lundi 25 juin 2012

Medee théâtre fresques Pompei et Herculanum

Je continue mes recherches sur les personnages mythologiques, croisés lors de la visite de Pompéi et retrouvés dans les musées ou sur les scènes de théâtre.
Un premier article sur ce personnage, je reviendrai ensuite sur ses représentations dans le domaine de la peinture et quelques unes de ces grandes interprètes. 
Récapitulatif des articles autour du rôle de Médée:
Médée dans les fresques antiques, le mythe  et ses variations
Médée au théâtre, d'Euripide à Corneille
Médée, vue par Christa Wolf
 Médée dans l'art
Médée : interprètes et costumes de scène

Médée

Dans la mythologie grecque, Médée  est la fille d'Éétès, roi de Colchide. Elle est magicienne, comme sa tante Circé (ou sœur dans certaines traditions qui la font naître d'Hécate).
Médée , le glaive à la main , s’apprêtant à tuer ses enfants (Pompéi, Villa des Dioscures)
Fresque du IVe style (époque julio-claudienne, épouqe flavienne). Selon Pline, qui évoque le tableau de Timomaque dont cette fresque serait la réplique, tout l’intérêt tient à l’expression de Médée, prise entre la tristesse de devoir perdre ses enfants et sa fureur contre Jason, qui la précipite dans cette vengeance meurtrière.

"Médée regarde les deux enfants que Jason a mis en elle quand ils s'aimaient. Pour lui, elle a trahi son père, elle a tué son jeune frère, elle a tué Pélias, elle lui a donné deux fils et il la répudie. La colère monte en elle. Elle entre dans la chambre des enfants. L'un s'appelle Merméros, l'autre Phérès. Elle dit au pédagogue : "Va. Prépare pour eux ce qu'il faut pour chaque jour" alors qu'elle sait que ce seront les objets qui les accompagneront dans la tombe souterraine. Elle les regarde. Elle va les tuer. Voilà l'instant de la peinture." (Pascal Quignard, Le Sexe et l'effroi, Gallimard, Folio, 1994, p.188-189) autour-de-medea-

Particulièrement sombre, la légende de Médée est constituée d'une succession de meurtres ponctués de fuites qui la voit accomplir un voyage à travers toute la Grèce antique, sa vengeance meurtrière ayant donné naissance au complexe de Médée.

L'histoire de Médée débute avec l'arrivée des Argonautes en Colchide. Ceux-ci recherchent la Toison d'or sous le commandement de Jason (la quête ayant été initiée par son oncle Pélias, roi usurpateur d'Iolcos). La Toison est détenue par le roi Éétès, père de Médée, qui accepte de la céder si les héros accomplissent certaines tâches apparemment impossibles.
Or Médée tombe amoureuse de Jason, charmée par sa détresse. Le héros convoite surtout l'aide providentielle que ses pouvoirs pourraient apporter, aussi il donne la réplique. C'est ainsi que les Argonautes peuvent triompher des différentes embûches et conquérir la Toison d'or, avant de fuir vers l'ouest du Pont Euxin.
Jason et Médée Toison d'or

Furieux, Éétès, qui n'a en fait pas l'intention de laisser échapper la Toison, entreprend de les poursuivre avec sa flotte. Médée favorise alors leur fuite en tuant, à Tomis (« découpe » en grec) son propre frère cadet Apsyrtos, coupé en morceaux qu'elle sème derrière elle, retardant ainsi les poursuivants qui s'arrêtent à chaque fois pour les récupérer et offrir à l'héritier du trône une sépulture digne.

De retour à Iolcos, Jason constate que Pélias a profité de son absence pour tuer son père et se débarrasser de sa famille. Il demande donc à Médée de préparer une vengeance. Les filles de Pélias désireuses de faire rajeunir leur père, demandent conseil à Médée. Celle-ci leur fait une démonstration : avec un bélier qu'elle coupe en morceaux et qu'elle fait bouillir dans une marmite en prononçant des incantations, elle fait ressortir de la marmite un agneau. Elle suggère aux filles de Pélias d'en faire autant avec leur père. Ces dernières s'exécutent. Cependant, Médée reste muette et ne prononce pas les incantations.
Fresque d'Herculanum au musée de Naples

L'épisode que l'on retrouve dans la plupart des versions théâtrales de Médée , à quelques variantes près:


Jason et Médée sont bannis d'Iolcos par Acaste, fils de Pélias ; ils se réfugient alors à Corinthe, où ils sont accueillis par le roi Créon. Mais Jason tombe amoureux de la fille du roi, Créuse, et il se marie avec elle, répudiant Médée qui doit partir, en laissant ses enfants à leur père et à sa rivale.

