samedi 29 septembre 2012

Challenge Shakespeare : Ophélie

Après l'article autour d'Hamlet de Shakespeare,  centrons-nous sur le personnage d'Ophélie.

Alexandre Cabanel, Ophelia (1883)
Ophélie, c'est d'abord une histoire d'amour contrarié avec Hamlet. La famille de la jeune fille cherche à la détourner de lui, Hamlet lui même la repousse pour accréditer la thèse de sa propre folie.
Arthur Hughes - Ophélie
La jeune fille doit ensuite faire face à l'assassinat de son père, alors que son frère est à l’étranger, et encore plus à la disparition de son cadavre et à son enterrement dans la précipitation et la dissimulation alors qu'il était un des personnages les plus importants du royaume.
Arthur Hughes, Ophelia, 1852

 Ophélie sombre dans la folie et est retrouvée noyée dans un ruisseau, sans que l'on puisse déterminer  si sa mort est accidentelle ou si la jeune fille s'est suicidée, ce qui rend son enterrement particulier.  Hamlet qui y assiste d'abord caché pleure sa mort.
Harriet Smithson dans le rôle d’Ophélie dans Hamlet

LA REINE. - Un malheur marche sur les talons d'un autre, tant ils se suivent de près : votre soeur est noyée, Laertes.
LAERTES. - Noyée ! Oh ! Où donc ?.
Eugène Delacroix : La mort d'Ophélie (1844)
 LA REINE. - Il y a en travers d'un ruisseau un saule qui mire ses feuilles grises dans la glace du courant. C'est là qu'elle est venue, portant de fantasques guirlandes de renoncules, d'orties, de marguerites et de ces longues fleurs pourpres que les bergers licencieux nomment d'un nom plus grossier, mais que nos froides vierges appellent doigts d'hommes morts. Là, tandis qu'elle grimpait pour suspendre sa sauvage couronne aux rameaux inclinés, une branche envieuse s'est cassée, et tous ses trophées champêtres sont, comme elle, tombés dans le ruisseau en pleurs.
Ses vêtements se sont étalés et l'ont soutenue un moment, nouvelle sirène, pendant qu'elle chantait des bribes de vieilles chansons, comme insensible à sa propre détresse, ou comme une créature naturellement formée pour cet élément. Mais cela n'a pu durer longtemps : ses vêtements, alourdis par ce qu'ils avaient bu, ont entraîné la pauvre malheureuse de son chant mélodieux à une mort fangeuse.


 John Everett Millais : Ophelia (1852)


Les fleurs sont omniprésentes autour de la jeune fille et dans son discours.
Jules Joseph Lefebvre, Ophélie (1890)
Une thèse intéressante autour de ce personnage : Elle adopte en réalité un langage codé, très imagé, mais extrêmement rationnel, offrant par exemple au roi du fenouil et des ancolies qui sont généralement associés à la flatterie et à l'adultère.quest-il-vraiment-arrive-a-ophelie
John William Waterhouse, Ophelia, (1905)

Le début du poème d'Arthur Rimbaud inspiré par ce personnage
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...

- On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir
Voici plus de mille ans que sa douce folie

Murmure sa romance à la brise du soir

 John William Waterhouse Ophelia-1889

Une Ophélie célèbre pour une représentation d'exception, sur le lieu de la tragédie, au château d'Elseneur en Mai 1937.
Vivien Leigh et Laurence Olivier
Quant à Sarah Bernhardt c'est dans le rôle d'Hamlet qu'elle s'illustra.
Sarah Bernhardt  Hamlet

Elle interpréta Hamlet pour la première fois au Théâtre de la Porte Saint-Martin le 27 février 1866. La pièce avait été adaptée (en vers) par Lucien Cressonnois (1860-1909) et Charles Samson. Le 20 mai 1899, elle recréa le personnage au Théâtre Sarah-Bernhardt d'après les nouvelles adaptation et traduction par Eugène Morand et Marcel Schwob; la musique de scène fut composée par Gabriel Pierné (1863-1937).
Sarah Bernhardt interprétera en 1900 le rôle d'Hamlet dans le court-métrage cinématographique Le Duel d'Hamlet réalisé par Clément Maurice (1853-1933)


