samedi 10 novembre 2012

Capitaine Le Jan Sirgue Maquis Le Coz

Dans la série "Au théâtre hier soir" !:
 Capitaine Le Jan, Jean-Marie Sirgue, théâtre de la Fronde, Espace Malraux Joué les Tours , 9 novembre
Avec :
 Jean-Marie Sirgue : Mr Blain, professeur d'histoire à la retraite
Sylvia Bruyant : bibliothécaire
Yoann Daunay : vigile
L'accroche de cette pièce avait réveillé l'historienne qui sommeille en moi et fait remonter des souvenirs de cours de fac d'histoire et de lectures consacrées à l'histoire locale du Lochois (voir plus bas). Qu'un homme de théâtre comme Jean-Marie Sirgue s'en empare, lui qui m'avait séduite en particulier dans son adaptation de Rhinocéros, je ne pouvais qu'être emballée à cette idée.
Mais finalement Le Coz / Le Jan n'est qu'une petite part de cette pièce, consacrée à la mémoire, l'enseignement de l'histoire, les générations... Sur Le Coz, elle ne fait que soulever un coin du voile, et donner envie de savoir davantage, en cela objectif atteint! Il faudra donc se replonger dans les livres pour appronfondir le sujet.
Une fois le tiroir Le Coz refermé, reste une pièce bien menée, avec quelques répliques très drôles, et aux côtés de Jean-Marie Sirgue, deux jeunes acteurs à suivre dans les années à venir.

Notes d’intention de Jean-Marie Sirgue theatredelafronde.com :
De tous les protagonistes de notre histoire, un seul a réellement existé que nous évoquons sous le nom de Le Jan et qui était connu sous celui de capitaine Le Coz.Faux médecin, vrai maquereau, ancien légionnaire… chef de maquis, il est celui qui, en août 44, libéra la ville de Loches (37) des occupants allemands. Condamné par les assises d’Angers après la Libération, Le Coz fut, très vite exécuté.Le Coz était, ce qu’il est convenu d’appeler, un « seigneur de la guerre ». Pendant quelques mois, à la tête de son maquis d’adolescents fanatisés, il a mis à sac un canton aux confins de la Touraine et du Berry. Il n’en était pas moins un combattant valeureux qui œuvrait pour la libération de ce même territoire. Les exactions qui lui ont valu la mort alternaient avec des faits d’armes qui auraient pu lui valoir la gloire. Le souvenir du maquis Le Coz est une chape qui pèse encore sur bien des mémoires Tourangelles. Mon projet initial était de faire affleurer cet épisode historique mais ce n’est pas tant la réalité des faits qui m’intéresse que la façon dont ceux-ci ont été occultés. Aussi ai-je eu recours à une uchronie qui a permis de garder à Le Coz, sa terrifiante ambivalence en transformant son destin : de criminel de droit commun, il devient héros puis notable et meurt entouré d’honneur…C’est aux préparatifs de la célébration du cinquantenaire de la mort du héros que nous convie le spectacle. Nous sommes dans la décennie 2010 et la façon dont, aujourd’hui, les pouvoirs instrumentalisent et manipulent l’histoire à des fins politiques ou mercantiles est beaucoup plus centrale dans mon propos, de même que la joyeuse litanie de fleurs en pots et de caméras vidéo qui fait l’essentiel de la politique touristique, sécuritaire et patrimoniale de certaines petites villes de province. Pour autant je ne veux pas écrire ici, un brûlot, un pamphlet ni même une pièce à thèse.Le spectacle met en présence une femme au milieu de son âge, un homme à l’aube de sa vie d’adulte et un autre, au seuil de la vieillesse. C’est eux qui m’intéressent, leurs frictions, leurs blessures, leurs illusions et aussi la façon, qu’ils ont, de se nourrir d’Histoire ou de fictions pour affronter la vie.

Extrait présentation article NR
Capitaine le Jan J-M Sirgue et Sylvia Bruyant

Avec sa nouvelle création, “ Capitaine Le Jan ”, le Théâtre de la Fronde évoque une figure controversée de la résistance dans le Lochois.[...] Jean-Marie Sirgue, metteur en scène et comédien, à la tête du Théâtre de la Fronde, basé à Chédigny s'est appuyé sur l'histoire trouble de ce personnage, longtemps occultée et restant encore à ses yeux un tabou, pour bâtir sa nouvelle création, « Capitaine Le Jan », « une comédie dramatique tenant également de la comédie policière et du polar ».
[...] Les deux représentations prévues cette semaine marquent la fin de la résidence entamée le 29 octobre à Malraux, par le Théâtre de la Fronde, qui fête cette année son trentième anniversaire. Une douzaine de dates sont d'ores déjà prévues dans et hors département pour cette pièce (soutenue financièrement par le conseil général et la région Centre) 

