de l'archipel tout en fleurs pour vous témoigner ma joie et mon bonheur de la manière dont vous avez joué hier soir". 

Ce succès lui rouvre les portes du Théâtre français, avec la création de Cosima et la reprise de Chatterton. Vigny assiste à la reprise à la Comédie-française et confie dans une lettre à Pauline Duchambge à propos de Marie dont il est séparé "Son beau et unique talent a grandi encore, par quelque chose de plus posé, de plus maître de soi dans quelques scènes, de plus fin et ingénieux dans d'autres."

Elle collabore à l'écriture de la pièce Cosima de George Sand, créé le  29 avril 1840 à la comédie française. L'accueil en coulisses, puis  de la part du public n'est guère favorable.«J'ai été huée et sifflée comme je m'y attendais. Chaque mot approuvé et aimé de toi et de mes amis a soulevé des éclats de rire et des tempêtes d'indignation. On criait sur tous les bancs que la pièce était immorale, et il n'est pas sûr que le gouvernement ne la défende pas. Les acteurs, déconcertés par ce mauvais accueil, avaient perdu la boule et jouaient tout de travers. Enfin, la pièce a été jusqu'au bout, très attaquée et très défendue, très applaudie et très sifflée." écrit George Sand qui retirera la pièce de la scène au bout de sept représentations seulement.
 Elle a joué Cosima dit Gauthier avec une grâce parfaite un grand naturel et une délicatesse de nuances qui aurait mérité un public moins turbulent . Il y avait encore là , comme naguères dans l'Incendiaire une scène de confession qu'elle jouait à ravir.
Article spécifique Cosima George Sand 

Marie Dorval reprit ensuite pour quelques représentations La Maréchale d'Ancre ,Vigny avait apporté son concours aux répétitions, avant de repartir sur les routes pour une nouvelle tournée dans le sud de la France puis à Lyon, Saint-Etienne...

A Paris, le temps du drame romantique semble définitivement révolu.

Le théâtre de la Porte-Saint-Martin a fait faillite, et change de direction, celui de la Renaissance a fermé, Rachel triomphait à la comédie française, et même si l'on reconnait ses talents de comédienne (Le Censeur "votre talent est incontestable et restera comme celui d'une artiste éminemment originale"), il ne restait plus à Marie Dorval qu'à reprendre une nouvelle fois la route, pour Amsterdam et les grandes villes de Belgique cette fois.

 Elle rencontre à Bruxelles l'acteur Réné Luguet, petit-fils de la Malaga, célèbre danseuse de corde.
Caroline, la fille cadette de Marie Dorval  était alors institutrice dans une famille de Preston où sa mère ira la rejoindre pour quelques jours en juillet 1841.
La tournée continue en France à Dieppe, Saint-Omer, elle y joue Angelo, Clotilde, Louise de Lignerolles, à Niort, Limoges, Poitiers.... Luguet l'y a suivie et lui donne la réplique.Après un bref retour à Paris, sans perspective de nouveaux engagements, ils repartent donner quelques représentations à Amiens, puis en janvier 1842 en Hollande puis au retour fin février à Colmar , Strasbourg et Mulhouse. A son retour, Marie Dorval fait engager Luguet au Gymnase tandis qu'elle repart seule pour des représentations en France-Comté. Caroline rentre ensuite en France, fait la connaissance de Luguet et l'épouse fin 1842.

De son côté, Marie Dorval renoue avec les scènes parisiennes, Elle reprend une nouvelle fois son grand succès Trente ans ou la Vie d'un joueur avec Frédérick Lemaître pour quelques dates à la Porte-Saint-Martin, puis à l'Odéon, Antony, avec Bocage, sans retrouver le succès d’antan. Les drames d'Hugo et de Dumas ne font plus recette, son ancien répertoire n'a plus de perspective à Paris, il lui faut élargir son domaine. Elle s’essaya au répertoire classique et joua le rôle de Phèdre , puis celui d'Hermione dans Andromaque, sans y trouver aux yeux du public le même triomphe que Rachel dont la carrière commence à prendre un essor incroyable...
Le succès devait revenir avec : 