 La version opéra d'Hamlet

Hamlet  opéra en 5 actes, musique d'Ambroise Thomas, livret de Michel Carré et Jules Barbier, créé à l'Opéra Le Peletier (Paris) le 9 mars 1868 , réserve de belles scènes à Ophélie.
Ophélie : Natalie Dessay


Et avec de Hamlet, je rejoins le challenge Shakespeare : challenge Shakespeare
Présentation : Amoureux de la langue anglaise, amoureux du théâtre élisabéthain, amoureux de la démesure et du rêve, inscrivez-vous au challenge Shakespeare.

PIECES ET BIOGRAPHIES :

Pour faire plaisir aux inconditionnelles shakespeariennes, nous vous proposons différents niveaux de lecture : J love Shakespeare :
Un peu : Lire 1 pièce + 1 adaptation ciné ou théâtre + une biographie ciné ou théâtre.
Beaucoup : Lire 2 pièces + 2 adaptations ciné ou théâtre + une biographie.
Passionnément : Lire plus de 3 pièces + 3 adaptations + une biographie.
A la folie : Oui ! Soyons fous ! Tout Shakespeare sans aucune restriction. Vos coup de coeur !
Pas du tout : vous avez vu une adaptation que vous n'aimez pas au cinéma et au théâtre ? Vos coups de rage !

CITATIONS :
Nous pensons aussi que ces lectures sont l'occasion de constituer un recueil de citations de Shakespeare. Aussi nous vous proposons de publier en même temps que vos billets (ou indépendamment) une ou plusieurs citations de la pièce lue ou vue en notant bien l'acte et la scène d'où elle(s) est  (sont) tirée(s).
Comédie, tragédie ou pièce historique, lisez Shakespeare...

jeudi 27 septembre 2012

Hamlet Shakespeare


To be, or not to be, that is the question....
Présentation de l'éditeur
La Tragique Histoire d'Hamlet, prince de Danemark (en anglais, The Tragical History of Hamlet, Prince of Denmark) est la plus longue et l'une des plus célèbres pièces de William Shakespeare. La date exacte de composition n'est pas connue avec précision ; le texte fut publié en 1603.
Sur les remparts d'Elseneur, Hamlet, jeune prince du Danemark, voit apparaître le spectre de son père. Celui-ci lui apprend qu'il a été assassiné par son frère Claudius, l'oncle d'Hamlet, en accord avec la reine. Le coupable lui a ravi à la fois épouse, couronne et vie. Hamlet simule la folie pour préparer sa vengeance. On met cette folie passagère sur le compte de l'amour qu'il porterait à Ophélie, fille de Polonius, chambellan et conseiller du roi. Claudius demande à Rosencrantz et Guildenstern, amis d’enfance de Hamlet, de sonder le prince afin de connaître les causes de son étrange « transformation ».  Claudius perçoit le danger et décide de se débarrasser de son  neveu....

Mon petit mot
Hamlet... tant d'images derrière, des extraits lus il y a longtemps, une espèce de mémoire collective autour de la célèbre tirade Être ou ne pas être, et finalement, des rebondissements et des personnages que l'on redécouvre à la relecture.Les hésitations du héros à passer à l'acte, les manipulations des uns et des autres, la vie, l'amour, la mort, les relations aux femmes, vengeance, matricide, rapport au suicide,  que de thèmes évoqués! Et si le théâtre est parfois difficile à lire, ce n'est pas le cas ici,  la langue de Shakespeare, les nombreux changements de lieux, en font un texte aussi agréable à lire qu'à entendre et voir jouer.