Corneille Médée acte III scène 3 à Jason
Misérable ! je puis adoucir des taureaux ;
La flamme m’obéit, et je commande aux eaux ;
L’enfer tremble, et les cieux, sitôt que je les nomme,
Et je ne puis toucher les volontés d’un homme !
Je t’aime encor, Jason, malgré ta lâcheté ;
Je ne m’offense plus de ta légèreté :
Je sens à tes regards décroître ma colère ;
De moment en moment ma fureur se modère ;
Et je cours sans regret à mon bannissement,
Puisque j’en vois sortir ton établissement.
Je n’ai plus qu’une grâce à demander ensuite :
Souffre que mes enfants accompagnent ma fuite ;
Que je t’admire encore en chacun de leurs traits,
Que je t’aime et te baise en ces petits portraits ;
Et que leur cher objet, entretenant ma flamme,
Te présente à mes yeux aussi bien qu’à mon âme.
330 av JC Musée du Louvre Médée tuant un de ses enfants

Médée obtient une journée de grâce avant de devoir quitter Corinthe .
Elle se voit également demander par Créuse une robe pour son mariage en échange de la protection de ses
enfants.
Médée obtient la promesse d'Égée, roi d'Athènes,de l'accueillir après sa fuite, elle se venge alors  en tuant sa rivale: elle lui offre, par l'intermédiaire de ses enfants,  une robe magique qui la brûle ainsi que son père, puis incendie le palais.
Quand Médée apprit la fin de sa rivale, elle prit une nouvelle résolution, plus atroce encore. Pour ses enfants, après le double meurtre qu'elle vient de commettre, elle ne pouvait espérer aucune aide, aucune protection, tout au plus l’esclavage. « Je ne les laisserai pas vivre pour être maltraités par des étrangers Ni mourir d’une main plus cruelle que la mienne. Non; moi qui leur ai donné la vie, je leur donnerai aussi la mort".
 Acte ultime, elle tue ensuite de ses mains les enfants qu'elle avait eus avec Jason (Merméros et Phérès).
 De désespoir, Jason trouve la mort.

Médée et ses enfants

Médée, menacée par les Corinthiens, s'enfuit et trouve refuge auprès d'Égée, roi d'Athènes : elle lui promet ce qu'il convoite le plus — un fils —, et il accepte de l'épouser. Un enfant, Médos, naîtra effectivement peu après, pour qui Médée nourrira un destin royal ; cependant l'arrivée de Thésée à Athènes bouleverse ses plans et la dresse contre le nouveau-venu. Après plusieurs tentatives infructueuses, Médée réussit à convaincre son époux que Thésée est un imposteur, et qu'il convient de l'empoisonner : le drame est évité de justesse, Égée reconnaissant son fils à son épée au dernier moment. Folle de rage, elle s'empare alors du trésor d'Athènes, plusieurs tonnes de diamant. Dans sa fuite sur son char de feu tiré par des cobras, elle laisse échapper la moitié du trésor royal.

Découverte, Médée doit fuir Athènes : elle rentre alors vers sa Colchide natale avec son fils Médos. Là, elle trouve sur le trône Persès, son oncle, qui avait détrôné son père après la fuite des Argonautes. Elle le tue et restitue le pouvoir à son père, Éétès.

Un personnage qui a bien entendu inspiré de nombreux artistes, j'y reviendrai!

 Une autre vision de Médée

Il existe une autre interprétation , défendue en particulier par Christa Wolf, où Médée serait une victime et n'aurai pas tué ses enfants.
La critique de l'express
Innocente, Médée? Accusée depuis Euripide du meurtre de ses enfants, de son frère et d'autres, la fille du roi de Colchide se voit réhabiliter par le célèbre écrivain allemand. Christa Wolf propose un étonnant concerto à six voix, dont celle de Médée, commentant chacune cette sinistre histoire. Histoire ancienne et histoire actuelle, dont l'auteur a le génie d'enchevêtrer les fils. On se souvient de sa célèbre Cassandre, cri d'alarme qui ébranla les deux Allemagnes en 1983. Cette fois, c'est Médée qui fera le procès du pouvoir et de la gent masculine dans l'Allemagne réunifiée. Une Médée émancipée, calme et forte. Impardonnable. Elle a quitté la Colchide pour suivre Jason, certes, mais après avoir découvert le meurtre de son frère par le roi, leur père. Las, que retrouve-t-elle à Corinthe? Un autre cadavre dans le placard de la famille royale. Le crime est partout, à Corinthe comme en Colchide. A l'Est comme à l'Ouest. Les voix de ce roman à clés qui fustige l'establishment allemand s'expriment avec la véhémence élégiaque que Christa Wolf maîtrise à la perfection. Quant à Médée, non coupable, mais responsable? «Comment ai-je pu me tromper à ce point? ... Il n'est pas de lieu où la perception des choses ne soit plus brouillée que dans l'entourage du roi.»

Pour en savoir plus:Versions romancées du mythe de Médée : deux éditions à destination d’un jeune public :
• Valérie Sigward, Médée la magicienne
Ce récit, assez fidèle au mythe, présente, de manière imagée, les principales étapes de l’histoire de Médée, privilégiant la première partie de sa vie.
• Marie Goudot, Médée, la Colchidienne
Marie Goudot va contre la représentation négative de Médée, femme cruelle et mauvaise.
Revenant à l’étymologie du nom Médée, « celle qui prend soin, conseille » (p. 141), elle fait de Médée une  jeune fille fascinée par le monde grec, puis une femme exilée, attachée à la justice et à la parole donnée, devenue un véritable bouc-émissaire.

2 commentaires:

  1. savant et très complet, de quoi mieux suivre lors du prochain médée que je croise !! cela ne saurait tarder, départ pour avignon dans 15 jours !!!

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    1. Cela fait partie des grands personnages féminins autour desquels il est intéressant de croiser plusieurs approches, je suis en train de lire la relecture du mythe par Christa Wolf, intéressant!. Pas de Médée à priori pour moi dans la saison à venir, dommage la version donnée à Nice cette année m'aurait intéressée! J'espère qu'Avignon réservera de bons moments!

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