Pour en savoir plus sur le personnage qui a inspiré Jean-Marie Sirgue, en attendant une exposition avec les archives départementales en projet à Chédigny et peut-être d'autres études :
Un dossier noir de la Résistance / le maquis Lecoz
Auteur : Bernard Briais  Éditeur : Alan Sutton  Paru le : 26 Septembre 2002

Mais aussi
 Hangouët(Alfred). L'affaire Lecoze, Chambray-les-Tours, C.L.D., 1978
Rosso (Michel). Le Coz : un tueur fou dans la Résistance, Paris, Fleuve noir, 1994,

Quelques rappels historiques Le maquis Le Coz Loches


De son vrai nom Georges Dubosq, né le 8 mai 1903 à Fontenay-le-Pesnel (Calvados), il est connu de la justice dès l'âge de treize ans pour différents vols. Incorporé en 1925 dans un bataillon disciplinaire au Maroc, il est démobilisé en 1927 avec le grade de caporal infirmier. Installé au Mans, il vit essentiellement d'escroqueries et de vols, ce qui lui vaut d'être à nouveau emprisonné. Il s'évade en juin 1940, profitant de la confusion du moment. Arrêté en novembre, il est accusé cette fois du meurtre d'un cordonnier de Verneille-Chétif (Sarthe). Il retrouve la liberté en mai 1941 grâce aux Allemands avec lesquels il a accepté de collaborer : il dénonce plusieurs résistants à Angers et en Bretagne. Parallèlement, il continue ses vols et ses méfaits. Ainsi à Tours, au début de l'année l944, il commet deux cambriolages mais réussit à échapper à la police. Au mois de mars, se sentant de plus en plus menacé, il se réfugie à Beaulieu, près de Loches, chez Madame Venin où il se fait passer pour le "docteur Jan" et commence à exercer la profession de médecin. C'est là qu'il entre en contact avec des résistants de la région.Dubosq, qui se fait désormais appeler "capitaine Lecoze", décide de fonder son propre maquis. Il reçoit un appui de poids en la personne du capitaine de La Mazière dont la famille habite au château des Genêts à Villeloin-Coulangé. En effet, celui-ci n'est autre que le beau-frère du général de Lattre ! Aussi, le maquis Lecoze va-t-il bientôt être reconnu par Londres et recevoir des armes.
Cantonné au départ, en juillet 1944, dans les bois de Grandvault près de Loches, le maquis voit ses effectifs s'accroître rapidement. Il s'installe en forêt de Loches puis en forêt de Brouard près de Saint-Aignan. Ensuite, délaissant les bois, la troupe, (dont une bonne partie d'étrangers : Américains, Canadiens, Ukrainiens, Polonais ...), ne se fixe plus que dans des châteaux : Razay, le Grand Biard (Céré-la-Ronde), Chanceaux-près-Loches, Vitray (Saint-Hippolyte), Le Mousseau (Orbigny)...
 Attirés par le charisme du personnage, de nombreux jeunes de la région rallient son maquis, qui comptera à son apogée deux cents hommes et femmes. Le groupe attaque des convois allemands autour de Loches, organise des opérations de sabotage.  Dubosq vit dans des châteaux, entouré d'une cour de femmes et d'hommes de main, amassant même une fortune de 15 millions de francs! Le pillage le plus spectaculaire est celui du château de la Gitonnière, à Genillé, propriété de Juifs autrichiens, qui rapporte environ 8 millions de francs au maquis. Lecoze enlève et rançonne plusieurs personnes, comme le châtelain de Montpoupon à Céré-la-Ronde ou le propriétaire des Grands magasins Lefroid, de Tours
Le 16 août 1844 : ayant appris que la petite garnison allemande installée à Loches a quitté la ville, Lecoze décide d'occuper la place. Le soir, il entre dans Loches à la tête de son maquis et reçoit un accueil triomphal de la part des habitants. Plusieurs arrestations de soi-disant collaborateurs ont lieu immédiatement. Rassemblés place du palais de justice, certains sont frappés par le "Capitaine" lui-même. L'inspecteur de police Recco qui ose lui reprocher sa conduite brutale, est exécuté devant la foule qui applaudit.

En octobre 1944, il est arrêté pour un vol d'essence, mais le procès qui s'ensuit révèle son passé peu glorieux: les nombreux pillages,l'assassinat d'un inspecteur de la police de Vichy qui enquêtait sur ses actions sont bien sûr évoqués, mais surtout, on découvre que Georges Dubosq est un repris de justice, libéré par les Allemands en 1941 afin d'infiltrer des réseaux de résistants à Angers puis en Bretagne, mission qu'il accomplit avec succès, provoquant plusieurs arrestations et exécutions. Son installation à Loches n'est pas un acte patriotique mais pur opportunisme. Le procès montre aussi que les victimes de Lecoz ne sont pas majoritairement des collaborateurs ou des miliciens, et sont même quelquefois des résistants. Georges Dubosq est finalement exécuté comme faux maquisard en mai 1946, tandis que la plupart des membres de son maquis sont innocentés car considérés comme des résistants de bonne foi.

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