Et puis Hamlet, c'est aussi le théâtre dans le théâtre, moment clé, Hamlet demandant à des comédiens de jouer la pièce "Le meurtre de Gonzague" (à laquelle Hamlet donne le nom de La souricière) , qui devient finalement une sorte de reconstitution de l'assassinat de son père. Pour Hamlet, le spectacle est alors dans la salle, à guetter les réactions des spectateurs et tout particulièrement de Claudius.Hamlet endossant tous les rôles, il est à la fois acteur, auteur – « Pourriez-vous au besoin apprendre par coeur une tirade de douze à seize vers que je veux écrire ?... »  – spectateur et metteur en scène : Hamlet donne une vraie leçon de théâtre aux comédiens, les invitant à un jeu dépouillé : « Laissez votre discernement vous guider. Réglez le geste sur le mot, et le mot sur le geste, en vous gardant surtout de dépasser la modération de la nature car tout ce qui est forcé s’écarte de ce à quoi vise l’art du comédien, dont l’objet, aussi bien à l’origine que maintenant, fut et demeure de présenter en quelque sorte le miroir à la nature… ».

 Nombreuses scènes aussi dans cette pièce où l'un des protagonistes devient spectateur et se cache pour observer sans être vu, ce qui va causer sa vie à Polonius.

Le château de Kronborg est un château situé près de la ville d'Elseneur au Danemark, sur un point stratégique face à la Suède, est le cadre de la tragédie Hamlet de William Shakespeare.
Vers 1425, le roi Éric de Poméranie construisit un château appelé Krogen sur le site qu'occupe aujourd'hui Kronborg. En 1574, le roi Frédéric II de Danemark y fit construire son propre palais sur les plans de l'architecte Hans van Paeschen. Il reçut le nom de Kronborg trois années plus tard, lorsque l'architecte flamand Anthonis van Opbergen, de Malines, fut chargé de le restaurer complètement et de l'agrandir. L'un des nouveaux éléments ajoutés à cette époque était une grande salle de banquet, également utilisée pour les bals et les spectacles théâtraux.
château Hamlet

En septembre 1629, Kronborg fut dévasté par un incendie qui ne laissa debout que ses murs. Christian IV nomma immédiatement « inspecteur général » Hans van Steenwinckel le Jeune, chargé de la restauration du château ; ce dernier le fit en lui rendant, pour l'essentiel, sa physionomie antérieure. Sous Frédéric III et Christian V, on y construisit de puissantes fortifications ; les défenses extérieures furent considérablement renforcées sous Frédéric IV, et le château lui-même subit une restauration importante qui en altéra certaines parties. En 1785, l'édifice passa à l'armée et ne fit plus dès lors l'objet d'aucune nouvelle intervention jusqu'à nos jours.



 Quelques citations
Hamlet
Et pourtant, ce petit instrument qui est plein de musique, qui a une voix admirable, vous ne pouvez pas le faire parler. Sang-dieu ! croyez-vous qu'il soit plus aisé de jouer de moi que d'une flûte ?. Prenez-moi pour l'instrument que vous voudrez, vous pourrez bien me froisser, mais vous ne saurez jamais jouer de moi.

OPHÉLIA. -  Seigneur, nous savons ce que nous sommes, mais nous ne savons pas ce que nous pouvons être.

Philippe Torreton dansHamlet



Hamlet et Ophélie, Dante Gabriel Rosetti (1858)
La suite dans l' article sur les représentations du personnage d'Ophélie dans l'art.
ophelie-de-shakespeare à la peinture

Une lecture qui entre dans le cadre du
challenge oceanicus-in-folio.fr/


 et du

  "baby-challenge" livraddict
et du  challenge Shakespeare : challenge Shakespeare

mardi 25 septembre 2012

Amboise par Turner

Toujours dans la série La Loire par le peintre Turner lors de son voyage sur la Loire grâce à la superbe collection de : http://www.tate.org.uk/
Après :
Continuons la promenade au fil de la Loire avec le peintre vers :

Amboise, son château dominant la Loire, son pont, évoqué par Turner
Mallord William Turner Amboise vers 1826-30 
Amboise par Turner
Les croquis de l'artiste lors de son voyage

