mardi 23 août 2016

Fils de feu Guy Boley

Grasset
08/2016
Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. 
Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. 
Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.


Mon petit mot

Les trente glorieuses, le monde ouvrier, un quartier resserré à quelques maisons et quelques personnages marquants, de la voisine ayant perdu son fils à l'ouvrier au corps d'athlète, et surtout :  la forge... le feu... tel est l'écrin et toute la puissance et la beauté de ce premier roman,  à la langue ciselée et martelée, qui nous entraîne dans un tourbillon d'émotions.


Comment cette famille va-t-elle réagir au drame intime qui la frappe, avec la mort d'un jeune enfant?

Père, mère, fils, soeur, quatre deuils si différents, ne pouvant guère se comprendre , alcool, folie, art, fuite... de la violence, de la tendresse, de l'amour... chacun tient debout tant bien que mal,  tandis qu'autour le monde continue sa folle sarabande, que les repères évoluent et que la forge va fermer.

Dès les premières pages, la description de la forge, le rapport à la mythologie,  j'ai été happée par ce roman, l'énergie, la force, les couleurs...  et par son écriture qui m'a charmée.
Poétique, puissante, elle est de celle que l'on n'oublie pas! 

Troisième lecture de cette rentrée littéraire 2016... et troisième coup de coeur dont deux chez le même éditeur après Le dernier des nôtres de Adelaïde de Clermont-Tonnerre
 Un cru qui s'annonce particulièrement remarquable?

ça tombe bien, j'ai encore trois titres repérés chez Grasset :

Petit pays
En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée...

L'enfant qui mesurait le monde
À Kalamaki, île grecque dévastée par la crise, trois personnages vivent l’un près de l’autre, chacun perdu au fond de sa solitude. Le petit Yannis, muré dans son silence, mesure mille choses, compare les chiffres à ceux de la veille et...

Charlotte Delbo
« Je rencontrais une écriture qui crevait la surface protectrice de la vie pour toucher l’âme, le corps qui souffre ce qu’un être humain ne doit pas souffrir. Les mots peuvent dire ce qu’il est à peine...


Un premier roman à découvrir !



68 PREMIERES FOIS EDITION 2016

lundi 22 août 2016

Château-Gaillard à Amboise

Dans la série, jouons les touristes près de chez nous!



Un très beau domaine, bien restauré (et ce n'est pas terminé), par de nombreux artisans de talents de la région, et ouvert depuis seulement deux ou trois ans au public, situé à deux pas du Clos Lucé, demeure de Léonard de Vinci à Amboise, Château Gaillard permet de découvrir un autre aspect de la Renaissance : l'art des jardins mais surtout de tout savoir sur l'arrivée des premiers orangers en France.
une maquette restitue l'état du château au XV
et de nombreuses photos relatent les travaux de restauration
le jeu du avant - après est très impressionnant!

Conçu par le Roi Charles VIII au retour de sa première campagne d'Italie en 1496, le parc du château fut le lieu d'implantation des premiers Jardins de la Renaissance française crées par le Maitre jardiniste italien Dom Pacello de Mercogliano que Charles VIII avait convaincu de venir en Touraine.
Admiratif de la Villa Poggio Reale de Ferdinand le Catholique à Naples, Charles VIII souhaita disposer d'une résidence comparable à proximité de son Château royal d'Amboise...





Dom Pacello y acclimata les premiers orangers et pêchers en France, inventa de nombreuses améliorations botaniques, telles que les caisses à orangers, les serres chaudes ou l'orangerie appelée en italie la "limonaia".


Vestige du mur qui entourait les jardins pour les protéger du vent

 Il y créa la prune Reine Claude en hommage à l'épouse du roi François 1er, puisque, après avoir été Maitre Jardiniste de Charles VIII , il le fut également sous Louis XII et François 1er.



Dans les serres et l'orangerie , un aperçu de la cinquante de variétés d'agrumes présentes










Dans le parc, pour tester les connaissances en matière d'agrumes




Dom Pacello invente, sculpte la végétation, crée les broderies rappelant les quatre fleuves du Paradis (l’eau, le lait, le miel, le vin). Il joue avec les couleurs d’ardoise, de la terre cuite et du tuffeau, borde ses parquets de houx qui apporteront une touche de couleur l'hiver. Géométrie, relief, couleur, trois principes développés dans ces jardins!  







 Pendant la Renaissance, Château-Gaillard sert de résidence à plusieurs rois de France. Catherine de Médicis y organisa avec le Duc et le Cardinal de Guise les conciliabules visant à déjouer la conjuration d’Amboise,  François II et Marie Stuart y passent leur nuit de noces...un lieu chargé d'histoires!


L’architecture du château, « palazotto » (petit palais)  présente une corniche à quadruple frises étonnante de 1,20 mètres de hauteur, des cheminées Renaissance, des chapiteaux sculptés tous différents.




 Les vitraux polychromes sont réalisés dans la pure technique du XVI° siècle en verre soufflé à la bouche de St Just. Exécutés à partir de dessins, d’enluminures du XVI° siècle, ils racontent, telle une bande dessinée, les événements du château. C’est une réalisation exceptionnelle, unique en France, de trois années, d’un Maître Verrier d’art de La Croix en Touraine.
Ici l'histoire des pendus d'Amboise avec le cardinal de Guise






 La salamandre de François 1er, le porc-épic de Louis XII, l'hermine d'Anne de Bretagne, les symboles royaux sont partout... tout comme les oranges!