La main droite et la main gauche 

 La main droite et la main gauche  : drame en 5 actes / texte de Léon Gozlan ; avec Marie Dorval (Rodolphine), Bocage (Major Palmer), Saint-Léon (Prince Hermann)
  Odéon-Théâtre de l'Europe (Auguste Lireux), décembre 1842
Marie Dorval Rodolphine
L'amour maternel, un rôle qui trouve en Marie Dorval une interprète parfaite.
Gozlan lui-même reconnait que si sa pièce a eu du succès, c'est grâce à elle :  "  Vous aviez ce soir là votre célébrité à imposer dans un rôle nouveau,  dans un genre de rôle nouveau [...] Je vous vois encore rentrer précipitamment dans votre loge après le succès foudroyant que vous veniez d'avoir au quatrième acte de la Main Droite et la Main Gauche,  succès dont on n'avait  pas d'exemple et qui probablement ne se renouvellera plus pour aucune actrice. Trois domestiques du théâtre vous suivaient les bras chargés de bouquets,  vous souriez , vous frémissiez,  vous pleuriez encore . Le rôle de Rodolphine dans la Main Droite et la Main Gauche restera comme une de vos plus belles créations et c'est tout ce qui restera de la pièce entière, j'en ai peur. Les heureux qui vous ont vue [...] n'oublieront jamais vos craintes,  vos coquetteries,  vos impatiences, vos douleurs, vos frémissements, vos cris de mère.  Pourquoi ne l'ai je pas écrit comme vous l'avez joué,  mais qui peut écrire ainsi? On comprend pourquoi aux représentations qui suivent les premières, vous êtes plus calme, plus maîtresse de vous même, toujours bonne actrice, mais moins esclave de votre organisation Vous vous identifiez si bien alors avec votre rôle, pour la simplicité et le naturel, qu'il vous arrive parfois d'oublier les exigences importunes d'un public qui ne vous oublie jamais lui .

TH Gauthier " Bocage et Mme Dorval se retrouvaient là sur leur véritable terrain .Quelque talent que Bocage ait pu déployer au Gymnase,  quelque intelligence que Mme Dorval ait pu montrer dans ses excursions tragiques,  ni le vaudeville ni la tragédie,  ne sont leur fait. Ce sont tous les deux des acteurs essentiellement modernes, des talents fougueux ,excentriques, inégaux, tantôt le pied dans la réalité la plus triviale, tantôt le front dans le nuage de la plus haute rêverie, pleins de cris et d'éclairs soudains, mêlant le sarcasme à la passion, faisant frémir avec un accent de comédie et lançant les mots les plus terribles, absolument comme vous et moi nous les dirions dans une situation pareille.  Aussi il fallait voir quelle aisance parfaite , quel aplomb consommé, quelle puissance dominatrice avait Bocage dans ce rôle, fait pour lui . Jamais peut-être Mme Dorval ne s'est élevée si haut, jamais une pluie de bouquets si épaisse n'est tombée sur une actrice, il semblait que le public dans sa cruauté d'admiration voulût l'ensevelir sous les fleurs comme Néron faisait de ses convives . C'étaient des cris et des trépignements à n'en plus finir. L'amour maternel ne saurait trouver d'accents plus pathétiques,  plus touchants et plus vrais,  c'est le cœur tout entier qui jaillit dans un mot,  c'est tout un monde d'angoisses et de douleurs, révélé par une simple inflexion de voix .  Les critiques eux mêmes, si secs d'habitude, ont trempé de larmes les verres de leurs lorgnettes.

Le Corsaire [Marie Dorval] s'est acquittée de son rôle de mère avec une supériorité sans égale. [..] Emue, passionnée, pathétique, entraînante, elle a constamment dominé son auditoire sans fléchir un seul instant, tous ses gestes, tous ses mouvements, toutes ses paroles ont été marquées du coin de l'intelligence la plus vive et du sentiment poétique le plus profond."

Marie Dorval refuse alors une proposition de la comédie Française (pour les Burgraves d'Hugo), pour continuer à jouer cette pièce à l'Odéon, en alternance avec Phèdre, Andromaque et le Mariage de Figaro.


Cet article étant déjà bien long, j'en consacrerai un prochain à la dernière partie de la vie de Marie Dorval!
Mise à jour, les 4 articles biographiques

 Marie Dorval 1 les débuts

Marie Dorval 2 vers 1830, premiers succès et entourage:  Vigny Sand

Marie Dorval 3 les années 1830-1840, la comédie française, les tournées en province, Angelo, Hernani, Cosima...

Marie Dorval 4, après 1843, les derniers rôles, la famille, les dernières tournées, la fin de sa vie


mise à jour:

Marie Dorval dans Kitty Bell de Chatterton , drame romantique d'Alfred de Vigny, de la comédie française aux tournées en province
Quitte pour la peur de Vigny avec Marie Dorval-1833

 
  Pour en savoir plus

Comments system