Un petit rappel historique autour du château d'Amboise :
  Construite sur un promontoire rocheux dominant la Loire, cette ancienne forteresse médiévale a conservé  une enceinte. La seigneurie d'Amboise est rattachée à la couronne en 1431 par Charles VII . Louis XI renforce la défense du château et y installe sa femme et ses enfants.
Quelques années plus tard, Charles VIII entreprend l'importante transformation de la forteresse féodale. Il ne subsiste aujourd'hui, de ce vaste ensemble, que le Logis du Roi (dont la façade fait face à la Loire), la chapelle Saint-Hubert et deux tours appelées tour Hurtault et tour des Minimes qui sont des tours d'escalier dont les vis sont sans marches afin que la rampe puisse être gravie par des cavaliers ou des attelages légers.   En 1498, Charles VIII meurt accidentellement en heurtant le linteau d'une porte basse dans une galerie. Le château passe alors entre les mains de Louis XII puis de François Ier.  Le jeune Français reçoit au château une éducation intellectuelle, sportive et militaire très complète. Il y habitera pendant les trois premières années de son règne. C'est à ce moment qu'Amboise brille de son plus vif éclat. La vie de cour s'organise, se police. Des fêtes magnifiques se succèdent bals, tournois, mascarades, combats de bêtes sauvages. François I termine l'aile du château commencée par Louis XII. Passionné pour les arts, il fait venir à Amboise le grand Léonard de Vinci qui passera là les dernières années de sa vie et y sera enterré.
château Amboise

Au XVIIe siècle, le château est utilisé comme prison royale. Il est rasé au début du XIXe siècle par Roger-Ducos, un proche de Napoléon : ne sont épargnées que les parties encore visibles aujourd'hui.
Le domaine est aujourd'hui propriété indivise des princes de la maison de France.

Le Château d'Amboise depuis l'Ile d'Or

dimanche 23 septembre 2012

Musée Saint-Martin à Tours

Musée Saint-Martin à Tours
Pour faire suite à l'article autour de l'abbaye de Marmoutier et de Saint-Martin, marmoutier-et-saint-martin-de-tours quelques mots sur ce petit musée méconnu de la ville de Tours (photos musée de Tours) dans la chapelle Saint-Jean.
Musée Saint-Martin Tours
Le musée Saint-Martin  regroupe les vestiges archéologiques des basiliques successives, élevées sur le tombeau de saint Martin, comptant parmi les plus grandes basiliques d'Europe.
Il occupe l'ancienne chapelle Saint-Jean, dépendance du cloître de la basilique.
Martin est inhumé le 11 novembre 397, à Tours dans une modeste nécropole située sous l’actuelle rue des Halles. En 437, l’évêque Brice fait couvrir le sarcophage par une petite chapelle en bois.
L ’évêque saint Perpet, vers 470, donne un élan décisif au culte du saint en faisant construire un édifice grandiose en pierre, richement orné. Grégoire de Tours en donne une description précise dans son Historia Francorum vers 572.
Suite aux incendies et aux sacs normands du IXe siècle, le trésorier Hervé décide en 1003, une reconstruction complète de la basilique. Cet immense édifice roman est à rapprocher des grandes églises de pèlerinage comme l’église de Saint-Sernin de Toulouse construite à partir de 1070
Bâtie au XIIIe siècle, la chapelle qui abrite le musée a sans doute succédé au baptistère qui fut fondé à la fin du VIe siècle par l'évêque-historien Grégoire de Tours et consacré par des reliques de saint Jean-Baptiste et de saint Serge. Ce baptistère abrita les reliques de saint Martin quand la basilique fut reconstruite au début de XIe siècle.

L'évolution du site :
Les différentes phases de la basilique Saint-Martin


Restaurée à plusieurs reprises, la chapelle du XIIIe siècle servit de salle capitulaire. Les chanoines s'y barricadèrent en 1552 lors du pillage de la basilique par les protestants. En 1789 lorsqu'on entreprit des travaux de restauration, les reliques de saint Martin y furent à nouveau déposées. La chapelle fut vendue en 1790 comme bien national.