On découvre également des communs troglodytiques ou un pigeonnier rupestre.

Une étroite cour sépare le château du coteau où sont creusés les communs, comme la boulangerie 

 

















 
Un coin sieste est également aménagé dans le parc, nombreux transats à disposition, l'idée est agréable!


Une visite guidée instructive et dynamique, puis un agréable temps de flânerie dans le parc et le bois, un jus d'oranges pressées pour terminer, de quoi passer une belle après-midi!


Un sentier permet d'arriver à un point de vue au dessus du château








Pour en savoir plus http://www.chateau-gaillard-amboise.fr/index.html

samedi 20 août 2016

Le dernier des nôtres de Adelaïde de Clermont-Tonnerre

17/08/2016 Grasset
« La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue… » Manhattan, 1969 : un homme rencontre une femme.
Dresde, 1945 : sous un déluge de bombes, une mère agonise en accouchant d'un petit garçon.
Avec puissance et émotion, Adélaïde de Clermont Tonnerre nous fait traverser ces continents et ces époques que tout oppose : des montagnes autrichiennes au désert de Los Alamos, des plaines glacées de Pologne aux fêtes new-yorkaises, de la tragédie d’un monde finissant à l’énergie d’un monde naissant...
Deux frères ennemis, deux femmes liées par une amitié indéfectible, deux jeunes gens emportés par un amour impossible sont les héros de ce roman tendu comme une tragédie, haletant comme une saga.



Mon petit mot

 Décidément, cette rentrée littéraire s'annonce fort bien!
Deux lectures, et deux réussites, dans des genres totalement différents.

Avec "Le dernier des nôtres"  j'ai plongé avec beaucoup de plaisir dans une saga historique et  romanesque très efficace qui m'a tenue éveillée plus longtemps que prévu!

Des allers - retours dans le temps et la géographie, l'Allemagne de la fin de la guerre, les USA des années 70, pour mieux dénouer les fils de l'histoire tragique des protagonistes et entretenir le suspens.

Les deux ancrages historiques sont bien documentées, des missiles V2 et des savants allemands convoités tant par les Américains que par les Russes,  à Andy Warhol ou Bob Dylan,  des mondes en mouvement, à l'opposé, l'un s'écroule, dans l'autre, tout semble possible... mais les amours sont contrariées... il faut d'abord en finir avec le passé.

De la naissance poignante du héros sous les bombes, à une technique de drague qui fait le bonheur des garagistes, on oscille entre émotion et légèreté,  de belle manière.

Une belle fresque historique, des personnages attachants, bref, un coup de coeur !

Challenge Femmes de Lettres
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mercredi 17 août 2016

Les mains lâchées - Anaïs Llobet

Plon
Une vague monstrueuse, soulevée par un typhon meurtrier, dévaste les Philippines en quelques minutes et ravage sa myriade d’îles.
Sur l’une d’elles, Madel reprend connaissance, seule au milieu du chaos. Jan, l’homme qu’elle aime, a disparu. Et elle a lâché la main de l’enfant qu’il lui avait confié.
Au prix d’une difficile anesthésie des sentiments, la jeune journaliste se plonge dans son travail, en équilibre entre information et voyeurisme, quand tous les médias du monde se tournent vers les Philippines.
Recueillir la parole survivante, nouer des liens avec les rescapés, c’est conjurer la mort. Mais un typhon de cette violence ne laisse jamais en paix ceux qu’il a épargnés.
Anaïs LLobet, journaliste à l’AFP Moscou, était correspondante pour plusieurs médias aux Philippines lorsque le typhon Haiyan a ravagé le pays. Les Mains lâchées est son premier roman.


Mon petit mot

C'est partit pour la rentrée littéraire 2016!
Et l'on commence avec un premier roman, et un coup de coeur!

Et pourtant, un thème particulièrement tragique,  je craignais au départ un trop plein d'émotions, mais non, tout est parfaitement bien dosé, très équilibré, pour décrire la tragédie au plus près sans tomber dans le pathos.
Tout commence dans le décor enchanteur des îles des Philippines et sombre en quelques instants dans le cauchemar avec le passage du typhon Yolanda, ouragan et tsunami qui causera aux environs de 7000 morts et dévastera totalement la ville Tacloban où se situe l'intrigue. 

L'impuissance de l'homme face à la nature, les choix tragiques, les lâchetés... les mains lâchées... en quelques personnages clés , l'auteure nous plonge au cœur du drame.
Une région coupée du monde, un bilan de la catastrophe d'abord minimisé, le rôle des médias... et ce terrible manquement au moment de l'alerte... des pages essentielles pour ne pas oublier ce drame.

Au delà de ces faits, il y a la trajectoire de l'héroïne, ses doutes, ses actes, le rôle de la journaliste, le désarroi de la femme... comme pour les pompiers, les médecins, des survivants en première ligne, pour qui tout bascule, et qui doivent s'oublier pour faire front.

En partie auto-biographique, ce premier roman est un témoignage marquant de ce drame, à la distanciation très juste.


Un premier roman à découvrir !



68 PREMIERES FOIS EDITION 2016

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