Ne pas hésiter à pousser la porte, c'est bien là, au fond du hall!
entrée musée Saint-Martin

L'exposition permanente propose textes, cartes, maquettes, illustrations et objets divers concernant la vie de saint-Martin et la diffusion de son culte au cours des siècles en Europe.
L’histoire du site et des édifices qui se succédèrent sur ce haut lieu depuis l’implantation de la première sépulture, est rappelée. Marbres sculptés, fragments de l’inscription du tombeau tel qu’il existait dans la construction élevée par Perpetuus vers l’an 470 et peintures murales romanes provenant de la Tour Charlemagne (XIe siècle) et du tombeau, épitaphes carolingiennes provenant de la basilique Saint-Martin et de l’abbaye de Marmoutier décors et chapiteaux du XIIe siècle, pièces de monnaie, objet liturgiques composent ce musée Saint-Martin à Tours.
Visites du musée Saint-Martin Tours : 
Mi-mars-mi-novembre : du mercredi au dimanche de 10h-13h et de 14h-17h30.
Fermeture exceptionnelle le 1er mai et 14 juillet.
Adresse :
3 rue Rapin
37000 Tours

02 47 64 48 87


samedi 22 septembre 2012

Tours et Turner suite

Pour faire suite à mon premier article sur la Loire et Tours turner-et-la-loire par le peintre Joseph Mallord William Turner (1775‑1851), d'autres œuvres autour de la ville de Tours croquée par l'artiste
La Gatienne par Turner
La même vue depuis le niveau du poulailler du grand théâtre de Tours!

La première cathédrale a été édifiée par Lidoire, évêque de Tours de 337 à 371, incendiée en 561, elle est restaurée par Grégoire de Tours puis à nouveau  incendiée en 1166puis reconstruite dans le style gothique avec ces célèbres deux tours.

Les monuments de Tours par Turner
L'Eglise St-Julien, l' Hôtel de Ville, la Tour Charlemagne et la  Tour de l'Horloge

Tour de l'Horloge Turner Tours
 La tour de l'horloge par Turner , tour vestige de la Basilique Saint-Martin démolie en 1798. Initialement appelée Tour du Trésor, elle correspond à la tour sud de la façade de la collégiale Saint Martin. Elle fut construite entre le 11 et le 16e siècle. Elle est soutenue par des contreforts. La flèche fut remplacée au 19e siècle par un dôme en ardoise abritant une horloge, d’où son nom actuel.
La tour de l'horloge et le dôme de la nouvelle basilique Saint-Martin de Tours

L'église Saint-Julien http://www.tate.org.uk/
Eglise Saint-Julien Tours par Turner
 Le croquis : l'entrée de l'église Saint-Julien et la diligence
L'église Saint-Julien de nos jours, miraculeusement rescapée des bombardements et incendies de la deuxième guerre mondiale.
Saint Julien Tours

vendredi 21 septembre 2012

David Lodge Un tout petit monde

David Lodge , né en  1935 dans le sud de Londres, est un universitaire spécialiste de littérature et un écrivain britannique.
De 1967 à 1987, il poursuit sa carrière universitaire à l'université de Birmingham, devenant Professeur de Littérature anglaise en 1976, tout en écrivant de nombreux autres essais et romans. En 1969, il passe six mois comme « Professeur associé » à l'université de Berkeley. Plusieurs de ses romans dépeignent avec ironie les milieux universitaires (Changement de décor, Un tout petit monde, Jeu de société,) autour d'une université fictive des Midlands, « Rummidge », avec des personnages récurrents, notamment le professeur américain Morris Zapp, qui aspire à être « le prof de Lettres le mieux payé du monde » et ses homologues britanniques plus modestes sur le plan économique.

Présentation :

Où sont les campus d'antan où des professeurs de lettres besogneux erraient comme des âmes en peine entre les salles de cours, la bibliothèque et la salle des professeurs, l'intelligence en jachère, le coeur en sommeil ? Le jumbo-jet, les médias ont changé tout cela, arrachant les universitaires d'aujourd'hui à leur solitude, les amenant à communiquer avec de lointains collèges à l'autre bout du monde. L'ère du campus global est arrivée et ses liturgies favorites sont les congrès. Celui de Rummidge, par exemple, où nous retrouvons notre veille connaissance, Philip Swallow (Jeu de société et Changement de décor), ainsi que le bouillant Américain Morris Zapp. On notera la présence de deux jeunes universitaires brillants, la ravissante Angelica Pabst, dont tout le monde cherche à s'attirer les bonnes grâces, et le naïf Persse McGarrigle, un jeune poète irlandais qui n'a jamais entendu parler de structuralisme et qui compte bien sur elle pour l'initier ! Les innombrables professeurs de littérature anglaise qui peuplent ce roman ne cherchent pas tant à satisfaire leur soif de savoir qu'à assouvir leur immense besoin d'amour. Sous la baguette de David Lodge, la littérature est le prétexte de rencontres hilarantes, et la planète se rétrécit comme par magie pour devenir une sorte de grand livre, peut-être cette anthologie de tous les livres dont rêvait Borges dans "La Bibliothèque de Babel. "Irrésistible de drôlerie, réaliste jusqu'à la crudité, le livre de David Lodge est surtout délicieusement mais parfaitement méchant comme savent l'être les oeuvres des grands moralistes..." (Patrick Raynal, Le Monde)

Le début d'Un tout petit monde: 

Lorsque avril, avec ses douces ondées, a transpercé la croûte sèche de mars jusqu'à la racine et empli toutes les veines de la terre de ce liquide vital qui donne naissance aux fleurs; lorsque le zéphyr, lui aussi, de son souffle suave, a insufflé la vie aux nouvelles pousses tendres, partout dans les taillis et sur les landes, que le jeune soleil a franchi la moitié de son parcours dans le signe du Bélier, et que les petits oiseaux qui dorment toute la nuit les yeux ouverts poussent leur chant (le chant que la Nature inspire à leur cœur), c'est alors, comme l'a fait observer le poète Geoffrey Chaucer il y a bien des années, que les gens éprouvent le besoin de partir en pèlerinage. Sauf que de nos jours, dans les milieux professionnels, on appelle cela plutôt des congrès.

Mon avis:

Un tout petit monde  avec de nombreux personnages en quête de leur Graal (amour, sexe,  argent, reconnaissance...)  est un roman très dense. De nombreux personnages se croisent, difficile parfois de ne pas perdre le fil, et si comme moi, vous vous y perdez parfois, cette page reprend qui est qui! (Un_tout_petit_monde)
La vision du monde universitaire, des colloques et autres voyages professionnels, sans parler de celle des aéroports, mêle humour et constats féroces, quelques réflexions sur la littérature anglaises en prime.
 Les nombreux rebondissements plus improbables les uns que les autres maintiennent l'attention du lecteur en dépit de ce foisonnement de protagonistes! Je me suis tout particulièrement attachée à la quête de Persse McGarrigle et aux épisodes compliqués de la vie de Philip Swallow. Des scènes très drôles (sèche-linge et taxi, le lapin posé par Angelica à ses deux soupirants se retrouvant dans la même chambre,...) , bref, un peu difficile à suivre parfois, mais on garde le sourire aux lèvres tout de même!



Lu dans le cadre du Challenge :  cartable et tableau noir

jeudi 20 septembre 2012

Turner et La Loire

Joseph Mallord William Turner naît à Londres le 23 avril 1775, au sein d'une famille modeste.
De 1789 à 1793, il suit des cours à la Royal Academy et est l'élève du paysagiste Thomas Malton.
A partir de 1792, Turner entreprend de nombreux voyages. Il réalise alors diverses aquarelles représentant paysages et marines.
En 1807, il devient professeur de perspective à l'Académie.
Marmoutier par Turner dont j'ai déjà parlé

En 1826, il effectue un long voyage à travers la France, remontant la Loire de Nantes à Orléans, carnets de croquis et d'aquarelle en main. Turner réalise alors des représentations de plus des 40 villes et lieux qu'il a parcourus et peint de magnifiques huiles qui seront exposées à la Royal Academy en 1927. Retravaillés dans son atelier à son retour , ces croquis donnent naissance à des œuvres pas toujours très réalistes, mais les lumières autour de la Loire, et certains monuments rendent un magnifique hommage à la vallée de la Loire.
L'arrivée à Tours par la Loire, les tours de Saint-Gatien au loin
















En 1831, un ouvrage reprenant 21 oeuvres sur ce thème et intitulé "Le Tour Annuel de Turner" est publié.
Une exposition "Turner, le voyage sur la Loire" a été consacrée à ce voyage, à la Tate Gallery, à Blois et à Nantes
Le canal entre la Loire et le Cher à Tours
 Le canal de jonction du Cher à la Loire reliait ces deux rivières à l'est de Tours. Long de 2,4km, il fut construit entre 1824 et 1828, au moment du voyage de Turner. Il fut comblé à la fin des années 1960 pour faire place à une portion de l'autoroute A10.


La Loire a inspiré de nombreux artistes, certains  s’attachant plus à la blondeur de bancs de sable, comme
Edouard Débat-Ponsan (1847-1913), d’autres aux tourments du ciel comme Paul Fochet.
 William Turner a consacré de nombreux croquis et gouaches à Tours, représentant largement les ponts, les quais, et traduisant la lumière éphémère et brumeuse des bords de Loire.
Des peintres contemporains ont interprété les impressions de Loire : Olivier Debré évoque la fluidité du fleuve, s’écoulant entre les bancs de sable, Max Ernst a aussi laissé peintures et sculptures lors de ses
séjours à Huismes. « Sa Touraine » est symbolisée par une femme lovée entre le lit de la Loire et celui de l’Indre, elle symbolise le paradis originel. artistes
la cathédrale Saint-Gatien toujours au loin

 Déjà célèbre mais controversé et jugé quelque peu excentrique, Turner s’est rendu en France durant l’été 1826, passant par Dieppe, Cherbourg, le mont Saint-Michel et Brest, avant de gagner Nantes et de remonter la Loire, en bateau ou en voiture à chevaux, jusqu’à Orléans.  Des quais du port de Nantes au château de Blois, en passant par le pont de Beaugency, Turner déploie sa palette : ocres rosés des villes, monuments et châteaux, couleurs animées des scènes de rue, bleus aqueux et aériens des paysages fluviaux baignés d’un jaune solaire diaphane ou perdus dans la brume. Le peintre a remonté la Loire à bord de bateaux à vapeur mais aussi de gabares, ces larges barges à voile qu’il a abondamment peintes et étudiées dans ses carnets de voyage lejournaldesarts
croquis des embarcations sur La Loire par Turner
Toutes les œuvres : http://www.tate.org.uk
une des réalisations finales de Turner

Je connaissais ces paysages de Loire, beaucoup moins ses représentations des villes ligériennes, je reviendrais ensuite sur ses vues de Tours et d'Amboise.

mercredi 19 septembre 2012

Marmoutier et Saint-Martin de Tours

Sur les traces de Saint-Martin de Tours... une visite cet été du chantier archéologique de Marmoutier que je n'avais pas encore chroniquée.
Qui ne connaît pas Martin , et son partage du manteau?
 L’ancien évêque de Tours (né en 316-mort en 397) a laissé de nombreuses traces dans la région : la basilique du même nom à Tours, lieu de pèlerinage bien connu, le moins connu musée Saint-Martin à Tours (et c'est dommage car il est très intéressant) mais aussi l'abbaye de Marmoutier, fondée par St Martin
L’abbaye est entourée par une enceinte. Au pied du coteau calcaire se dressent l’église et les bâtiments monastiques : à l’ouest l’hôtellerie, à l’est l’infirmerie, au sud les dépendances et un cimetière associé à l’église Saint- Nicolas, située hors les murs, sur les bords de la Loire. Au nord, sur le coteau, est construit au XIVe siècle le logis de l’abbé.
Marmoutier, avant sa destruction


 Petit rappel : C’est à partir des textes de Sulpice Sévère, contemporain de saint Martin, ainsi que d’autres historiens, comme Grégoire de Tours, plus tard, que nous connaissons une partie de sa vie. Grand voyageur tout au long de sa vie, Martin naquit en 316 en Pannonie, l’actuelle Hongrie, de parents païens. Élevé à Pavie, en Italie, où son père était militaire, il fut enrôlé dans l’armée romaine à quinze ans, et parcourut une grande partie de l’Empire romain d’Occident. En 337, en garnison à Amiens, en Gaule, il partagea la moitié de son manteau pour la donner à un pauvre mourant de froid. Il eut alors la révélation de la foi et se convertit au christianisme. En 356, il quitta l’armée à Worms, en Germanie. Il se mit alors au service de saint Hilaire, évêque de Poitiers, qui le forma. Parti retrouver ses parents en Pannonie, il convertit sa mère. Il s’installa ensuite à Milan, en Italie, pour essayer de retrouver Hilaire, alors en exil. Chassé de Milan, il partit s’isoler pour un temps sur l’île de Gallinaria, sur la côte ligure. Puis, il revint en France pour rejoindre saint Hilaire; sur les conseils de celui-ci, Martin s’installa comme ermite près de Poitiers, et fonda le monastère de Ligugé, premier Monastère d’Occident. Enlevé par les Tourangeaux qui voulaient en faire leur évêque, Martin fut élu évêque de Tours le 4 Juillet 371. Il créa le monastère de Marmoutier, près de Tours, et fonda les premières églises rurales de la Gaule, tout en sillonnant une partie de l’Europe : Allemagne, Luxembourg, Suisse, Espagne…
Saint Martin mourut le 8 novembre 397 à Candes-Saint-Martin et fut enterré le 11 novembre à Tours. 
Des grottes dans le coteau aux constructions postérieures, l'évolution du site est assez facilement lisible. 
l'ancienne hôtellerie du monastère
L'abbaye de Marmoutier (enfin, ce qu'il reste de ce qui était un des plus importants monastères de l'époque) est depuis plusieurs années l'objet d'une importante campagne archéologique, qui a vu la mise au jour de nombreux vestiges et donne une bonne idée de ce qu'était le site.
La description donnée par Sulpice-Sévère,hagiographe de Martin de Tours, vers 410 :
« Pendant quelque temps, Martin logea dans une cellule attenante à l'église de Tours. Puis, comme il ne pouvait supporter le dérangement que lui causaient ses visiteurs, il aménagea pour lui un monastère à deux milles environ en dehors de la cité. Cet endroit était si retiré et si écarté qu'il n'avait point à envier la solitude du désert. D'un côté, il était entouré par les rochers à pic d'une haute montagne; de l'autre côté, la plaine était fermée par un petit coude de la Loire. On n'y avait accès que par un seul chemin, et très étroit. L'évêque occupait une cellule construite en bois. »
Les anciennes églises successives
Peu à peu l'abbaye se construit, un scriptorium est édifié. A la fin du Ve siècle, une deuxième église est
construite, dédiée à saint Jean-Baptiste, et l’on sait par Grégoire de Tours, évêque de 573 à 594, que les fidèles se rendaient en pèlerinage à Marmoutier chaque année pour Pâques.
Alcuin en fut l'abbé.
En 852, l’abbaye est pillée par les vikings.
L'abbaye ne reprend vie qu'à la fin du Xe siècle: l'abbé Mayeul viend de Cluny avec 13 religieux afin de restaurer la vie monastique. Guillaume le Conquérant finance la construction du dortoir et du réfectoire. Urbain II consacre en 1096 l'église abbatiale
Après un âge d’or situé entre les XIe et XIIIe siècles, l’abbaye de Marmoutier connaît un déclin continuel.
En 1629 elle est rattachée à la congrégation de Saint-Maur qui effectue d’importants aménagements
de 1651 à 1789. L’abbaye est transformée quelques temps en hôpital militaire puis est vendue comme bien national en 1799. Il s’ensuit une démolition quasi complète dans les années 1810
Et on peut prolonger la balade en sortant dans un quartier de Tours qui a des allures de village...
 
Pour les amateurs de randonnées trois chemins balisés en Touraine-Poitou

- Le Chemin de l'Évêque de Tours : Poitiers - Ligugé - Tours
- Le Chemin de Trèves : Vendôme - Amboise - Tours
- Le Chemin de l'Été de la Saint Martin : Chinon - Candes-Saint-Martin - Langeais - Tours


Quand Marmoutier inspirait Turner
Marmoutier Turner
The ruined abbey of Marmoutier, near Tours c.1826-8 (fig.120)
Watercolour and gouache
Ian Warrell, Turner on the Loire, exhibition catalogue, Tate Gallery, London 1997

  A suivre, Turner et Tours...

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